CES Las Vegas 2016 : Pourquoi il fallait y être...

CES Las Vegas 2016 : Pourquoi il fallait y être...

Le monde du High Tech s'est retrouvé à Las Vegas, du 6 au 9 janvier, pour la grand-messe du secteur : le onzième Consumer Electronic Show (CES). 190 entreprises françaises y étaient présentes. Parmi elles, Myxyty, Think&Go, Ween, Novadem... Elles nous expliquent pourquoi il fallait y être.

P
our l'innovation

Présenter son innovation en première mondiale, cela vaut bien un ticket pour le CES. C'est dans cette optique que Myxyty a fait le déplacement. « Il s'agissait du dire au marché que nous étions les premiers à avoir eu cette idée », explique Olivier Courtade, dirigeant de l'entreprise sophipolitaine spécialiste de la smart home. Cette idée tient en une enceinte multiroom, dans laquelle viennent se greffer des capteurs pour la transformer en box domotique. L'objectif étant de rentrer dans la maison par le biais du multimédia et du plaisir. D'autres ont eu cette même démarche. Ainsi, l'entreprise aixoise Novadem qui conçoit, fabrique et commercialise des drones. Sa première participation au CES n'avait pas pour objectif de présenter ses produits, mais plutôt de dévoiler une technologie unique qu'elle a développée en 2015. « Nous disposons d'une technique de positionnement d'objets sans GPS. Nous pouvons parvenir à déterminer précisément la position d'un objet dans un site où le GPS est inutilisable : sous des ouvrages d'art par exemple, dans un hangar...

Nous voulions la présenter afin de trouver de nouveaux usages », commente Pascal Zunino, fondateur et directeur de Novadem. « Cette technologie pourrait servir à d'autres choses qu'aux drones », ajoute-t-il.

« Le CES, c'est un peu comme un supermarché géant où les responsables innovation des petits et grands groupes viennent faire leurs courses », conclut Guillaume Arthuis, dirigeant de BBright, exposant à l'édition 2014.




Pour la visibilité

Spécialisée dans les produits d'encodage liés à la technologie 4K, la start-up grassoise n'avait, si l'on s'en tient au positionnement du salon (les produits électroniques grand public), rien à y faire. Et pourtant. « Nous avons choisi d'y aller pour l'exposition médiatique. Nous venions de lancer notre produit et il nous a semblé intéressant de faire parler de nous en dehors de notre marché cible. » Réflexion identique pour Jean-Louis Schaub, qui a créé avec Nathanaël Munier, la start-up aixoise Ween. « Ce qui est incroyable au CES, c'est avant tout la couverture média. Il n'y a pas d'équivalent. Nous avons fait de nombreuses télévisions (françaises, américaines, japonaises...). D'autant que nous avions eu un award du CES, un mois avant la rencontre, qui nous positionnait dans les trente start-up les plus innovantes ». Ween présentait le prototype industriel, en cours de béta test, de son thermostat intelligent capable de s'adapter en temps réel aux déplacements extérieurs des propriétaires via leur smartphone. Le produit définitif est attendu pour la rentrée 2016.




Pour les échanges...

« Nous avons récupéré plus de 300 contacts. De 9 à 19 heures, les gens passaient sans discontuiner sur le stand, faisaient la queue, revenaient... Nous avons ainsi rencontré le P-dg du groupe américain Best Buy. C'est la force de ce salon », confie Vincent Berge, fondateur et dirigeant de la société Think&Go basée à Meyreuil, déjà présente l'an dernier au CES avec ses premiers écrans connectés. « Cette année nous avions une nouveauté : le paiement par carte bleue, en direct sur l'écran, développé en partanariat avec Ingenico. C'est le début du Screen Commerce ». Du côté de Ween, l'enthousiasme est palpable : « Nous avons rencontré beaucoup de grands directeurs de groupes comme Google, Amazone, Samsung ou Facebook. Nous avons eu également accès à toute la galaxie de la maison connectée et discuté avec des personnes qu'il nous aurait été impossible de toucher autrement. C'est vraiment l'endroit où il faut être. Nous avons récolté près de 150 cartes de visite ». Pour Myxyty, les contacts noués ont aussi été nombreux, qu'il s'agisse de potentiels clients, partenaires et distributeurs. « Nous avons été approchés par des distributeurs australien, canadien, américain, mexicain, polonais et même de République Dominicaine », énumère Olivier Courtade. Toutefois, si le monde entier est au CES, c'est avec une entreprise française, spécialisée dans la reconnaissance vocale et rencontrée sur place, que les négociations sont le plus avancées.






