Le Havre
Christian Leroux : La voix des portuaires
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Christian Leroux : La voix des portuaires

Président de l'Union Maritime et Portuaire de France, le P-dg de LPO-Sogena déplore «le manque de reconnaissance des professionnels portuaires» qui représentent près de 100.000 emplois en France. Mais dans la tempête, il assure vouloir rester un homme de dialogue.

Si Christian Leroux reconnaît avoir sollicité une audience auprès de Matignon pour aborder la situation de crise qui prévaut dans les ports français, il admet ne guère se faire d'illusion sur l'éventuelle issue de sa demande. Question de contexte, bien sûr, avec un ministre de tutelle, Dominique Bussereau, qui n'a pas fait mystère de sa volonté de quitter le gouvernement à l'occasion du prochain remaniement; mais aussi de perception: «le non-intérêt que l'on porte aux professionnels portuaires est tout simplement ahurissant», s'étonne le président de l'Union maritime et portuaire de France (UMPF).




«On ne peut pas ignorer le poids de l'Histoire»

Un désamour qu'il ne s'explique pas pour un secteur qui représente près de 100.000 emplois au plan national et dont le poids économique dans la région et notamment auHavre n'est plus à démontrer. Alors face à une réforme portuaire qui n'en finit plus de faire des remous et à laquelle se greffe depuis quelques semaines le conflit social sur la réforme des retraites, cette figure historique de la place portuaire havraise veut pousser «un coup de gueule»: «après le fiasco de la Coupe du Monde, le président de la République a reçu dans la foulée Thierry Henry, s'amuse Christian Leroux, alors que nous, cela fait des mois que l'on donne de la voix!» Depuis deux ans qu'il a pris la suite de Pierre Hannon (ancien président de l'Union Portuaire Rouennaise) à la tête de l'UMPF, le P-dg de LPO-Sogena ne ménage pourtant pas ses efforts pour tenter d'équilibrer un rapport de force qui penche avantageusement du côté de syndicats «qui ont su organiser un système de pression très efficace», reconnaît Christian Leroux. «On ne peut pas ignorer le poids de l'Histoire, philosophe le président de l'Union Maritime et Portuaire duHavre (UMEP) évoquant «la capacité de nuisance» d'un milieu syndical «qui ne lâche rien et à qui on a toujours tout lâché!»




«L'Évangile selon Saint Leroux»

Des acteurs portuaires qu'il connaît bien, et depuis longtemps: «je ne débarque pas dans le métier» explique celui qui vécut enfant «dans un immeuble où 95% des gens étaient des dockers». Alors même s'il déplore la «mainmise» des syndicats, le représentant des entreprises portuaires havraises préfère jouer l'apaisement en cette période de conflit. Question de bon sens: «dans nos entreprises, nous avons tous des filles, des femmes ou des nièces de grutiers, alors comment voulez-vous qu'ils s'insurgent contre les blocages?» explique Christian Leroux qui fustige même la campagne de communication du patronat marseillais qui a mis il y a quelques semaines à l'index, par voie de presse, le statut «avantageux» des grutiers. «Le problème ce ne sont pas les revenus des grutiers, mais le fait qu'ils travaillent plus», résume le vice-président du conseil de surveillance du Grand Port Maritime duHavre (GPMH). Un établissement dont il n'aurait pas boudé la présidence, s'il n'eut été touché par la limite d'âge. «Mais je ne suis pas sûr que l'on m'aurait offert le poste», corrige-t-il immédiatement, se félicitant même d'être aujourd'hui «le seul professionnel portuaire» à siéger au conseil de surveillance. Homme de consensus et de dialogue, Christian Leroux sait aussi taper du poing sur la table quand il le faut, dans son entreprise LPO-Sogena, notamment: «c'est l'Évangile selon Saint Leroux!» Alors même s'il n'est pas question «de recréer les affrontements d'hier» avec les syndicats, il prévient: «il y a toujours un seuil critique!»



Guillaume Ducable

Le Havre