AZF : Un procès technique
# Conjoncture

AZF : Un procès technique

Le procès d'AZF touche à sa fin. La phase de l'instruction s'est achevée le 11juin pour laisser place aux plaidoiries. 346heures d'audiences s'étalant sur 3mois et demi pour un procès fleuve qui a confirmé ce que l'on avait pressenti: ce fut avant tout une bataille d'experts.

Des audiences à rallonge, finissant souvent tard le soir, ont montré des débats très techniques où l'on a eu bien du mal à démêler le vrai du faux. On se sera au moins mis d'accord sur certains points. Il y a eu une seule explosion, les deux «bangs» entendus par les Toulousains étant dus à la détonation propagée par l'onde sismique qui provoque un effet d'écho. De même, l'hypothèse d'un départ de feu ou théorie d'un «arc électrique» n'aura pas tenu face aux démonstrations des scientifiques. La piste de l'attentat dite «piste intentionnelle» qui aura, durant sept ans et demi, alimenté tous les fantasmes et fait courir la rumeur, a finalement été évacuée. Voilà pour les progrès dans la compréhension des faits. Reste bien des interrogations. Quelques jours après l'explosion, le parquet privilégiait la thèse accidentelle plutôt que d'ouvrir une enquête préliminaire qui aurait eu le mérite de permettre de suivre toutes les pistes. L'enquête fut orientée vers l'accident dû à un mélange de produits: nitrate d'ammonium+chlore (NA/DCCNa). La thèse officielle s'est appuyée sur les expertises judiciaires qui ont décelé de mauvaises conditions de stockage des produits. Ce qui aurait produit l'explosion. Les experts l'affirment mais ne pourront jamais vraiment l'expliquer. Le long défilé de spécialistes en sismologie, détonique, chimie, pyrotechnie fut l'objet de débats passionnés, presque toujours contradictoires, la complexité des exposés n'aidant guère à une compréhension claire (cf. ci dessous). En somme, l'audition de Thierry Desmarest, P-DG de Total, est venue étayer, le 10juin, ce que l'on commençait à comprendre: «Malgré les moyens mis en oeuvre, la déception de n'avoir pas d'explication plausible». Dans un procès difficile d'accès par la complexité des données, on regrettera que les victimes aient eu parfois le sentiment d'être oubliées. Trop de formules chimiques, trop de thèses savantes ont un peu relégué l'humain en arrière-plan. Certes, il s'agissait de comprendre mais il y a tout lieu de penser que «la» vérité ne sera pas au bout du chemin: comme il se doit, il y aura une vérité judiciaire qui risque de faire beaucoup d'insatisfaits. Les plaidoiries devaient se terminer le 26juin, suivies de deux jours d'intérêts civils. À l'issue d'un délibéré, le tribunal rendra sa décision en novembre prochain. .

# Conjoncture