Quel regard portez-vous sur les entreprises innovantes sur le territoire brestois?
Je dirais qu’on est plutôt sur une activité en croissance. Nous étions jusqu’à présent sur une moyenne de dix à douze entreprises accompagnées par an. L’année dernière, on en était à seize, et cette croissance va se poursuivre en 2015, avec une vingtaine de projets accompagnés.
Quels sont les secteurs les plus dynamiques?
Le numérique, les biotechnologies et les EMR. Brest est clairement un grand promoteur du numérique, avec de nombreux projets en lien ou issus de travaux menés par des laboratoires de recherche. Je pense par exemple à Auto Cruise, Satimo, Cabasse, CLS, Asten, AC3, etc... On est beaucoup sur des innovations d’usage, grâce au tissu très dense qui s’est développé à Brest en matière d’enseignement supérieur et de recherche. Par ailleurs, l’élargissement de la démarche Brest Tech+à Lannion, Quimper et Morlaix, qui sont dans le périmètre de rayonnement de la métropole, a permis de doubler les statistiques du dossier, ce qui nous place au même rang que Rennes.
On voit aussi émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs qui ont su donner un jour nouveau à l’exploitation des bio ressources marines : Hemarina, Manros Therapeuthics, Polymaris… C’est notamment dû à la présence de nombreux labos de sciences de la mer et à une biodiversité exceptionnelle, aussi bien en mer qu’à terre. On a de beaux succès : cela laisse espérer des innovations remarquables dans les domaines de la santé, - un secteur qui va se développer à Brest dans les années à venir -, mais aussi des cosmétiques, de la nutrition,etc.
Les EMR, quant à elles, ont longtemps été mises de côté. Elles sont aujourd’hui perçues comme le nouvel Eldorado, et j’espère que ça ne sera pas uniquement conjoncturel. Une chose est sûre cependant : on a les ressources, et des entreprises comme Sabella ou Quiet Ocean qui montrent qu’on sait porter des projets industriels complexes et ambitieux.
Comment expliquez-vous le fait qu’il n’y ait jusqu’à présent quasiment pas de développement exogène?
C’est vrai que d’une manière générale, la plupart des porteurs de projets sont issus du territoire et y sont attachés. La proximité avec des compétences telles que celles d’Ifremer, de Télécom Bretagne ou encore de l’Isen n’y est pas étrangère: ils savent qu’ils vont trouver sur place les relais techniques dont ils ont besoin.
D’un point de vue extérieur, le marché brestois semble relativement restreint, ce qui réduit les capacités de développement. Ceci dit, le statut de métropole pourrait changer la donne, car il révèle un spectre bien plus large que le périmètre urbain: nous rayonnons jusqu’à Lannion ou Quimper, et le bassin économique est plutôt de l’ordre du million d’habitants. Reste désormais à le faire savoir et à donner une image nouvelle de Brest pour faire en sorte qu’elle soit perçue comme un véritable territoire d’implantation. Les grands établissements vont probablement vouloir être présents sur toutes les métropoles. On peut imaginer que, mécaniquement, on pourrait en voir arriver.
Par ailleurs, le simple fait que l’on soit métropole ouvre le champ des possibles, comme le fait de pouvoir être candidats au label French Tech. La métropolisation est un facteur d’attractivité qui va aussi favoriser une croissance endogène, en montrant que créer ici n’est absolument pas un handicap et que la taille du marché est bien plus importante qu’on peut le soupçonner.
Pour un entrepreneur, quels avantages voyez-vous à s’installer à Brest?
C’est une ville à taille humaine, ce qui fait qu’on évolue dans un écosystème professionnel dans lequel on arrive facilement à connaître tout le monde. Il est suffisamment gros pour réussir à faire des choses significatives, et suffisamment petit pour qu’on réussisse à travailler ensemble. On a d’ailleurs une logique d’alliance et d’intérêt général plutôt qu’individuel.
Par ailleurs, on est extrêmement bien desservis au niveau des infrastructures : voie express gratuite, port… La desserte aéroportuaire permet quand à elle faire une réunion n’importe où en Europe et de revenir à Brest dans la journée. Bien évidemment, ce sera encore mieux quand on aura le TGV à trois heures de Paris. Un autre avantage indéniable, et non des moindres : c’est certainement l’un des territoires les plus agréables à vivre de France!
Biotechnologies, numérique, EMR... Brest regorge d’entreprises innovantes qui rayonnent au niveau mondial dans de nombreux domaines. Entretien avec Éric Vandenbroucke, directeur du Technopôle Brest-Iroise, qui est de plus en plus sollicité pour accompagner bon nombre de ces projets.