"Cela fait 30 ans que VNF travaille sur la mission Canal Seine-Nord", a souligné ce lundi 5 octobre Marc Papinutti, directeur général de VNF, à l'occasion d'un point global sur l'avancement du projet. Véritable serpent de mer, le Canal Seine-Nord Europe semble cette fois sur le point d'être concrétisé. Le 16 juillet dernier, l'Europe annonçait en effet débloquer la moitié de la somme consacrée au projet Canal Seine-Nord. Sa part représente au total 1,8 milliard d'euros, soit 40 % du montant total de l'investissement annoncé à ce jour (4,5 milliards d'euros HT). Aujourd'hui, VNF fait un point global d'avancement sur ce projet, alors que s'apprête à être lancée une nouvelle enquête publique modificative de la DUP.
Lancement d'une enquête publique modificative
Pour gagner quelque 500 millions d'euros, le projet Canal Seine-Nord a été reconfiguré avec d'une part ,la suppression d'une écluse à Havrincourt et d'autre part, l'utilisation d'une partie du canal du Nord existant. Une modification qui concerne le tracé entre Allaines et Marquion, soit une vingtaine de kilomètres parmi les 107 km du Canal Seine-Nord. Dans le cadre de cette modification, une enquête publique modificative de la DUP se déroulera du 7 octobre au 20 novembre.
Le financement
L'investissement annoncé à ce jour pour réaliser ce Canal Seine-Nord Europe est de 4,5 milliards d'euros HT, financés comme suit :
- Par l'Etat : 1 milliard d'euros.
- Par les régions : 500 millions d'euros (dont 200 M€ pour l'Ile de France, 220 M€ pour le Nord - Pas-de-Calais et 80 M€ pour la Picardie).
- Par les conseils départementaux : 500 millions d'euros.
- Par l'Europe : 1,8 milliards d'euros.
- Par des emprunts : 700 millions d’euros auprès de la caisse des dépôts et de la banque européenne d’investissement.
Si l'investissement annoncé aujourd'hui s'élève à 4,5 milliards d'euros HT, des coûts dérivés pourront s'y ajouter et Marc Papinutti évoquera également la somme de 4,8 milliards au cours de ce point, tout en précisant qu'à cette heure, il est encore difficile de chiffrer le coût global avec précision. Par ailleurs, la création d'une société de projet est en cours, qui assurera la maîtrise d'ouvrage et permettra notamment aux collectivités territoriales d'être partie prenante durant la durée des travaux. A ce jour, la gouvernance de cette société n'est pas encore arrêtée. La clarification de la maîtrise d'ouvrage est annoncée pour mai 2016 au plus tard. VNF confirme de son côté que les délais seront respectés avec un démarrage du chantier en 2017, pour une fin des travaux vers 2023/2024.
Le canal Seine-Nord en chiffres
"Avec 1 kilo équivalent pétrole, on transporte 1 tonne marchande à raison de 130 km par train, 50 km par la route, 175 km sur grand gabarit et demain 275 km sur le Canal Seine-Nord", indique Stéphane Saint-André, président du conseil d'administration de VNF. D'une largeur de 54 m, le Canal Seine-Nord permettra le passage de bateaux de 4.500 tonnes, contre 750 tonnes aujourd'hui. "4.500 tonnes, c'est l'équivalent de 120 camions ou encore de 3 kilomètres de camions mis bout à bout sur l'autouroute", illustre encore Stéphane Saint-André.
Les retombées économiques
Côté emplois, le Canal Seine-Nord devrait générer de 13.000 à 15.000 emplois directs et indirects durant la phase de chantiers. "Nous serons attentifs aux acteurs locaux", indique le directeur général de VNF. Il ajoute ensuite : "La loi autorise l'introduction d'une clause sociale : nous pourrons imposer à l'entreprise retenue de prendre des salariés de la région". Le rapport de Remi Pauvros mentionne quant à lui les 50.000 emplois à l'horizon 2050.
Du côté des entreprises, le président du conseil d'administration évoque "des entreprises candidates pour faire du bord à canal comme Soufflet, Unéal... Tous les grands céréaliers, dont les parts de marché sont liées aux coûts d'acheminement... Le marché du BTP, dont les sables et graviers, y voit aussi un intérêt, et il y a aussi la logistique du conteneur". Et Stéphane Saint-André de conclure : "Ce projet n'est pas seulement une chance pour la région mais pour la France entière. Nous avons déjà des retours intéressés des Etats-Unis sur le Canal Seine-Nord, dont il se servirait pour atteindre tout le réseau européen." Aujourd'hui le président du conseil d'administration de VNF se déclare confiant quant à l'aboutissement de ce projet, tout de même présent dans ses cartons depuis 30 ans, et ce malgré les incertitudes liées à la mise en place de la grande région et à la famille politique qui en prendra la tête.
A propos de VNF
VNF, dont le siège est à Béthune, est un établissement public depuis janvier 2013. Il emploie 4.700 agents et gère 6.700 km de voies d'eau sur les plus de 8.000 que compte la France. Il gère également 40.000 hectares de domaine public autour des voies d'eau.