L'odeur du brassin du jour flotte sur Bénifontaine, l'antre de la brasserie Castelain qui fabrique la Ch'ti, une bière que l'on ne présente plus ou presque depuis le film Bienvenue chez Les Ch'tis. L'an passé, 45.000 hectolitres de bière sont sortis de la brasserie. «Notre croissance en volume s'établit à 20%.La notoriété du film nous a apporté une campagne nationale que nous n'aurions pu nous offrir. Une telle publicité aurait coûté plus cher que la globalité de notre chiffre d'affaires», confie Annick Castelain dirigeante de l'entreprise avec son frère Yves.
Le 7e brasseur français
Un zeste de flair, un coup de pouce du destin, la croissance de cette PME qui se classe au 7e rang des brasseurs français, n'aurait pu être possible sans la réalisation d'investissements conséquents. Entre2004 et2006, 4M€ ont été investis pour moderniser l'outil. De nouvelles cuves de fermentation et de gardes permettent de brasser les bières plus longtemps et dans des volumes plus importants. L'effort financier a aussi porté sur le conditionnement. «Après l'outil de production, nous avons développé l'outil commercial. Sans ces deux aspects, nous n'aurions pas pu répondre à la demande de 2008», poursuit Annick Castelain.
Confirmer en 2009
Après une année 2008 unique, 2009 s'annonce comme l'année de la consolidation. «Nous avons conquis de nouveaux clients, il faut à présent les fidéliser. Notre objectif de production va s'établir à 45 - 46.000 hectolitres.» Pour poursuivre son essor, la PME mise sur ses autres produits même si la Ch'ti, déclinée en trois versions, compose 80% du chiffre d'affaires. En 1986, elle a fait figure d'avant gardiste en lançant une bière bio, la Jade. Lancée sur un marché pas encore mâture à l'époque, elle surfe depuis sur la vague. La Maltesse, élaborée en 2007, renoue avec les traditions des Flandres. À cela s'ajoutent les breuvages saisonniers: bière de printemps et bière de Noël. Pour ce faire, la brasserie s'appuie sur l'héritage familial et sur son maître brasseur, Damien Housez, qui confie: «Nous avons la volonté de rester sur des produits typiques et de ne pas aller vers des produits plus sucrés comme l'ont fait beaucoup de grands acteurs du marché.»
Entreprise citoyenne
Les matières premières sont locales pour la grande majorité. Membre de la marque collective régionale Saveurs en'Or, la brasserie utilise 50% de houblons des Flandres et d'autres produits en Tchéquie, en Angleterre et qui apportent des arômes plus floraux. «Le malt vient de la région de même que la levure. Nous utilisons également l'eau de notre forage», détaille Annick Castelain. La question environnementale est quasiment devenue une culture d'entreprise et conditionne les achats auprès des fournisseurs. Les encres des étiquettes sont biodégradables et les bouteilles ainsi que les cartons sont issus de matériaux recyclés.
Cap sur l'export
Autre attachement l'export. Actuellement la brasserie exporte 15% de sa production. Elle est ainsi présente en Europe mais aussi aux États-Unis et au Québec. «15% ce n'est pas assez. Nos amis belges arrivent à placer 50% de leurs produits à l'export. Je veux tout mettre en oeuvre pour faire plus sur ces marchés étrangers. En ce sens, nous allons recruter un VIE (volontariat international en entreprise) pour développer ce volet d'activités.»
2008 restera dans les annales de la brasserie Castelain. Le brasseur de la Ch'ti a pleinement bénéficié du succès du film Bienvenue chez les Ch'tis. Récemment médaillés au salon de l'agriculture, ses dirigeants préparent leur succession en famille et affichent des projets de développement.