Le projet de loi de finances pour la sécurité sociale et ses amendements ont provoqué de gros remous dans le milieu brassicole. Au nombre de douze et en plein développement, les brasseries artisanales iséroises ont regardé évoluer le débat en s'interrogeant sur l'iniquité des mesures annoncées et en redoutant un coup de frein à leur croissance. «Il faudrait instaurer un taux unique en fonction du degré d'alcool, sinon, ces mesures n'ont pas de sens», estime Catherine Bown, de la brasserie du Val-d'Ainan à Saint-Geoire-en-Valdaine. Créée en 2005, cette brasserie emploie deux personnes et produit 600hl/an, ce qui la classe, comme toutes les brasseries de l'Isère, dans la catégorie des producteurs de moins de 10.000hl/an, qui devraient rester à un droit d'accises de 1,38€/degré/hl. Elle enregistre un chiffre d'affaires de 200.000€, relativement stable. Quelles que soient les mesures appliquées dans le cadre de la prochaine loi de finances, Catherine Bown reconnaît que les bières de dégustations seront faiblement touchées. «Le public cherche des bières originales», poursuit-elle.
Impact sur les producteurs
«Il est logique de faire entrer de l'argent dans les caisses de l'État. Et l'alcool est dangereux», convient pour sa part Olivier Bourgaud, de la brasserie Les Ursulines à Crémieu. Pour autant, il pense que l'augmentation annoncée de quelques dizaines de centimes sur le prix du demi de bière - celui issu des brasseries industrielles dans la ligne de mire du gouvernement - ne freinera pas la consommation. Pour Olivier Bourgaud, l'impact se portera avant tout sur les producteurs. Une hausse à enregistrer au même titre que celle des matières premières, qu'il s'agisse du houblon, du verre ou du carton. Créée en 2007, la brasserie des Ursulines produit 450hl/an et réalise un chiffre d'affaires de 220.000€. «C'est une activité qui se porte bien.» Comme ses confrères, il draine une clientèle à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde, réalise 75% de son activité en vente directe, compte une centaine de revendeurs, cavistes ou épiceries fines et multiplie les événements dans le cadre privilégié de l'ancien couvent où il a installé sa brasserie.
Créneau porteur
Si les brasseries iséroises, dont la plupart se sont créés ces dernières années, ne craignent pas la concurrence, c'est parce qu'elles prennent le contre-pied de la brasserie industrielle en jouant la carte de la dégustation, de gammes étendues, alignent leurs prix et surtout, pour l'instant, respectent un savant maillage du département. Une des dernières nées, Les Bières du temps à Champier, est une scop montée par deux associés, qui produit environ 300hl/an et comptabilise 140.000€ sur son premier exercice. «Nous allons intégrer une troisième personne en 2013, confirme Robert Eymard qui s'est inscrit sur le créneau prometteur du bio.C'est une activité créatrice d'emploi et un créneau porteur. Ce serait ridicule de mettre ce type de filière en danger.» Car l'équilibre est fragile. «Il faut déjà arriver à investir pour obtenir une bonne qualité de production pour s'en sortir, rappelle Maeva Kuhlich, qui a créé la Brasserie du Mont-Aiguille à Clelles avec quatre associés. Au bout de trois ans, nous parvenons à sortir la tête de l'eau.» Elle ne rejette pas le principe d'une taxation, mais considère que l'exonération des petites brasseries à hauteur de 50% de leur accise demeure une aide à leur développement. «Nous avons investi 28.000€ en 2012 pour tripler notre production et passer à 140hl/an.» Pour la brasserie installée dans le Trièves, le plus délicat réside dans la recherche de financements. En effet, si elle ne rencontre pas de problèmes de marché, ce sont plutôt les moyens qui lui manquent. Enfin, Maeva Kuhlich s'interroge: «pourquoi taxer uniquement la bière qui est un produit faiblement alcoolisé?» Pionnier avec création de la brasserie du Dauphiné à Saint-Martin-d'Hères il y a 11 ans, Vincent Gachet (CA2011: 500.000), s'est rapidement associé à la fronde de la profession. Il fait partie de l'association des Brasseurs de France qui accueille dans ses rangs les petites structures aux côtés des géants. Il brasse 1.600hl/an et vient de recruter deux personnes à temps plein. «Les petites brasseries représentent un gros potentiel de création d'emploi. Comparativement aux brasseries industrielles, elles réclament dix fois plus de main-d'oeuvre», explique-t-il. Pour lui, toucher à leur modèle économique, c'est les mettre en danger.
Dans un secteur brassicole en pleine croissance, la question de la surtaxe sur la bière a créé des remous.
Créateurs d'emplois en Isère, les brasseurs artisanaux demeurent fragiles.