Bâtiment : Les entreprises rhônalpines se mobilisent pour relancer l'activité
# BTP # Conjoncture

Bâtiment : Les entreprises rhônalpines se mobilisent pour relancer l'activité

Les professionnels du BTP lancent un cri d'alarme à destination des pouvoirs publics. Ils réclament des mesures qui leur permettraient d'enrayer les difficultés. Dans les entreprises, la situation n'est pas toujours catastrophique. Mais l'incertitude règne. Témoignages.

« Trop, c'est trop ! » Par ces quelques mots, les professionnels du bâtiment et des travaux publics ont fait entendre leur voix en ce début d'année. Partout en France, entreprises et artisans du secteur ont lancé un cri d'alarme. Au niveau national, la Fédération du bâtiment estime à 40.000 le nombre d'emplois qui vont être supprimés en 2013, « soit un peu plus de 4. 000 » pour la seule région Rhône-Alpes. Même inquiétude du côté de la Capeb, qui évalue à 20.000 le nombre d'emplois menacés dans l'artisanat du bâtiment cette année en France. Dans ce contexte difficile, la Fédération du BTP réclame la réduction de la durée de détention d'un bien immobilier en vue de l'exonération de la plus-value. Mais aussi l'abaissement à 5 % du taux de TVA appliqué à la construction sociale et aux travaux de rénovation, ainsi que l'exclusion du régime des auto-entrepreneurs du secteur du bâtiment. À cela, la Capeb ajoute le renforcement des contrôles de l'administration sur les chantiers afin de garantir les mêmes droits et devoirs pour tous, et la présence d'un représentant des entreprises artisanales au sein de la Banque publique d'investissement.




Attentisme

« Il y a urgence à agir », insiste Jacques Chanut, président de la Fédération française du bâtiment Rhône-Alpes. En effet, la plupart des indicateurs sont dans le rouge. Au niveau régional, le nombre de mises en chantier de logements a chuté de plus de 20 % en 2012. Le recul est particulièrement marqué en Isère (- 36 %), en Savoie, en Haute-Savoie et dans la Drôme (- 29 %). Le Rhône est nettement moins touché (- 5,6 %) tandis que la Loire est dans la moyenne (- 19 %). Côté emploi, le nombre de salariés permanents est resté globalement stable l'an passé. En revanche, le recours à l'intérim a joué le rôle de variable d'ajustement avec des baisses de 6 à 7 % dans le Rhône, la Loire et l'Isère, et jusqu'à 9 % dans l'Ain. « Nous nous acheminons vers deux années difficiles », estime Luc Brunel. Le dirigeant ligérien de Brunel Entreprise (60 salariés, chiffre d'affaires : 12,5 M€) anticipe une baisse de son chiffre d'affaires de l'ordre de 20 à 30 % après une année 2012 « relativement satisfaisante ». « La baisse du nombre des autorisations de construire va fortement affecter notre activité, juge le chef d'entreprise. Sous la pression du gouvernement, les collectivités locales voient leurs recettes baisser et donc investissent moins. Si l'on ajoute à cela la perspective des élections municipales, le contexte n'est pas au lancement de nouveaux projets. Tout est reporté à 2016. » Côté privé, la situation n'est guère plus engageante. « Les clients acheteurs sont là, mais ils attendent une baisse des prix de l'immobilier qui, à mon avis, ne viendra pas. »




Effet de ciseaux

Jérôme Lamat, dirigeant de l'entreprise lyonnaise de construction rénovation Creb (24 salariés, chiffre d'affaires : 3,5 M€), constate de son côté l'effet de ciseaux auquel sont soumises les entreprises du secteur, entre réduction des marges et concurrence accrue. « L'avenir est plutôt incertain, note-t-il. Il est difficile de se projeter. Pour le moment, nous n'avons pas trop de difficultés, mais notre visibilité est aujourd'hui de six à huit mois alors qu'auparavant elle allait jusqu'à un an. » La société iséroise Agilbat (5 salariés, chiffre d'affaires : 560.000 €), spécialisée dans les travaux d'accès difficile, a pour sa part enregistré « une très bonne année 2012 ». Toutefois, son dirigeant, Alain Dal Pra, assure rester « très attentif. Il faut essayer d'anticiper les choses et garder un oeil sur les indicateurs ». Le patron isérois souhaite notamment que le régime d'auto-entrepreneur soit « réformé et suivi de près » pour éviter les situations de concurrence déloyale. « Nous ne sommes pas compétitifs par rapport à eux dans la mesure où ils n'ont pas les mêmes impératifs que nous en matière de sécurité. Il ne faudrait pas attendre qu'il y ait un accident pour se poser la question. »

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