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Brad Pitt, Xavier Niel, Matthieu Pigasse : comment Reims veut devenir un fleuron européen du cinéma
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Brad Pitt, Xavier Niel, Matthieu Pigasse : comment Reims veut devenir un fleuron européen du cinéma

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Dans les cinq ans à venir, Reims ambitionne de devenir un pôle cinématographique européen complet, de la formation aux studios de tournage. Ce, grâce à l’investissement financier de Xavier Niel et de ses associés, cofondateurs de Mediawan, premier groupe audiovisuel indépendant d’Europe, totalement intégré au projet.

À l’été 2024, l’association Terrasolis, propriétaire de l’ancienne base aérienne 112 de Bétheny, a conclu la vente de 50 hectares du site auprès des hommes d’affaires Xavier Niel, Pierre-Antoine Capton et Matthieu Pigasse — Photo : Studios de Reims

"Mediawan s’est fixé comme objectif de faire venir Brad Pitt". À Reims, ni plus ni moins. Delphine Cazaux, directrice générale des opérations de la société productrice du Comte de Monte-Cristo, des Trois Mousquetaires et de HPI, entre autres, peut se permettre d’y croire. Le groupe audiovisuel cofondé par Xavier Niel, Pierre-Antoine Capton et Matthieu Pigasse est devenu actionnaire majoritaire en 2022 de Plan B, la société de production de l’acteur hollywoodien. Parallèlement, elle investit dans d’immenses studios de cinéma à Reims.

Un projet qui nourrit une immense ambition : construire, dans les cinq ans à venir, un pôle cinéma et audiovisuel, allant de la formation à l’accueil de tournages. "Un fleuron européen", assure Arnaud Robinet, maire (Horizons) de Reims et président du Grand Reims.

Près de 11 000 mètres carrés de studios neufs

À l’été 2024, l’association Terrasolis a vendu les 50 hectares de l’ancienne base aérienne 112 de Bétheny aux hommes d’affaires Xavier Niel, Pierre-Antoine Capton et Matthieu Pigasse. Deux des trois hangars initialement dédiés au stockage, ont été réhabilités en 2018 en studios de tournage de près de 4 800 m2. Les séries Chérif, Machine (avec Joey Starr) ou encore Le Code y ont posé leurs caméras.

L’objectif de cette acquisition est de créer un "one-stop-shop" : une zone d’activités entièrement dédiée à la production audiovisuelle (cinéma, séries et flux) comprenant des studios (plus de 11 000 m2 de plateaux neufs à terme d’ici 2026) et une partie administrative et technique (atelier de production de décors et costumes) ainsi que des loges et aménités. "Une rue principale interne va lier les studios et la technique aux lieux de vie des acteurs, raccourcissant et facilitant les trajets", indique Arnaud Robinet. L’ensemble représente un investissement de près de 80 millions d’euros. Le réaménagement de l’existant et la construction des studios neufs se feront en plusieurs phases. Le projet, "Studios de Reims", comprend même une possibilité d’extension.

Delphine Cazaux est la directrice générale des opérations de Mediawan — Photo : Mediawan

Un écosystème favorable au cinéma

Mais pourquoi choisir le Grand Reims qui, jusqu’en 2018, n’avait aucune velléité de devenir une terre de cinéma ? Face à l’ampleur de la demande de tournages en studios, le territoire champenois offre des atouts majeurs. Le terrain de Bétheny n’est qu’à 10 minutes de Reims et de la gare, soit à moins d’une heure de Paris en TGV et à proximité de l’aéroport de Roissy (1 h 30). Il se trouve être "vierge de toute pollution sonore et visuelle liée à la proximité d’une ville", assure Delphine Cazaux. "La diversité des paysages (vignes, montagnes, lac…)" pour tourner à l’extérieur à proximité des studios compte autant que "l’environnement hôtelier" et gastronomique. Sans oublier le champagne, "extrêmement attractif". Brad Pitt, image du champagne rosé Fleur de Miraval, et Xavier Niel, beau-fils de Bernard Arnault qui compte six marques de champagne au sein de LVMH, en savent quelque chose.

Un historique et une logique de guichet unique

Ces atouts ont déjà fait leurs preuves. Les Rémois se souviennent du tournage, notamment au musée Saint-Remi, de scènes de la Reine Margot (1994) de Patrice Chéreau, avec Isabelle Adjani. Mais, depuis 2018, "Reims et le Grand Reims se trouvent dans une réelle dynamique cinématographique", confirme Arnaud Robinet. Le maire n’oublie pas de mentionner l’existence du festival international du film policier Reims polar, tenu chaque année au printemps.

"Les collectivités ont intégré le réseau Plato pour favoriser l’accueil des tournages dans la région Grand Est", précise Arnaud Robinet. Avec le bureau des images du Grand Est, l’entité rémoise, sorte de guichet unique du cinéma territorial, identifie et pointe des décors, des talents et des ressources pour les sociétés de production. "Depuis 2019, 23 productions ont été accueillies sur notre territoire, dont 20 ont été soutenues par Plato, et 230 000 euros ont été investis par Reims et le Grand Reims dans le soutien à ces productions audiovisuelles", indique le premier édile de Reims. Entre 2018 et 2022, 160 comédiens, 330 techniciens et 2 400 figurants ont participé à des tournages. Le maire, avec le concours de Mediawan, qui ne sera pas la seule société de production à bénéficier du site, voit d’ailleurs beaucoup plus loin.

Le projet vise à créer une zone d’activités entièrement dédiée à la production audiovisuelle : d’ici à 2026, le site disposera de plus de 11 000 m² de plateaux neufs — Photo : Studios de Reims

Développer les métiers du cinéma et de l’audiovisuel à Reims

"Nous avons une opportunité exceptionnelle pour développer, sur notre territoire, la formation. Chaque tournage mobilise 50 à 150 personnes, qui viennent de l’extérieur en majorité. Notre objectif est de former les futurs professionnels ici. Nous comptons des structures d’enseignement comme le lycée Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle ou l’ISA (institut supérieur d’audiovisuel, campus Eductive) pour cela." Une autre école, spécialisée dans le cinéma, est en contact avec la collectivité pour s’implanter sur le territoire. "Nous avons des synergies à créer, en local, avec les acteurs culturels, mais nous avons aussi besoin de métiers, y compris dans l’art et l’artisanat comme des menuisiers, des peintres, des maquilleurs…", indique Delphine Cazaux.

La promesse de 300 emplois

La formation et la décarbonation : ces deux éléments clés faisaient partie de la copie de l’appel à projets France 2030 "La grande fabrique de l’image" que Mediawan a remporté. C’est bien cet appel à projets lancé en 2022 par le gouvernement, le CNC et la Caisse des dépôts qui a donné un coup d’accélérateur aux ambitions audiovisuelles locales. Objectif gouvernemental affiché : "Faire de la France le leader européen des tournages et de la production numérique". Mediawan, premier groupe audiovisuel indépendant européen, qui a racheté au printemps 2024 le producteur allemand Leonine studios (producteur de Dark), est plus que lancé.

Le Grand Reims, facilitateur, ouvre largement les bras à cette opportunité promettant quelque 300 emplois à la clé et un rayonnement certain de son territoire. Un premier permis de construire a été déposé à la rentrée. Selon Delphine Cazaux, les premiers studios devraient être "prêts pour l’été 2025". Cerise sur le gâteau, une ouverture au public, une "expérience immersive pour comprendre ce qu’est un tournage", est envisagée à l’horizon 2030. En attendant, un important projet de série Netflix, encore tenu secret, sera tourné au printemps dans les studios rémois.

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