AZF : Un procès historique
# Conjoncture

AZF : Un procès historique

Sept ans et demi après l'explosion de l'usine AZF, le procès correctionnel de la plus grande catastrophe industrielle de France s'est ouvert à Toulouse salle Mermoz le 23février. Avec une victime supplémentaire, le tribunal ayant porté officiellement à 31 le nombre des personnes décédées des suites du drame du 21septembre 2001.

Pour les milliers de personnes touchées et d'entreprises sinistrées, c'est l'aboutissement d'une longue attente. Un procès qualifié d'historique, avec ses 1.813 parties civiles, quelque 200 témoins, 60 avocats autant d'experts et un tribunal composé de cinq magistrats au lieu des trois habituels. Pour la première fois dans l'histoire de la justice française, un procès correctionnel filmé et qui devra faire la lumière sur des faits dont le traumatisme se fait toujours sentir. La marche silencieuse des victimes d'AZF en était un rappel digne qui a précédé le procès prévu dès 14h dans la grande salle Jean Mermoz prêtée par la Ville pour faire office de tribunal. Mais au vu du nombre des parties civiles, et malgré une organisation irréprochable, il aura fallu attendre 15h15 pour que l'audience s'ouvre dans une atmosphère pesante où la souffrance est palpable. Le président Thomas Le Monnyer aura ces mots d'humanité à l'adresse des victimes: «Le tribunal ressent l'émotion immense qui vous meurtrit tous (...) et garantit un débat contradictoire et loyal et notamment le respect de chaque intervenant quel qu'il soit.» Suivra une audience très technique consacrée à l'établissement du plan d'audience des témoins et experts qui viendront à la barre tout au long de ce procès-fleuve prévu pour durer quatre mois et dont le jugement sera connu dans la deuxième semaine de novembre. Portant à 31 le nombre des personnes décédées des suites de l'explosion d'AZF, le tribunal a également décidé l'examen de citations directes, cinquante-sept parties civiles ayant demandé la comparution de Total et M.Desmarets aux côtés des prévenus cités, à savoir Serge Biechelin, ex directeur de l'usine AZF et Grande Paroisse, en tant que personne morale.




Les enjeux du procès

Entre hypothèses et absences de preuves judiciaires, la thèse de l'accusation accréditant un accident dû au mélange de chlore et de nitrate d'ammonium continue de semer le trouble dans les esprits. Et le démenti formel de la reconstitution montrant l'impossibilité d'une telle manipulation a fragilisé la version officielle. Avec une seule question fondamentale à laquelle la justice devra répondre: qu'est ce qui a provoqué l'explosion d'AZF ? Pour la défense, il s'agira d'obtenir la démonstration de l'existence d'une faute et le lien avec l'explosion, pour les parties civiles partagées entre celles qui croient à l'accident mais dénoncent les manoeuvres de Total pour brouiller les pistes et celles qui réfutent l'origine d'un mélange chimique malencontreux, il s'agit avant tout de connaître la vérité. L'examen des faits permettra peut-être enfin de comprendre certaines approximations de l'enquête ou la disparition de la benne (et des sacs qui ont servi à la remplir) dont le contenu a été déposé près du bâtiment 221 d'où serait partie l'explosion. La bataille d'experts chimiques qui s'annonce sera forcément complexe et parfois contradictoire. Il ne faudrait pas que les explications perdent les milliers de victimes qui espèrent beaucoup d'un procès qui, s'il ne peut répondre à tout, ne doit en aucun cas devenir le procès de toutes les frustrations.



Marina Kouby

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