D'un côté, l'idée souvent répandue que les banques ne jouent pas le jeu du financement. Et les témoignages qui vont avec (Voir ci-contre). De l'autre, les chiffres de la Banque de France qui indiquent un soutien important des banques aux entreprises. Ce paradoxe, déjà ancien, est encore plus criant depuis le début de la crise économique. Pourtant, plus que jamais, les banques et les entreprises ont besoin les unes des autres pour assurer leur développement.
+8,4% d'encours de crédit aux entreprises en Aquitaine
Les chiffres sont sans équivoque: les encours de crédits accordés aux entreprises connaissent actuellement une forte progression en Aquitaine. Ils ont augmenté de 8,4% par rapport à un an plus tôt, quand la moyenne nationale s'établit à +4,2%. Si l'on compare le premier trimestre 2012 au dernier trimestre 2011, la progression n'atteint plus que 1,6% en Aquitaine, contre 0,2% au niveau hexagonal. «La distribution du crédit aux entreprises se fait plutôt bien en Aquitaine, déclare Jean-Claude Bach, directeur régional de la Banque de France. Et le ralentissement de ces derniers mois s'explique par une baisse de la demande, en raison de la stagnation de notre PIB».
Sentiment de délaissement pour les TPE
Ce discours ne convainc pas Michel Dumon, président départemental de l'Union professionnelle artisanale: «Les petits entrepreneurs ont le sentiment d'être délaissés par les banques. Les garanties à apporter sont de plus en plus importantes. L'hypothèque de la maison est de plus en plus souvent demandée. Par ailleurs, les délais pour obtenir une réponse s'allongent. Il faut parfois deux ou trois semaines pour une réponse pour le financement d'un camion ou d'une machine-outil. Et les conditions d'accès au crédit sont encore pires pour ceux qui se lancent dans la création!». Des propos partagés par Serge Marcillaud, président de la CGPME Aquitaine: «L'accès au crédit est dur pour les créateurs et les très petites entreprises». Les chiffres de la Banque de France le prouvent, plus une entreprise compte de salariés, plus elle a facilement accès au crédit: les encours ont bondi de 16,6% entre mars2011 et mars2012 dans notre région pour les grandes entreprises. Dans le même temps, la hausse des encours a été de 5,4% pour les TPE et PME et de 4,8% pour les microentreprises. Une hausse plus mesurée, certes, mais une hausse tout de même...
Problème de transparence
Pour Michel Dubois d'Enghien, dirigeant d'Evalbank, «ce n'est pas tant la difficulté d'accès au crédit qui pose problème que la transparence». Cet ancien banquier propose aujourd'hui des formations aux chefs d'entreprise pour apprendre à mieux comprendre le système bancaire. Il considère que si les entrepreneurs sont méfiants vis-à-vis de leur banque, «c'est parce qu'ils sont dans un rapport dominant-dominé, et qu'ils se sentent otage de la tarification. La principale inquiétude concerne les tarifs. J'ai déjà vu certaines banques exposer leurs modalités de tarification sur 70 pages! Les entrepreneurs acceptent de payer quand ils savent ce à quoi ils ont droit. Sinon, ils ont l'impression d'être plumés». Pour Michel Dubois d'Enghien, les relations difficiles entre banquiers et entrepreneurs sont également liées à un contexte: «Durant la campagne pour l'élection présidentielle, l'ambiance générale était défavorable au monde bancaire».
Développement du factor et du crédit-bail
Un spécialiste du soutien aux entreprises a constaté, pour sa part, une recrudescence des recours aux factor et aux crédits-bails. «En incitant le chef d'entreprise à passer par ces contrats, le banquier augmente le coût du crédit pour les chefs d'entreprise». Et il réduit ses besoins de fonds propres. «Avec les critères de Bâle 3, qui imposent aux banques un ratio de fonds propres de 7%, les banquiers craignent le long terme, comme l'immobilier», explique Michel Dubois d'Enghien.
Banques mutualistes et banques commerciales
Pour Serge Marcillaud, les banques ne sont pas toutes à mettre dans le même panier. «J'ai constaté deux types d'attitude. Les banques mutualistes, qui disposent d'un réseau de proximité, ont des rapports plus sains avec les entreprises locales que certaines banques commerciales, dont nos adhérents soulèvent des comportements parfois violents». Et Jean-Claude Bach de conclure: «La situation actuelle nous rappelle qu'une banque n'est pas un service public. Il faut aujourd'hui plus d'arguments pour convaincre de la solidité de son projet».
Pointées du doigt pour leur frilosité en ces temps de crise, les banques ont pourtant augmenté leurs encours de crédits aux entreprises ces derniers mois. Plus que d'un assèchement du crédit, c'est de délais allongés et d'un manque de transparence dont souffrent les PME.