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Newcleo choisit l’Aube pour implanter une usine de combustible nucléaire recyclé à 1,8 milliard d’euros
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Newcleo choisit l’Aube pour implanter une usine de combustible nucléaire recyclé à 1,8 milliard d’euros

Lancée dans la course au développement de réacteurs nucléaires de nouvelle génération, Newcleo veut construire une usine à Pont-sur-Seine et Marnay-sur-Seine, dans l’Aube. Une pièce supplémentaire dans un gigantesque projet industriel.

Stefano Buono, PDG et fondateur de la start-up Newcleo — Photo : Newcleo

Créée à Londres par des Italiens, installée à Lyon depuis 2022 et relocalisée à Paris depuis septembre 2024, la start-up du nucléaire Newcleo multiplie les projets en France. Dernière annonce en date, la construction d’une usine de fabrication de combustible nucléaire recyclé à 1,8 milliard d’euros, à cheval sur les communes de Pont-sur-Seine et Marnay-sur-Seine, dans l’Aube. Un projet qui devra permettre de créer à terme 1 700 emplois. Deux parcelles non bâties pourraient être vendues par le Département de l’Aube à Newcleo : près de 33 hectares à Pont-sur-Seine, pour le volet industriel du projet, et 13 hectares contigus à Marnay-sur-Seine, pour les aménagements paysagers et les compensations environnementales.

Un plan d’investissement à 3 milliards d’euros

C’est en 2023, à l’occasion d’un sommet "Choose France" que la start-up fondée par le trio italien composé de Stefano Buono, physicien et cofondateur d’Advanced Accelerator Application, une biotech cotée au Nasdaq revendue en 2017, de Luciano Cinotti, ingénieur nucléaire, et de la physicienne Élisabeth Rizzotti, a rendu ses ambitions publiques.

L’entreprise a en effet dévoilé un plan d’investissement de 3 milliards d’euros sur le sol français, d’ici à 2030. Une somme injectée dans le développement d’un réacteur modulaire de quatrième génération, refroidi par du plomb liquide et alimenté par des matières nucléaires recyclées. Appelé MOX, pour Mixed Oxide, ce combustible doit permettre de "valoriser des matières issues du retraitement de combustibles usés ou non exploités", mais aussi de "prolonger l’utilisation énergétique de matières existantes" et de "limiter le recours à l’extraction minière", d’après les éléments transmis par la start-up.

À cheval sur les communes de Pont-sur-Seine et de Marnay-sur-Seine, le terrain visé par Newcleo fait 46 hectares — Photo : Newcleo

La mise en service de la première ligne pilote dans l’Aube est envisagée à l’horizon 2030. 850 emplois directs seront créés pour cette phase dont le budget est estimé à 1,8 milliard d’euros et la construction pourrait mobiliser jusqu’à 2 000 personnes. Une deuxième phase, à horizon 2040, impliquerait la construction de deux lignes supplémentaires et nécessiterait l’emploi d’un total de 1 700 personnes pour exploiter les trois lignes.

Une croissance externe en Alsace

Employant déjà plus de 1 000 salariés, répartis en France, au Royaume-Uni, en Italie, en Suisse et en Slovaquie, Newclo revendique un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros en 2024. Suite à une levée de fonds bouclée en 2024, auprès d’investisseurs tels que le fonds de pension italien Inarcassa et le fonds de capital-risque Exor Seeds, de la famille Agnelli, l’entreprise a rassemblé plus de 537 millions d’euros de financements privés.

Pour mener son développement plus rapidement, Newcleo mise sur l’acquisition ciblée d’entreprises dotées d’une solide expertise dans les domaines de l’ingénierie, de la production ou encore de la gestion des déchets nucléaires. Cette stratégie a déjà été déclinée dans le Grand Est, avec le rachat pour 68,9 millions d’euros du groupe franco-suisse Rütschi (70 salariés, CA 2022 : 22,3 millions d’euros), qui fabrique des pompes et des systèmes de pompages pour le nucléaire à Illzach, dans le Haut-Rhin, et à Möhlin, en Suisse.

Un terrain pour le futur réacteur

Autre pièce du puzzle complexe que Newcleo assemble en France, l’achat d’un terrain pour y installer son premier réacteur. L’entreprise a jeté son dévolu sur une parcelle située sur le territoire de la communauté de communes de Chinon Vienne et Loire, dans la région Centre-Val de Loire. L’enjeu est d’y installer un réacteur de quatrième génération d’une puissance de 30 MW d’ici à 2031.

"Ce réacteur modulaire servira de démonstrateur industriel, de vitrine de la technologie de Newcleo et contribuera au développement de la filière en France", indique la start-up dans un communiqué. Autre site important : Ghusclan, dans le Gard. Newcleo y porte le projet d’un centre d’innovation et de formation, destiné à soutenir le développement du projet d’installation de fabrication de combustible.

La course aux autorisations

En décembre 2024, Newcleo a franchi deux étapes importantes pour obtenir le feu vert pour ses projets nucléaires : le dépôt d’un dossier d’option de sûreté auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection pour sa ligne pilote de fabrication de combustible nucléaire, soit le projet annoncé dans l’Aube, ainsi que l’engagement dans la phase réglementaire visant à consolider les options de sûreté concernant son projet de réacteur. L’entreprise prévoit de déposer d’ici fin 2026 sa demande d’autorisation de création pour ses deux projets nucléaires.

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