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CCI : Le film de la crise lyonnaise
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CCI : Le film de la crise lyonnaise

Les récentes déclarations de Philippe Grillot sur la pertinence de l'organisation consulaire autour des CCIR ont soulevé un véritable tollé. À tel point, qu'à la demande de la CGPME et du Medef, les neuf membres du bureau ont démissionné, poussant, de fait, leur président vers la sortie. Retour sur cette crise sans précédent.





5 novembre

Nos confrères d'"Acteurs de l'Économie" publient une interview de plusieurs pages du président de la CCI de Lyon, Philippe Grillot. Ce dernier y déclare notamment : « La vocation de cette réforme (des CCI, NDLR) était de diminuer les dépenses en rationalisant les services et en mutualisant les actions. Ce qui n'est nullement la réalité. (...) Je constate l'inflation des coûts du système consulaire car les échelons national et régional se structurent, recrutent à l'extérieur plutôt que de puiser dans les ressources humaines des CCI territoriales, et n'organisent ni n'harmonisent l'affectation des compétences. »Le président Grillot va plus loin en remettant directement en cause la pertinence de l'action menée par la CCIR Rhône-Alpes et son président, Jean-Paul Mauduy. « Qui fait sens dans les entreprises ? Qui connaît les problématiques locales ? Les CCI territoriales. La responsabilité des CCIR devrait être circonscrite à coordonner et non à centraliser les moyens. » Avec cette interview, Philippe Grillot affiche au grand jour son aspiration à une organisation autour des CCI métropolitaines (Lyon et Grenoble en Rhône-Alpes) et non plus autour des CCIR.




8 novembre

Face à ces prises de position très tranchées, et dans un contexte déjà tendu entre Philippe Grillot et la CGPME du Rhône ainsi qu'avec Jean-Paul Mauduy, les deux syndicats patronaux se fendent d'un communiqué commun. Ils se désolidarisent de l'homme qu'ils ont fait président il y a quelques années. « Nous sommes en désaccord, tant sur le fond que sur la forme, avec son analyse de la réforme consulaire. La polémique lancée par Philippe Grillot est un combat du passé », écrivent-ils. Ils s'étonnent que Philippe Grillot dénonce des décisions pour lesquelles il a voté, en bureau de la CCIR. « L'échelon régional est pertinent et c'est en liaison étroite avec les chambres territoriales, qu'elles soient métropolitaines ou pas, que les dossiers doivent être traités. » Selon des sources proches de François Turcas, le président de la CGPME du Rhône enrage.




12 novembre

Quatre jours plus tard, voulant rectifier ses propos et leur interprétation, Philippe Grillot remet le couvert avec le quotidien "Le Progrès" et TLM. Il affirme qu'il ne demande pas la suppression de l'échelon régional mais un débat national sur le sujet. Mais piqué au vif par la prise de position commune du Medef et de la CGPME qu'il considère « d'une violence rare », il se dédouane de leur influence. « Je suis président de 75.000 entreprises et n'en déplaise à certains, je ne suis pas président des 8 % que représentent la CGPME et le Medef. »La déclaration fait, bien entendu, de nouveau bondir François Turcas. Le pourtant plus tempéré président du Medef Lyon Rhône, Bernard Fontanel, est lui aussi très en colère. Et très déçu, comme il le confie, une semaine plus tard, au Journal des entreprises. « Je ne suis pas du tout en accord avec Philippe Grillot. La réforme commence à porter ses fruits. Je ne dis pas que Jean-Paul Mauduy a tout fait parfaitement, mais en tout cas, il s'est comporté en véritable patron. Ceci étant, pour moi, un président ne ferme pas sa gueule ou démissionne comme on dit. Je trouvais jusqu'ici qu'on montait un peu trop vite dans les tours. Mais là, franchement, Philippe Grillot me déçoit. C'est archifaux ce qu'il dit. Il ne pouvait pas se passer de nous pour être président. »Agacement partagé par Bernard Gaud, président du Medef Rhône-Alpes. « Ce n'est pas honnête intellectuellement de comparer le nombre de ressortissants d'une CCI et le nombre d'adhérents d'un syndicat. Une entreprise est forcément ressortissante d'une CCI, qu'elle le veuille ou pas. »En 2011, Philippe Grillot avait été élu, sur la liste CGPME, mais à l'unanimité des neuf membres du bureau de la CCI de Lyon. « Nous avions perdu les élections, nous avions trois postes, la CGPME six. J'ai tout de suite voulu être acteur de la réconciliation, après des élections difficiles, et j'ai demandé aux membres du bureau de voter pour le candidat présenté par la CGPME », se souvient Bernard Fontanel.




19 novembre

Après plusieurs jours de tractations, et devant le refus catégorique de Philippe Grillot de démissionner, François Turcas remet la démission des neuf membres du bureau de la CCI, six adhérents de la CGPME et trois du Medef donc, à Jean-François Carenco, le préfet du Rhône.




21 novembre

Jean-François Carenco inscrit à l'ordre du jour de la prochaine assemblée générale de la CCI, le 2 décembre, l'élection d'un nouveau bureau. En attendant cette échéance, le président de la CCI continue d'assumer ses fonctions.




2 décembre

Après le bouclage de cette édition devait se tenir l'AG de la CCI de Lyon. Les 70 élus, représentant les 75.000 ressortissants de la chambre, devaient élire un nouveau bureau, élisant lui-même un nouveau président. Emmanuel Imberton, dirigeant de la Cotonnière lyonnaise et adhérent de la CGPME, semblait le mieux placé pour endosser le costume de président. Sa candidature avait été validée par le Medef.

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