Sarthe
Chastagner Delaize : "Nous ressortons de cette épreuve plus structurés et résolument tournés vers l’avenir"
Interview Sarthe # Mécanique # Stratégie

Christophe Camaret président de Chastagner Delaize "Nous ressortons de cette épreuve plus structurés et résolument tournés vers l’avenir"

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La PME sarthoise Chastagner Delaize est sortie de redressement judiciaire le 28 mai 2025, après dix-huit mois de procédure. Le dirigeant Christophe Camaret explique les leviers qui ont permis de maintenir à flot l’entreprise de mécanique de précision de La Ferté-Bernard, qui possède un second site au Mans. Historiquement tourné vers l’automobile, Chastagner mise désormais sur l’aéronautique et le luxe.

Christophe Camaret, président de Chastagner en Sarthe, a pu sortir l’entreprise familiale du redressement en orientant davantage ses compétences vers l’aéronautique — Photo : Chastagner

En janvier 2024, confronté à des difficultés financières, le groupe Chastagner a été placé en redressement judiciaire. L'entreprise de mécanique de précision en est sortie le 28 mai 2025. Après 18 mois de procédure collective, comment ressort l’entreprise de cette épreuve ?

Nous devrions réaliser 16 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. C’est un peu moins que les 18 millions d’euros avant le redressement, mais notre situation est assainie. Nous avons retrouvé un Ebitda profitable. Et nous avons pu conserver 125 des 150 salariés qui travaillaient chez nous avant la mise en redressement. Une dizaine d’entre eux sont des départs non remplacés, une quinzaine ont été concernés par le plan de sauvegarde de l’emploi, dont cinq n’ont pu être conservés directement à cause de la baisse d’activité du secteur automobile.

Quels ont été les leviers déterminants pour être arrivé à ce résultat ?

Au cours des 18 derniers mois, nous avons avant tout su maintenir un haut niveau de qualité de service auprès de nos clients. Cette continuité opérationnelle, dans un contexte instable, a été possible grâce à l’engagement et aux compétences de nos équipes, qui ont fait preuve d’un professionnalisme exemplaire. Bien que nos effectifs aient diminué, la mobilisation est restée forte. Nous avons su préserver une dynamique collective et un esprit d’entreprise qui ont renforcé notre cohésion. Cette stabilité a permis de préserver la confiance de nos clients historiques, dont la fidélité a été un atout majeur pour traverser cette phase. Ces réussites ont encouragé l’actionnariat – la famille Camaret à 95 % et des cadres qui détiennent les 5 % restants – à apporter des garanties financières additionnelles afin de sécuriser le plan de continuation.

Peut-on parler uniquement de la sortie d’une mauvaise passe économique ou y a-t-il eu aussi un repositionnement stratégique de l’entreprise ?

Ces 18 mois ont été une période de remise en question, mais aussi de confirmation de nos lignes stratégiques — c’est-à-dire le développement produit, le prototypage, la phase d’industrialisation jusqu’à la production de petites et moyennes séries. Durant la période de redressement, l’arrêt complet des programmes de développement du secteur automobile, qui représentent 30 % de notre chiffre d’affaires, a été un choc. Mais grâce à la solidité de notre diversification, nous avons su amortir l’impact : nous réalisons 40 % de notre activité dans le luxe et 30 % dans l’aéronautique. Plutôt que de subir, nous avons choisi d’agir en accentuant notre positionnement sur ces deux marchés à forte valeur ajoutée, et en réorganisant notre structure interne pour gagner en performance.

Aujourd’hui, Chastagner ressort de cette épreuve plus structuré, recentré sur ses expertises clés et résolument tourné vers l’avenir. Nous venons d’ailleurs de réinvestir dans le parc machines.

Quelles sont désormais les perspectives et les ambitions de Chastagner ?

Sur la base de nos savoir-faire mécaniques éprouvés dans l’aéronautique, nous préparons une extension naturelle de nos activités vers les secteurs de la Défense et de l’énergie. Ces marchés exigent un haut niveau de rigueur et de qualité, des standards que nous maîtrisons déjà. Nous travaillons déjà sur des sous-ensembles mécaniques pour les moteurs et les équipements intérieurs articulés, pour les sièges par exemple. Parallèlement, nous capitalisons sur plus de dix ans de relations solides avec les grandes maisons du luxe françaises. Dans ce secteur, notre objectif est double : élargir notre périmètre de prestations pour nos clients existants et ouvrir de nouveaux comptes.

Notre stratégie repose sur trois piliers : la diversification de nos marchés, la montée en valeur de nos offres, et la mobilisation d’équipes capables d’intervenir sur des projets complexes, avec un haut niveau d’exigence. C’est cette dynamique qui guidera notre développement dans les années à venir.

Après cette séquence, le secteur automobile est-il encore un marché d’avenir ?

Le secteur est en pleine mutation. Si l’automobile européenne retrouve sa dynamique d’innovation et maintien ses centres de décision en Europe, Chastagner pourra continuer à intervenir pour le compte des services développement des constructeurs.

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