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CCI de Brest : « Sortis de l’ouragan, mais… »
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CCI de Brest : « Sortis de l’ouragan, mais… »

Après le séisme des ponctions sur les ressources fiscales des CCI, ces dernières se préparent au choc de la modification de la carte consulaire. Retour sur une année tumultueuse avec Frank Bellion, président de la CCI de Brest, qui souhaite cependant rester optimiste.

Avec seulement 2.9M€ de ponction sur les ressources fiscales de la CCI de Brest contre les presque 16M€ initialement annoncés par l’État, votre travail de lobbying semble avoir porté ses fruits ?

Quand on le dit comme ça, on a l’impression que c’est super. Mais au final, on nous ponctionne quand même près de 3M€ qui ne serviront pas à l’économie du territoire ! Il convient d’expliquer certaines choses. Quand Bercy et Montebourg ont annoncé que cette ponction de 500M€ sur les ressources fiscales des CCI de France serait calculée sur les bilans 2013, bon nombre d’entre elles ont tout bonnement décidé de ne pas déposer leurs comptes.
Bercy a donc décidé de faire ce calcul sur 2012, en estimant que les CCI n’avaient besoin que de 120 jours de fonds de roulement et qu’on pouvait siphonner le reste. Brest se retrouvait alors dans le top 5 des chambres les plus ponctionnées, avec 15,4M € en moins. Ça nous aurait mis en cessation de paiement. J’ai pris contact avec les autorités de l’État, les parlementaires et les sénateurs.

J’ai également réussi à obtenir un entretien avec notre ministre de tutelle, Carole Delga, ainsi qu’avec Christian Eckert, secrétaire d’État au budget. Les députés et les parlementaires ont poussé la démarche pour que ce soit bien les bilans de 2013 qui soient pris en compte. Mais même dans ce cas de figure, le calcul de la ponction à Brest incluait le Programme d’Investissement d’Avenir qui nous a permis de financer le Campus des Métiers. On ne peut tout de même pas nous donner des aides pour ensuite venir nous les ponctionner !
Au final, c’est donc avec ces arguments qu’on a réussi à arriver à un peu moins de 3M € de ponction. Mais il ne faut pas minimiser : on est sorti de l’ouragan, certes, mais même si on est retombé dans des eaux plus navigables, elles restent tumultueuses.

Vous faites allusion à la baisse des ressources fiscales versées par les entreprises ?

Par exemple, oui. Il faut savoir que depuis 2010, c’est la CCI régionale qui prélève et répartit la ressource fiscale des entreprises. Celle-là même qui nous permet de fonctionner. Cela nous a amputés d’une grande partie de notre budget et, cette année, ce sera 17,5 % de ressource fiscale en moins.
À un moment il faut savoir arrêter les frais. En 2010, notre ressource fiscale représentait 9,7M€. Nous n’en aurons plus que 6,5M€ en 2015. On avait senti le coup venir, donc on a pu anticiper. Mais on doit rester extrêmement vigilants et rigoureux sur notre gestion et sur la bonne adéquation des personnels avec les missions qui leur sont confiées.

Quid de la nouvelle carte consulaire pour le Finistère ?

L’histoire a fait que le Finistère compte trois CCI. J’aurais préféré que cela reste comme ça car chaque chambre a sa raison d’être mais, compte tenu de la raréfaction de la ressource, nous sommes partis de façon contrainte sur un schéma à quatre chambres en Bretagne, avec l’idée prévalante de deux chambres métropolitaines. Morlaix est d’accord pour effectuer un regroupement avec Brest.

Les équipes travaillent pour trouver les meilleures synergies pour rendre le meilleur service possible au territoire. Quimper se pose encore la question d’un rapprochement avec nous ou Lorient. Si Quimper veut se joindre à nous, ça sera avec grand plaisir. Une chose est certaine, c’est que la modification sera profonde et qu’il faudra être vigilants pour à la fois réaliser des économies, mais aussi pour ne pas en faire moins pour l’économie du territoire. Les choses devraient être décidées d’ici la fin du semestre. Le temps est compté, et nous préférons anticiper plutôt que subir.

Comment percevez-vous tous ces efforts demandés aux CCI ?

Nous sommes évidemment d’accord pour participer à l’effort de guerre, mais pas quand il s’agit de remplir le tonneau des Danaïdes. Pour moi, ces 500¬M € sont vraiment un drôle d’investissement. D’autre part, ce qu’on nous a pris en moins, on l’a pris en plus à d’autres CCI. Ça met forcément une drôle d’ambiance entre nous.
Il faut rester optimiste. J’ai par exemple été agréablement surpris par l’écoute et l’aide que nous ont apportés des politiques locaux. Rester optimiste, aussi, car tout ne va pas aussi mal qu’on le dit : il y a encore des entreprises qui avancent et continuent d’investir, même dans le secteur de l’agroalimentaire. L’important, c’est de préparer l’avenir et pas de le subir.

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