En matière de démocratie, il faut toujours rester prudent tant que les résultats ne sont pas connus. Mais à la CCI Rennes Bretagne, à moins d'une énorme surprise, l'élection semble déjà jouée. Une seule liste - ?Ensemble refondons nos CCI? - est en effet présentée aux entreprises. À sa tête: Emmanuel Thaunier. Un homme, qu'il le veuille ou non, qui devrait changer le visage de la CCI rennaise. Sur le plan de l'âge d'abord. À 45 ans, le candidat va rajeunir la moyenne des présidents jusqu'alors élus. En terme de représentation économique également. Emmanuel Thaunier est aujourd'hui à la tête d'une TPE informatique de sept salariés (e-solutions) pour un chiffre d'affaires de 450 K€. On est loin du capitaine d'industrie bien établi. Et pourtant, à Rennes, Emmanuel Thaunier n'est pas un inconnu ni un perdreau de l'année.
Homme de réseau
Homme de réseau, il s'implique dans différentes organisations depuis déjà plusieurs années. Entré au Centre des Jeunes Dirigeants de Rennes en 2000, dont il fut président (2003-2005), il est, depuis trois ans, vice-président du CJD national. Quant à la CCI? «Je l'ai découverte il y a cinq ans en tant que membre associé», explique ce proche de Guy Canu, actuel président de la CCI rennaise. Dans sa liste: trente nouveaux sur cinquante, dont sept femmes. «Pas un score très honorable», reconnaît le candidat. Leur programme: retrouver les fondamentaux des chambres. «Elles doivent devenir encore plus cet acteur qui met en synergie le territoire. Elles doivent être aussi activatrices d'innovation: il faut tirer les entreprises vers le haut. Les chambres doivent également redevenir cet espace de parole, ce ?parlement des entreprises ?», liste Emmanuel Thaunier, pour qui une élection réussie, c'est une participation de 25% (elle était de 18% lors du dernier scrutin, avec une seule liste).
Pas de changement à la direction... pendant deux ans
Sur le plan de l'administration de la chambre, pas question de changer d'équipe. Jean-Pierre Appert devrait continuer à diriger la CCI de Rennes. En tout cas pendant deux ans. «Compte tenu de la réforme en cours et des challenges qui se présentent à nous, dont notamment le volet social, il est nécessaire d'avoir une grande stabilité des directeurs de chambre, souligne Emmanuel Thaunier. Après 2013, c'est différent. Le rôle des directeurs généraux va changer, et pour une bonne partie, le costume sera trop petit.» Jean-Pierre Appert devrait être de ceux-là.
Siège de la CCIR: «débats éternels et stériles»
Selon toute vraisemblance, Emmanuel Thaunier, tout comme quinze autres colistiers, devrait également siéger à l'échelon régional. Et il prévient: «C'est une mandature clé car il va falloir faire travailler tout le monde ensemble.» Or le challenge est à la hauteur des divergences de vue entre Finistériens et Rennais. Avant même les élections, le débat a déjà commencé avec la proposition de Brest de situer le siège de la CCIR à... Brest. Sur ce point, Emmanuel Thaunier ne tourne pas autour du pot. «Rennes n'imagine pas que le siège ne puisse pas être là ou il est aujourd'hui. Un siège n'est pas un outil d'aménagement du territoire. Préfecture, conseil régional, CESER, toutes ces structures sont à Rennes. C'est commencer à revenir sur les débats éternels, stériles, qui vont nous faire perdre six mois.» Et de souligner un point sur lequel les Brestois ne communiquent pas vraiment en ce moment: la taxe additionnelle.
Taxe: les Brestois gagnants
La fiscalité des chambres va en effet changer. La taxe additionnelle, qui représente 30% des ressources des chambres, devra être harmonisée. Or, les Brestois vont en sortir gagnants. «Les entreprises brestoises paieront moins qu'aujourd'hui et les entreprises rennaises plus, indique Emmanuel Thaunier. La question va donc être: pour quelle contrepartie? A fortiori si on nous dit que le siège n'est plus à Rennes...»