Voilà un sujet qui fait beaucoup parler dans les couloirs des Chambres de commerce et des organisations patronales. La parité hommes-femmes va être exigée dans les CCI régionales pour les prochaines élections de novembre 2016. C’est la loi du 4 août 2014 qui le dit. Les assemblées vont donc largement se féminiser en France alors que les femmes ne pèsent aujourd’hui que 14 % des élus et 4 % des « gouvernants », entendez des présidents et des membres de bureaux.
« Elire des chefs d’entreprise, non pas pour leurs compétences et leurs engagements, mais pour leur sexe »
Une nouvelle réglementation vécue par certains comme une difficulté. « Le danger de cette nouvelle contrainte législative, c’est que cela peut amener à élire des chefs d’entreprise, non pas pour leurs compétences et leurs engagements, mais pour leur sexe », confie Yann le Bihen, délégué général de la CGPME des Pays de la Loire. Au-delà du vieux débat sur les quotas, un problème bien concret se pose : où trouver des femmes disponibles ? « On ne peut pas en vouloir à nos homologues masculins, il y a une réalité, c’est qu’il y a moins de femmes chefs d’entreprises », témoigne Laurence Vernay, avocate associée d’un cabinet de 80 personnes à Nantes (Soregor) et présidente du réseau Femmes Cheffes d’entreprises dans les Pays de la Loire qui tente d’inciter les femmes à s’engager. Pas simple. « Souvent, les femmes dirigent plutôt des TPE. Or, en général, ceux qui prennent des mandats sont les patrons de PME qui peuvent déléguer des responsabilité en interne », explique Laurence Vernay.
Industrie : où sont les femmes ?
Dans certains secteurs d’activité, c’est même carrément impossible. « Dans le commerce et les services, cela ne pose pas de souci. Mais dans l’industrie, il n’y a que 13 % de femmes chefs d’entreprises en France et elles sont souvent déjà prises par les mandats sociaux du paritarisme », explique Paulette Picard, président de la CCI de l’Indre depuis 16 ans et élue de CCI France. Pourtant, la parité va s’exercer dans tous les collèges des CCI : commerces, services, industries.
Inciter les hommes à laisser leur place
Trouver des candidates disponibles et motivées est donc une première difficulté. Il faut ensuite inciter les hommes à laisser leur place. Pas évident non plus. « On use de doigté et de diplomatie et on les encourage à devenir plutôt membre associé... », raconte Paulette Picard. S’ils acceptent, ils seront invités à participer aux travaux des commissions mais n’auront pas le droit de vote aux assemblées générales.
Vécue comme « un problème », cette nouvelle réglementation a pourtant sa raison d’être, pense cette femme engagée dans la vie publique. « Vous savez, c’est tellement difficile d’être reconnue pour ses compétences, son intégrité, son éthique, particulièrement dans les milieux professionnels où il y a toujours des petites blagues…» Les quotas sont-ils une bonne réponse? « L’idée est assez repoussante. Mais finalement, ça marche. C’est le seul moyen pour rétablir une certaine mixité. Car les hommes fonctionnent bien entre eux… », pense Laurence Vernay. Dans cette situation, les femmes ont aussi leur part de responsabilité, nuance la dirigeante qui les encourage à avoir confiance en elles et à y aller. « Elles se mettent des limites et se demandent souvent si elles sont légitimes.»
Il y aura bientôt beaucoup plus de femmes dans les rangs des chambres de commerce régionales. La loi du 4 août 2014 pour l'égalité réelle entre les femmes et les hommes leur impose en effet une action volontariste pour encourager une plus grande mixité dans leurs rangs. Tandis que les organisations patronales doivent parfois convaincre des hommes de renoncer à se présenter, "la grande chasse aux femmes" est lancée pour les prochaines élections de novembre 2016.