... Franco-français

Car qu'on se le dise, la France tient une place particulière dans cette grand-messe. Cette année, quelque 190 entreprises hexagonales étaient présentes, dont 128 start-up formant ainsi la première délégation étrangère de l'Eureka Park, le site dédié aux jeunes pousses innovantes. D'où cette question : faut-il traverser l'Atlantique pour faire du business en France ? « Nous étions dans l'Eureka park, au sein du pavillon Smart Home, à quelques mètres de l'espace dédié à la French Tech. Le pavillon France a drainé beaucoup de monde et cela nous a aussi permis de nous rapprocher des autres start-up françaises. Il y avait un très bon état d'esprit, propice à l'échange », répond Jean-Louis Schaub de Ween, qui a pu rencontrer des directeurs de la Fnac par exemple. « L'intérêt du salon c'est de pouvoir rencontrer aussi bien des gens d'Apple que des grands noms de la grande distribution française », ajoute Vincent Berge. « C'est presque trop, tempère toutefois Guillaume Arthuis. Ce côté franco-français, tous réunis dans un même lieu, donne une impression de cloisonnement. C'est le problème des délégations. »






Pour le ROI

Pourtant, intégrer une délégation reste la solution la moins coûteuse. « Nous souhaitions nous rendre au CES de Las Vegas seuls, puis nous avons appris que le pôle SCS mettait en place une délégation. Nous sommes donc partis sous la houlette du cluster et c'est une bonne chose. Nous avons notamment été accompagnés par un consultant qui nous a permis d'optimiser notre présence », explique Jean-Louis Schaub, le dirigeant de Ween. Myxyty, elle, a dû se débrouiller par ses propres moyens. En dépit de sa sélection pour rejoindre le pôle Business France, la candidature de l'entreprise sophipolitaine (qui a réalisé en 2015 un chiffre d'affaires de 2,5 M€) s'est vue rejettée par les organisateurs du CES, ces derniers la jugeant trop avancée dans son développement. Résultat, la facture grimpe vite : 10.000 $ pour un stand de 20 m² nu, autant pour les prestations complémentaires (moquette, mobilier, connexion...), que Myxyty a limitées au maximum. « Le bouquet de fleurs à 150 $, c'était vraiment pas possible ». A cela s'ajoute le voyage pour cinq personnes, l'hébergement, les déplacements et la restauration. Au total, la société a déboursé entre 30.000 et 35.000 $. Pour ceux qui ont été accompagnés, la facture a tourné autour des 10.000 ?. Une somme élevée mais qui est à relativiser, au regard de la médiatisation et des contacts engrangés. « Nous serons présents sur d'autres salons, comme le Mobile World Congress de Barcelone, mais cela n'a rien à voir, en terme d'importance, avec le CES de Las Vegas », confie Vincent Berge de Think&Go. « C'est cher, admet Olivier Courtade, mais l'opportunité de s'ouvrir au monde entier à un coût... qui vaut le coup. Myxyty est entré dans les radars des "gros players", ce qui nous sécurise dans notre projet de monter une filiale américaine ». Lui aussi est reparti du CES avec un bon stock de cartes de visite en poche (plus de 200), qu'il s'agit désormais de qualifier. Mais ça, c'est une autre histoire...