« Nous allons construire une belle histoire, porteuse d'espoir pour les entreprises ». En prenant la présidence de la CCI Lyon Métropole Saint-Étienne Roanne le 11 janvier, Emmanuel Imberton entendait apposer sur ce " new deal territorial " une marque positive. Pas sûr cependant que cela suffise à mener sereinement le paquebot portant 108.000 entreprises (1 million d'emplois) sur un territoire de 537 communes et 2,3 millions d'habitants. Car le président de la chambre consulaire (jusqu'au 2 novembre 2016, date des prochaines élections) va devoir naviguer par gros temps et affronter des vents contraires. Première contrainte : réaliser 3,7 millions d'euros d'économies cette année, sur un total de 60 millions d'euros (-38% de budget sur trois ans). Cela passe par l'arrêt clair et net des dépenses engendrées par le musée national des tissus, qui accuse un déficit d'exploitation de 1,7 millions d'euros par an. Ce musée de renommée internationale, renfermant des pièces inestimables, a été créé par des industriels lyonnais et appartient à la CCI, Celle-ci a demandé à l'État d'en assurer la gestion, ne pouvant plus faire face à des dépenses qui ne rentrent pas dans son domaine de compétences. Une réunion organisée par le Préfet le 22 janvier dernier n'a pas permis d'avancer sur la question financière. L'instance consulaire a prévenu : lors du vote du budget le 14 mars prochain, elle pourrait ne pas prévoir de ligne budgétaire pour ce musée. Elle souhaite que l'État s'empare de la question, auquel cas elle lui ferait don des oeuvres et collections du musée, par essence incessibles et inaliénables, et mettrait les hôtels particuliers à sa dispositions. Il revient au directeur régional des affaires culturelles, Alain Daguerre de Hureaux, de mener la suite des discussions.
Consommateur
s de cash
Autre victime collatérale, la bourse locale, baptisée Place d'Échange, lancée il y a deux ans pour aider les PME du territoire à entrer en bourse en trouvant des investisseurs du cru. « Ce projet n'a pas trouvé son modèle économique. Il coûte 300k? par an, c'est trop. Nous stoppons l'hémorragie, nous dissolvons l'association et nous laissons quelques mois pour trouver de nouveaux partenaires permettant de supporter avec nous les frais de cette structure » détaille le vice-président en charge du dossier, Philippe Valentin.
Cependant, mais même si ces deux postes gourmands, consommateurs de cash, étaient coupés avant le 14 mars, les difficultés financières perdureraient. Un nouveau départ de salariés n'est pas exclu, alors qu'un plan de sauvegarde de l'emploi intervenu en 2015 avait déjà concerné 32 personnes. « Nous avons trois mois pour trouver des solutions afin de l'éviter, a martelé Emmanuel Imberton. Il nous faut augmenter significativement nos recettes ». Une issue s'impose : faire payer aux entreprises des services jusque-là gratuits. « Nous devons créer de nouveaux modèles. En décembre par exemple, nous avons contribué à créer un nouveau cluster, "RACE" qui rassemble 200 entreprises du territoire évoluant dans le même secteur d'activité. Il s'agit d'un travail de fourmi qui n'a pas été valorisé financièrement. Demain, il est probable que ce type de service sera en parti payé par les entreprises ». Et d'indiquer, dans le même esprit, que le Palais de la Bourse qui autorisait les entreprises à organiser parfois gratuitement des manifestations en son sein va changer de stratégie. « Le chiffre d'affaires apporté par la location de salles sera non négligeable (400k? à la CCI de Bordeaux, NDLR). Autres hypothétiques et lointaines ressources : céder, dans quelques années, les participations de la CCI détenues dans l'aéroport de Lyon (après l'ouverture de capital), voire, même, celles détenues dans Eurexpo. La nouvelle instance pourrait réfléchir à une valorisation de ses biens immobiliers, y compris ceux des écoles consulaires (EMLyon et ESC Saint-Étienne) ou, plus sûrement, créer de nouvelles offres innovantes -et payantes- autour de la formation.Les élus veulent tout tenter pour assurer la pérennité de cette chambre consulaire. Pour André Mounier, ancien président de la CCI de Saint-Étienne « il ne faut pas hésiter à facturer nos prestations. Les entreprises ne sont plus des ressortissants mais des clientes ». Oubliant sans doute qu'elles abondent déjà au budget de la CCI à 45 %, via les prélèvements obligatoires.
Audrey Henrion
La Chambre de commerce et d'industrie métropolitaine, installée le 11 janvier, fait face à des choix drastiques imposés par les arbitrages gouvernementaux. Son président Emmanuel Imberton est résolu à tailler dans les dépenses et trouver de nouvelles recettes.