Le 23 mars dernier, le groupe sophipolitain ASK, coté sur Euronext depuis 2014 annonçait sa volonté de transférer la cotation de ses titres sur Alternext Paris. Selon le communiqué, le spécialiste des solutions "sans-contact" sécurisées souhaite ainsi « alléger ses obligations réglementaires en bénéficiant d'un cadre mieux adapté aux PME », tout en continuant à profiter « des attraits du marché boursier ». Tout est dit. Piloter une entreprise cotée, c'est comme jouer avec le chaud et le froid, jongler avec les contraintes et les opportunités. Celles-ci sont évidemment nombreuses. D'où le recours de plus en plus prisé à l'introduction en Bourse. En Paca, plus de 80 entreprises ont sauté le pas. De belles ETI comme CIS, Naturex, ID Logistique, Inside Secure ou encore Supersonic Imagine. Ces deux dernières ayant conclu des levées de fonds records, 80 M€ pour la première, 50 M€ pour la seconde. On y trouve aussi celles qui veulent s'en approcher comme Orolia, ainsi qu'une flopée de PME, voire de start-up, à l'instar de la sophipolitaine Login People, introduite sur Alternext en 2013, aujourd'hui en redressement judiciaire, mais ça, c'est une autre histoire. « Il faut balayer les préjugés. La majorité des entreprises cotées en Bourse (85%) sont des PME, confie Guillaume Mordelet, représentant régional PACA d'Euronext, l'opérateur qui gère les marchés, notamment le Marché Libre et Alternext, le marché réglementé. Ce sont généralement des entreprises de technologie en croissance. Trop souvent, les chefs d'entreprise pensent qu'il faut une taille minimum pour pouvoir prétendre à se positionner en Bourse, c'est faux. Ce que le marché cherche, c'est avant tout la création de valeur. » Si le potentiel de développement est important, « le fait d'être petit n'est pas un frein ».
Argent et prestige
Les entreprises, elles, y recherchent une forme de prestige, assurément. « Le fait d'être coté en Bourse donne une image d'élite. On franchit un seuil en termes de réputation et d'attractivité. L'entreprise y gagne en notoriété et surtout en crédibilité », témoigne Jean-Yves Courtois, dirigeant du groupe sophipolitain Orolia, coté sur Alternext depuis 2007 (voir ci-contre). La Bourse, toutefois, est avant tout un réservoir de fonds, un moyen de lever des sommes généralement supérieures à celles obtenues auprès de fonds privés, et donc « de rester maître en sa demeure, poursuit-il. C'est l'outil ultime qui facilite l'accès à tous les autres ». Christian Carme, dirigeant-fondateur de la société d'Aubagne Technofirst, cotée treize ans durant sur le Marché Libre et passée sur Alternext en octobre 2015, confirme : « La Bourse permet avant tout de lever des fonds quand on a du mal à trouver des capitaux risqueurs qui, souvent, ne font que du saupoudrage et ne s'intéressent qu'à certains secteurs qui ont le vent en poupe. Les biotechnologies, par exemple ». « L'avantage, poursuit-il, c'est qu'au lieu de convaincre une seule personne, l'investisseur, on doit en convaincre des centaines. Et contrairement à ce que l'on peut penser, c'est parfois plus facile car, à ce moment-là, on fait appel au bon sens. La décision d'investir ne dépend plus de critères purement bancaires, parfois biaisés ».
Croissance continue
Toutefois, la Bourse impose des obligations. De transparence et de bonne gouvernance. Elle demande de s'organiser, notamment dans les fonctions financières et de communication. Et tout cela a un coût. « Il faut compter plusieurs centaines de milliers d'euros pour entrer en Bourse. C'est toujours autant d'argent que l'on aurait pu investir directement dans l'entreprise », précise le dirigeant de Technofirst. De même, elle suppose un rythme de croissance qui peut s'avérer difficile à tenir sur la longueur. « La Bourse reste un produit d'épargne, souligne le patron d'Orolia. Il faut donc être dans une logique de croissance continue. Quel que soit l'effort que vous avez fait pour arriver là où vous êtes, il faut continuer, ne jamais s'arrêter. C'est comme un marathon. Sans fin. Du moins tant que vous êtes cotés. A mon sens, c'est vertueux mais fatiguant. Car si vous commencez à souffler, c'est là où vous allez commencer à décevoir. Or, l'actif le plus précieux d'une entreprise en Bourse, c'est la confiance des investisseurs dans la parole de son dirigeant ». D'où moultes conseils de prudence. « Ne surtout pas trop s'enthousiasmer et annoncer des choses qui risquent de ne finalement pas se faire », prévient Christian Carme. Pour Jean-Yves Courtois, « le dirigeant doit être responsable. On est souvent poussé à vendre une histoire super attractive pour attirer les investisseurs, mais si l'on survend, on se crée les ennuis de demain. L'essentiel des boites qui ont des problèmes en Bourse ont survendu un rêve qu'elles ne sont pas capables de délivrer. Et la sanction tombe ». Il est donc « essentiel de faire ce qu'on a dit et de dire ce qu'on a fait », résume Guillaume Mordelet.
Communiquer en permanence
Car un chef d'entreprise cotée devient le premier VRP de sa société. « Il faut être prêt à communiquer en permanence, vendre son histoire, sa stratégie, ses éventuels accidents », reprend Jean-Yves Courtois. Cette communication tous azimuts n'est certes pas obligatoire, et peut se limiter à la publication des comptes, mais elle participe grandement à la valorisation de l'entreprise. « La cotation de l'action ne dépend en effet pas du résultat de l'entreprise, mais de son engagement, de sa communication, du dynamisme du dirigeant et même de la situation économique générale. Dans une période de crise, les gens vont être moins enclins à investir dans des valeurs moins connues et le cours peut baisser. A l'inverse, en phase d'euphorie, la valeur de l'entreprise peut monter en flèche », détaille Christian Carme. « J'ai rencontré beaucoup de gens dans les clubs de boites cotées déçus par la liquidité, raconte Jean-Yves Courtois. Ils pensaient naïvement, ou de manière irrationnelle, qu'être en bourse suffirait à faire monter l'action. » Les PME peu connues sont généralement peu liquides, le cours peut donc se comporter de manière étrange. « Si trois personnes vendent leurs titres dans la même journée, le cours peut chuter considérablement alors que seul 0,01% du capital a été échangé », prévient Jean-Yves Courtois. Alors ? « Il faut sortir du bois médiatique. Orolia a commencé avec 10 titres échangés par jour, puis 100, maintenant on en est à plusieurs milliers, mais ce sont des années d'efforts, des prix d'audace créatrice, des interventions sur BFM Business, des articles dans les journaux. Toutes ces petites pierres que vous semez finissent par faire un chemin et une notoriété ». Autrement dit, rien d'un long fleuve tranquille, d'où ce dernier conseil : « La bourse est un instrument pour financer sa croissance. Il faut s'en servir, et s'en servir plusieurs fois. Sinon, il ne reste presque plus que les contraintes ». A bon entendeur...
La Bourse semble de plus en plus prisée par les entreprises en quête de fonds. Si elle peut être un véritable facteur de succès pour les PME, encore faut-il en maîtriser les arcanes. Conseils de deux chefs d'entreprises cotées sur Alternext, Jean-Yves Courtois (Orolia) et Christian Carme (Technofirst)...
Dossier réalisé par Gaëlle Cloarec et Didier Gazanhes