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Centre de congrès et Viva-Cités : Les dossiers chauds de cette rentrée
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Centre de congrès et Viva-Cités : Les dossiers chauds de cette rentrée

Politique Les élus rennais sont partis en vacances en s'écharpant sur le projet de centre de congrès. Ils se retrouvent en cette rentrée autour de l'événement Viva-Cités. Dans la même ambiance... électrique.

C'est dans une ambiance bouillante que majorité et opposition, à Rennes, se sont quittées fin juin. Et ce n'est pas le soleil, en ce début d'été, qui en fut la cause. Une fois de plus, c'est l'un des projets phares de l'équipe Delaveau qui est à l'origine de la passe d'armes. À savoir le futur centre de congrès qui doit voir le jour d'ici à 2016 sur le site du Couvent des Jacobins, dans le coeur historique de la capitale bretonne. Point de débats, cette fois-ci, autour du choix du lieu - même s'il reste un point de crispation. Les élus s'écharpent désormais sur des histoires de gros sous. Le maire et président d'agglomération Daniel Delaveau ayant en effet présenté un budget d'avant-projet définitif en hausse de 14,8M€ par rapport au dernier, soit une enveloppe atteignant désormais les 98,8M€.




«Un dérapage du projet»

«Un surcoût de 20% comme étant le signe d'un dérapage du projet et qui correspond à ce qu'on avait annoncé dès le lancement. Une pente dangereuse qui ressemble à ce qu'on a déjà connu avec les Champs Libres en leurs temps», tacle le patron de la droite à Rennes Bruno Chavanat. «De la malhonnêteté intellectuelle, lui répond Sylvie Robert, vice-présidente de Rennes Métropole en charge de la culture et des grands projets. L'opposition compare un coût travaux et un coût enveloppe globale.» Et l'élue d'affirmer que le vrai chiffre à comparer, c'est le coût travaux. «Il est passé de 55,324M€ en mars2010 à 62,887M€ en juin2012 soit une hausse de 13%.» En raison de l'évolution de la réglementation, notamment autour des normes parasismiques. En raison également de l'adaptation des procédés techniques suite aux premières études du sous-sol, selon Sylvie Robert.




«La droite m'énerve!»

Une inflation qui n'étonne pas vraiment ce professionnel rennais de la promotion immobilière, sous couvert d'anonymat. «Pour tout équipement public, où tu n'as pas vraiment de décideur comme dans une entreprise, ça va forcément au dépassement. On ne peut pas faire autrement, c'est le système des marchés publics. Si tu es une bonne collectivité, tu seras à +20%. Si tu es moins bon, à +50%.» «Alors il faut arrêter de dire que c'est non maîtrisé, et la droite m'énerve sur ce point!», s'emporte la socialiste Sylvie Robert. Et d'insister sur les économies réalisées par ailleurs par la collectivité pour atténuer la hausse, comme l'abandon d'une dalle de verre entre le rez-de-chaussée et le niveau-1. Autre critique formulée par l'opposition, la finalité du lieu. «Le projet a démarré comme un palais des congrès et on parle aujourd'hui d'un centre d'exposition à vocation culturelle. C'est beaucoup moins ambitieux», selon Bruno Chavanat. Là encore de quoi agacer Sylvie Robert. «J'ai toujours dit qu'il y avait trois fonctions: une fonction économique avec des congrès, une dimension culturelle avec des rencontres et des expositions, une fonction d'acteur du territoire avec un lieu ouvert aux associations, aux acteurs économiques, aux universités, etc. Et c'est ce qui fait la particularité de ce centre de congrès.» Enfin, dernier point qui cristallise les tensions: le futur budget de fonctionnement du lieu. «On n'a aucune idée de la "rentabilité" du site même si, je l'admets, tous les équipements publics ne sont pas faits pour être commercialement rentables», indique Bruno Chavanat. Pour le patron du groupe "Union pour Rennes Capitale", «il faut mettre sur la table un chiffrage précis et réalisé de manière contradictoire. Avec un comité de pilotage permettant de chiffrer les coûts de fonctionnement quand il sera mis en service.» S'agissant du coût de fonctionnement, «on pourra donner des éléments précis en 2013, rétorque Sylvie Robert. C'est là qu'on attaquera la question de la gestion, avec un business plan et un modèle économique.» Pour ce faire, Rennes Métropole va pouvoir s'appuyer sur l'expertise de Jean-François Kerroc'h. Chargé du projet "Centre de congrès" et probable futur directeur du lieu, ce dernier a de l'expérience. Il fut pendant 17 ans directeur commercial puis directeur développement et marketing de la Cité des Congrès, à Nantes.




Un ancien cadre de la Cité des Congrès de Nantes

L'homme confirme d'ailleurs qu'il y a déjà en cours une étude économique concernant l'exploitation. Mais pas uniquement focalisée sur le centre de congrès. «C'est toute l'organisation de l'offre de la métropole sur son territoire qu'il faut voir. Quand on rencontre des organisateurs de congrès, il faut déployer toute une série d'argumentaires autour du territoire. On vend moins un centre de congrès qu'une destination.» Rennes Métropole a d'ores et déjà pu expérimenter la chose. L'agglomération a fait un premier acte de candidature cet été pour l'organisation d'Eurosoil (congrès sur l'étude des sols), en juillet2016. Et «on a perdu contre Istanbul», indique Jean-François Kerroc'h. Une défaite qui n'en est pas vraiment une puisqu'il s'agissait surtout, pour la métropole, de tester son offre auprès de vrais prospects alors que son centre de congrès n'est même pas sorti de terre. De tout cela il en sera évidemment question le 5octobre prochain, avec une journée spéciale autour du centre de congrès. «Un séminaire de travail qui réunira acteurs académiques, économiques, du tourisme..., liste Jean-François Kerroc'h. Seront présents des clients potentiels et des représentants de destination: Marseille, Tours, Saint-Malo, Nantes, et même Québec.»




«Ne pas oublier les hôtels»

En attendant, les professionnels de l'événementiel trépignent. Car «si demain il y a un centre de congrès à Rennes, on aura de nouveaux clients, de nouveau business, c'est sûr, s'emballe ce dirigeant rennais. Aujourd'hui, quand une entreprise nous appelle pour organiser un événement avec 400 personnes, on propose le Parc Expo. Il y a aussi le Liberté mais on dépend de l'agenda culturel. Quant au Triangle, c'est embêtant quand il s'agit d'un dîner gala. Résultat, le client part à Saint-Malo ou Nantes.» Reste un point toutefois à ne pas négliger, selon ce même professionnel de l'événementiel. «Si on fait un centre de congrès, il ne faut pas oublier de faire des hôtels. De plus en plus de séminaires intègrent l'hébergement. Les gens restent au moins une nuit.» Et puis s'il admet que le côté patrimonial du futur centre est une bonne chose, le dirigeant estime qu'il faut «d'abord qu'il soit bien desservi, avec une bonne accessibilité transports.»

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