CCI Littoral Hauts-de-France : François Lavallée prend la présidence

CCI Littoral Hauts-de-France : François Lavallée prend la présidence

Agé de 53 ans, marié et père de quatre enfants, François Lavallée a été élu président de la CCI Littoral Hauts-de-France. Il pilotera une équipe de 60 membres dont 19 siègeront à la CCI Hauts-de-France. Un nouveau challenge pour le directeur général du groupe Terenvi (environnement urbain, terrains de sport, espaces verts, environnement routier). Elu à la CCI depuis 2004, il a été vice-président Dunkerque à la CCI Côte d'Opale lors de son dernier mandat. Interview d'un entrepreneur sans langue de bois.

Le Journal des Entreprises : Vous pilotez une nouvelle instance fruit de la fusion entre l'ancienne CCI Côte d'Opale et les territoires picards de la Baie de Somme. Quels défis pour cette nouvelle configuration ?

François Lavallée : La nouvelle CCI s'étend sur six territoires, de Dunkerque au Touquet. C'est large : plus de 200 km séparent ces deux villes. Même si je suis pour le maintien de points d'accueil physique sur chaque territoire, il va falloir réétudier notre manière de travailler en nous appuyant sur la digitalisation. Dans un contexte de contraintes budgétaires les 126 salariés de la CCI Littoral Hauts-de-France vont devoir changer leurs méthodes de travail. Nous disposons de la mise en réseau et des outils pour procéder plus intelligemment : coffre numérique, visioconférences, etc. Au-delà de la façade littoral, c'est une réflexion portée sur l'ensemble de la région. L'utilisation des bâtiments consulaires doit également être repensé.

C'est à dire ? Certains bâtiments consulaires sont sur la sellette ?

F.L. : Le parc immobilier n'est plus adapté à nos besoins. Certains bâtiments sont devenus trop grands et trop chers d'entretien. C'est le cas de l'agence de Dunkerque qui devrait être, à terme, détruit. C'est en réflexion depuis 2 ou 3 ans maintenant. Il nous coûte trop cher en entretien, demande d'importants travaux et n'abrite même pas une trentaine de salariés. J'aimerais qu'on imagine, à Dunkerque, le bâtiment consulaire du 21e siècle. Ce sera une priorité du mandat et devrait se décanter assez rapidement. Nous devons trouver des solutions parce que la part de l'Etat va encore diminuer de 4 à 6 % ; avec moins de ressources, nous devons être plus intelligents dans notre fonctionnement. Depuis 7 ans, c'est une baisse de 50% de la part de l'Etat que nous enregistrons. Il va falloir que ça s'arrête un jour où c'est la pérennité des CCI qui sera mise en péril. Les effectifs dans les différents organes consulaires ont déjà bien baissé, de ce fait. Mais nous atteignons une limite : moins d'effectif ce serait mettre à mal nos missions.

Dans ce contexte financier difficile, la CCI Littoral Hauts-de-France misera-t-elle sur des économies ou des ressources à générer ?

F.L. : Les deux. Nous allons travailler aux économies et la digitalisation nous y aidera. Mais nous devons aussi générer des ressources. Ça passera par la gestion de notre parc immobilier et des locaux commerciaux où il faut rationnaliser les taux d'occupation. En plus de locaux, nous disposons aussi de zone d'activité que l'on peut mettre en vente ou à la location. Je prends l'exemple de l'agence de Dunkerque où, depuis l'incendie de l'Hôtel des technologies en face du bâtiment communautaire, plusieurs entreprises ont temporairement élu domicile. C'est un créneau à développer.

Dans cette nouvelle CCI, fruit de la fusion entre le Nord, le Pas-de-Calais et la Picardie, quels seront les prochains chantiers ?

F.L. : La façade maritime est un dossier commun à l'ensemble de ces territoires. Nous devons devenir l'acteur incontournable de l'économie bleue en région. La Côte d'Opale tout comme le littoral normand-picard ont aussi en commun des synergies à développer en matière de tourisme et de développement industriel. Je me retrouve dans le projet de territoire défendu jusqu'ici par mes prédécesseurs, Philippe Delahousse et Jean-Marc Puissesseau. Mais au-delà du littoral, notre territoire aura aussi un rôle à jouer en région. Si mes vice-présidents couvrent l'ensemble du territoire, c'est bien pour pouvoir me dégager du temps à passer à Lille. Nous avons une carte à jouer en région et il faut saisir cette opportunité. Il n'y a rien de pire que la politique de la chaise vide. Nous devons gommer les considérations de villes et faire-valoir les compétences de notre territoire dans sa globalité.

Dans quels domaines la CCI Littoral Hauts-de-France, et par conséquent les 25.000 entreprises qu'elle représente, doivent-ils mieux se positionner en région ?

F.L. : Il faut pousser nos entreprises à l'export. Les entreprises du littoral ne se tournent pas assez vers l'étranger. Les statistiques prouvent qu'elles n'utilisent pas assez les ressources de la CCI International. Ce n'est pas qu'un outil réservé aux Lillois. La complexité administrative et le déficit en langues - aussi bien en anglais qu'en néerlandais - ne facilitent pas la stratégie à l'export, mais le littoral est tout de même le 2e territoire consulaire en région : les statistiques devraient aussi le placer sur la 2e place des utilisateurs de la CCI International. Or, c'est loin d'être le cas.

Un mot sur les élections : le taux de participation a été extrêmement bas. Comment l'expliquez-vous ?

F.L. : Sur le littoral, le taux de participation a été similaire aux données nationales : aux alentours de 10 %. C'est évidemment beaucoup trop peu. A notre décharge, l'ensemble de la période d'élections a eu lieu pendant la semaine de vacances scolaires. Les entreprises de l'industrie ont représenté 30% des votants, celles du service plus de 50% ... la grande déception vient des petits commerces : ils n'ont été que 7% à prendre part au vote. Quant à ceux qui crient à qui veut bien l'entendre que la CCI ne sert à rien, je leur réponds qu'elle est là pour accompagner les entreprises, pas pour les biberonner. J'observe que les dirigeants qui s'en plaignent le plus sont ceux qu'on ne voit jamais. On nous a toujours considérés comme des apporteurs d'argent, notamment auprès des unions commerciales. Faute de moyens, nous n'en distribuons plus aujourd'hui et en payons le contrecoup. C'est tout l'effet pervers, certains se disent "puisqu'ils n'apportent plus d'argent, alors ils ne servent plus à rien". Alors que la CCI a une expertise, un rôle d'accompagnement et de formation. Nous devons revenir aux fondamentaux. La CCI est la maison des entreprises : il faut qu'elles aient le réflexe de venir nous voir et qu'elles se sentent ici comme chez elles.