Le résultat est officiellement tombé le 11 avril dernier au soir : Alain Gargani a été élu président de la CGPME des Bouches-du-Rhône, avec 98 % des suffrages. Sur le papier comme dans les faits, le résultat ne souffre d'aucune ambiguïté. Seulement voilà, si l'élection est bel et bien actée, elle a fait suite à une période de campagne aussi complexe que mouvementée. Retour sur une lutte intestine qui a agité avec violence les coulisses du syndicat patronal pendant plusieurs mois.
Deux candidats, une guerre
Tout a commencé lorsque Pierre Allary, alors président en poste de la CGPME 13, a décidé de démissionner après deux ans de mandat. « J'ai fait ce choix car mon entreprise, en plein développement, réclamait ma présence, explique le patron marseillais. Mais j'ignorais qu'en prenant un peu tout le monde au dépourvu avec cette décision, je déclencherais une véritable guerre de succession... » Une guerre qui a mis face-à-face deux chefs d'entreprises locaux : Alain Gargani, P-dg de la société marseillaise Atout Organisation, spécialisée dans l'organisation d'événements, et Frédéric Régis, dirigeant de l'organisme de formation aixois Elythe. « Pour moi, ces deux candidats avaient les compétences et l'envergure, commente Pierre Allary. J'ai donc décidé de laisser parler la démocratie et de ne pas prendre parti ». Un choix qui n'a pas forcément été compris par les acteurs concernés et qui a indirectement généré une bataille acharnée entre les deux candidats. « Un débat placé en dessous de la ceinture », regrette le président sortant.
La "transparence" en question
Sur les différents soubresauts qui ont animé la campagne, chaque force en présence y va tout naturellement de sa version. « Des tentatives de manipulation », glissent les uns. « Des attaques indignes et des insultes », répondent les autres. Aujourd'hui, tous s'accordent, en tout cas, pour décrire une « atmosphère déplorable ». Sur le fond, il semble que pour Frédéric Régis, le principal élément de crispation ait résidé dans le fait que la société de son concurrent ait été prestataire "événementiel" de la CGPME 13, à l'occasion des conventions Entrepreneurs 13, organisées en 2010 et 2011. « La manière dont la chose a été faite manquait de transparence », estime Frédéric Régis. Un malaise balayé d'un revers de la main par Alain Gargani, mais aussi par Pierre Allary. L'ancien président de la CGPME 13 l'affirme : « Il n'y a eu aucun conflit d'intérêt dans cette affaire. Toutes ces prestations ont été votées par notre bureau, dans les règles et dans la plus totale transparence. C'est un faux procès, qui a envenimé le débat ». C'est en tout cas dans un contexte tendu que Frédéric Régis et ses troupes ont finalement décidé de faire appel à la Commission nationale des statuts et d'arbitrage de la CGPME, laquelle a mandaté un émissaire chargé de débloquer la situation. « On m'a alors demandé de surseoir à mon départ, le temps que le conflit se calme, explique Pierre Allary. J'ai accepté, à condition que Jean-Pierre Tricoire, le président fondateur de la CGPME 13, me rejoigne et joue en quelque sorte un rôle de médiateur ». La chose a été actée dès novembre dernier. En coulisses, les deux hommes tentent alors de favoriser le retour du dialogue entre les deux candidats. Mais en vain. « La situation est restée bloquée, et la crainte de voir l'agrément national nous être retiré s'est installée dans nos esprits », confie Pierre Allary.
Démission d'un candidat... et de deux fédérations
De recours en reports successifs, la date de l'élection s'est peu à peu éloignée. De sorte que mi-février, le président sortant a finalement décidé de jeter l'éponge, une fois pour toutes. Redevenu « simple militant de base », Pierre Allary a alors officiellement accordé fin mars son soutien à Alain Gargani. Le motif ? « C'est le seul, à mes yeux, qui puisse défendre les valeurs d'indépendance prônées par la CGPME ». Le mot est lâché : « indépendance ». Sur le fond, en effet, au-delà des suspicions et des coups bas, c'est sur la question de l'indépendance de la CGPME 13 vis-à-vis des différentes fédérations professionnelles qui la compose, que s'est fixé le débat. « Personnellement, j'ai toujours milité pour cette indépendance », confirme Pierre Allary avec fermeté. Un avis partagé par Alain Gargani : « Dans notre organisation, les fédérations ont et doivent avoir la même voix que les chefs d'entreprises individuelles, et c'est ce qui nous donne notre liberté ». Le slogan n'a pas échappé à la Fédération du BTP des Bouches-du-Rhône et à l'UIMM Provence-Alpes, qui ont décidé, quelques jours avant l'élection, de démissionner purement et simplement de la CGPME 13. Et si les deux fédérations nous ont confirmé leur décision, elles n'ont en revanche pas souhaité répondre à nos questions. Reste que leur départ a coïncidé avec la démission de Frédéric Régis de la CGPME 13 et son retrait surprise de la course à la présidence.
« Le passé, c'est le passé »
Aujourd'hui, la démocratie a parlé et la CGPME locale a un nouveau président. Mais elle reste groggy. Pour Frédéric Régis, qui se dit « écoeuré », « les grands perdants sont les adhérents, qui ne savent plus où ils en sont ». Pierre Allary, lui, confirme que « ça fait désordre », mais assure, optimiste, que « tout ce qui devra être reconstruit le sera ». Du côté du nouveau président en poste, le leitmotiv est clair : « Le passé, c'est le passé ». L'homme se veut désormais rassembleur : « La page est tournée. Concernant les fédérations qui sont sorties, je suis convaincu qu'à terme elles reviendront. Le temps des élections est passé. C'est désormais le temps du travail et de l'action ». Une action qu'Alain Gargani a choisi de structurer en trois grands axes : "Représenter et défendre les intérêts des chefs d'entreprises patrimoniaux", "Faire progresser l'entrepreneur tout au long de la vie de son entreprise", et, plus innovant, "Etre l'accélérateur du business des entreprises". Avec, en ligne de mire, un objectif ambitieux : « doubler, voire tripler le nombre d'adhérents (550 actuellement, Ndlr) dans les trois ans ».
Pendant plusieurs mois, deux chefs d'entreprises se sont affrontés pour la présidence de la CGPME 13. Une bataille à la fois complexe et tourmentée, à l'issue de laquelle Alain Gargani a été élu, le mois dernier, avec 98 % des voix.
Plongée dans les coulisses d'une guerre de succession qui laisse le syndicat patronal sous le choc.Une enquête de Didier Gazanhes et Alexandre Léoty