La question soulevée était celle du développement de l'entreprise. «En Alsace, nous ne pouvons plus nous agrandir», constate Thierry Schoepfer, directeur général de Bestheim. Plutôt que d'investir dans un pays lointain, son choix s'est porté sur le vignoble bordelais. Un choix également motivé par les nombreuses mises en vente de domaines et des prix du foncier viticole en baisse depuis 2003. En rachetant des châteaux bordelais, la cave haut-rhinoise vise le grand export, notamment en Asie et en Amérique du Nord. «Bordeaux reste un mot magique en Asie, comme les mots champagne et cognac», témoigne Thierry Schoepfer. Aujourd'hui, Bestheim réalise 30 % de son activité à l'export, mais surtout en Europe. En plus de gagner en notoriété à l'international, l'entreprise cherche à compléter sa gamme, car elle produit essentiellement des crémants et des vins blancs. Elle compte sur les effets de synergie: les bordeaux doivent servir de «cheval de Troie» pour les vins d'Alsace sur de nouveaux marchés, et les marchés déjà conquis par Bestheim doivent être dynamisés par la nouvelle offre bordelaise. L'Angleterre, par exemple, est en ligne de mire.
Reconfigurer pour gagner en rentabilité
Bestheim a démarré ses acquisitions en 2008 par les châteaux Fillon et Le Luc Régula et a poursuivi en 2009 avec le rachat du château de Caillavet. En 2010, elle revend le château Le luc Régula, le plus éloigné des deux autres, pour ne pas «se disperser». Le château Fillon est classé en AOC Bordeaux Supérieur, celui de Caillavet en AOC 1ères Côtes de Bordeaux. Comme pour ses vins d'Alsace, la cave coopérative s'est positionnée sur des vins moyen de gamme «plus». Ces deux domaines forment environ 150 hectares et emploient aujourd'hui une dizaine de personnes, contre quatre initialement. Bestheim a restructuré ces vignobles pour améliorer la qualité et préparer les surfaces à la mécanisation pour plus de rentabilité. En 2010, elle a investi 1,5million d'euros. Cette année, elle dépensera 500.000euros pour remettre à jour les machineries agricoles. L'entreprise a également modifié son site internet et ses plaquettes commerciales au printemps 2010, en intégrant les châteaux bordelais.
Surprise locale et nationale
Si le développement commercial du château Fillon démarre seulement cette année, le château de Caillavet, sur le marché depuis plus d'un an, a déjà connu des succès et des distinctions dans plusieurs guides des vins. En 2010, la cave a vendu environ 250.000 cols de bordeaux. «La surprise est venue au niveau local et national. Nos clients nous ont fait confiance», souligne Thierry Schoepfer. En Alsace, sur le marché de la restauration, Bestheim a progressé de 20% l'an dernier, grâce à la vente de bordeaux et de crémants. De quoi conforter l'entreprise dans sa stratégie, qui s'est fixé l'objectif de vendre l'ensemble de son potentiel bordelais, soit un million de cols. «Quand nous atteindrons ce chiffre, nous irons voir plus loin», prévient le dirigeant. Il ne souhaite pas acquérir d'autres propriétés, mais agrandir les domaines existants. «Plus ils seront grands, plus ils seront rentables», affirme-t-il. Pas plus tard qu'en décembre, il a acheté à nouveau 10 hectares.
Bestheim
(Bennwihr) Directeur général: Thierry Schoepfer 70 personnes Chiffre d'affaires: 33millions d'euros @email 03 89 49 08 63