Stéphane Durand-Guyomard, comment se situe la Bretagne par rapport aux autres régions françaises en matière d'extraction? L'ensemble des carrières bretonnes produisent 25millions de tonnes de matériaux par an, sur un total de 365millions en France. La Bretagne est la 4erégion française dans ce secteur d'activités.
Quel est le profil des carrières bretonnes?
La moyenne de production est de 250.000 tonnes par site, pour une dizaine d'emplois. Mais on a de grosses carrières comme Lotodé à Vannes ou le groupe Pigeon à Louvigné-de-Bais. Lotodé, ce sont par exemple 80 emplois.
Tout juste élu président de l'Unicem Bretagne, vous tirez déjà la sonnette d'alarme pour votre profession. Pourquoi?
Parce que je suis inquiet pour la capacité de la filière à répondre aux besoins de la Bretagne. Dans les années à venir, on annonce 25.000 nouveaux Bretons par an. Ces nouveaux habitants, il va falloir leur construire des maisons, des crèches, des lycées, etc. Aujourd'hui, un Breton consomme 8 à 10 tonnes de matériaux par an. Si on multiplie par 25.000 nouveaux Bretons, ça veut dire qu'il faut 250.000 tonnes de plus par an. Or, aujourd'hui, on a de grosses difficultés à accéder à la ressource, c'est-à-dire le sable et les graviers.
Pourquoi?
Ce sable et ces graviers, on les fabrique dans les carrières. Mais aujourd'hui, on n'arrive plus à ouvrir de nouveaux sites. Durant les vingt dernières années, on en a ouvert seulement trois. Dans le même temps, on en a fermé plus de cinquante.
Quelle est la conséquence?
En Bretagne, les carrières actuelles produisant du sable ont une durée de vie inférieure à cinq ans. Celles produisant de la roche dure, moins de dix ans. Et il faut savoir que le sable que l'on produit en Bretagne n'est déjà pas suffisant pour répondre aux besoins. On fait venir chaque année un million de tonnes de sable de mer de la façade atlantique. Et ça risque de continuer alors qu'on a géologiquement de quoi alimenter le marché pendant des décennies.
Pourquoi n'arrive-t-on plus à ouvrir de nouvelles carrières?
Il y a trois raisons majeures d'opposition. Une opposition citoyenne, la compétition avec les autres usagers du sol comme l'agriculture, et la non prise en compte de nos activités dans les PLU (plans locaux d'urbanisme) et les SCOT (Schémas de cohérence territoriale).
Que reprochez-vous aux décideurs politiques?
Aujourd'hui, les élus prévoient l'aménagement à long terme de leurs territoires mais jamais ils ne se posent la question "D'où va venir le matériau pour construire?". Or, une maison, c'est 300 tonnes de gravier. Un lycée, 3.000 tonnes. Un kilomètre d'autoroute, 30.000 tonnes. Ces tonnes-là, où est-ce qu'on va les trouver? Il faut donc faire en sorte de dégager des zones et dire "C'est là qu'on fera les carrières demain!".
En quoi la compétition avec le monde agricole pose un problème?
Quand on dépose un dossier d'extension pour une carrière, on voit bien souvent une opposition des chambres d'agriculture parce qu'on empiéterait sur leur territoire. Or je veux rappeler qu'on occupe au total 0,14% du territoire. Ce n'est quand même pas grand-chose!
Et que vous reprochent les citoyens, les riverains?
On travaille bien, et depuis très longtemps, avec les associations de défense de l'environnement. Par contre, on a une opposition quasi systématique des associations de riverains qui prônent la décroissance. Ils sont souvent peu nombreux, mais ce sont eux qui sont écoutés par le tribunal, par le maire.
Une carrière, c'est du bruit, des vibrations, des poussières. On peut donc comprendre la crainte des riverains, non?
Mais l'industrie des carrières a fait énormément de progrès depuis des années! On sait réaménager les sites fermés, on sait travailler sans poussière, on fait de la formation sur l'écologie, chaque année on ouvre nos carrières pour le public... Je rappelle aussi que le béton est recyclable et recyclé. Aujourd'hui en France, 6% des granulats utilisés sont issus de matériaux recyclés. Et la profession veut arriver à plus de 10% à l'horizon 2016. Enfin, on a mis en place une charte environnement pour les producteurs de granulat afin de les aider dans leurs pratiques d'exploitation.
Stéphane Durand-Guyomard, vous succédez à Dominique Billon à la présidence de l'Unicem Bretagne. Quel est votre parcours?
Originaire de Basse-Normandie, j'ai une formation de géologue. J'ai commencé ma carrière de carrier il y a vingt ans. D'abord chez Cemex, puis Lafarge et, enfin, dans le groupe Colas. Je suis directeur matériaux et industrie de CMGO. Une structure regroupant les services partagés de Screg, Sacer et Colas Centre Ouest. CMGO, ce sont 321 personnes et 25 carrières dans l'Ouest.
Pouvez-vous nous donner quelques chiffres sur l'Unicem Bretagne?
C'est un syndicat professionnel regroupant des sociétés d'extractions et de valorisation de matériaux. C'est-à-dire des carrières, des granitiers, des sociétés dans le béton prêt à l'emploi, dans les minéraux industriels, les parpaings, etc. Ce sont 250 entreprises (500 sites de production) pour un chiffre d'affaires d'un milliard d'euros et 5.000 emplois directs.
Extraction Stéphane Durand-Guyomard, 47 ans, est le nouveau patron de l'Unicem Bretagne, qui regroupe carriers et granitiers. Élu pour trois ans, il alerte les pouvoirs publics: les carrières bretonnes ne pourront bientôt plus répondre aux besoins de la région.