Du haut de ses trois étages, l’avenir de la construction nous contemple. C’est en tout cas une spectaculaire prouesse réalisée par Constructions-3D que cette tour de 14 mètres de haut, "imprimée" en quelques jours seulement grâce à la MaxiPrinter, l’imprimante à béton développée par la start-up. Elle est actuellement, selon la start-up, le plus haut bâtiment du monde réalisé par impression béton.
Destinée à accueillir des bureaux, sur 450 m², cette tour vient conforter la vision d’Antoine Motte qui depuis 2017, n’a de cesse de prouver que ses machines et plus largement, l’impression du béton, seront demain incontournables. Depuis 2019, il imprime un bâtiment après l’autre à Bruay-sur-l’Escaut, sur le site de la Citadelle des Savoir-Faire, la place forte où il a rassemblé les sept entreprises qui composent son écosystème autour de l’impression 3D. Elles comptent aujourd’hui une cinquantaine de salariés; Constructions 3D a réalisé 2,34 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2023.
"Nous avons déjà imprimé 600 m² sur les 2 800 m² prévus, en nous imposant à chaque fois de nouvelles contraintes techniques. L’idée est de démontrer que l’impression permet de construire tous types de bâtiments, de plain-pied, avec des étages, avec un sous-sol… On répond à tous les défis", pose le dirigeant, assez dépité par la frilosité des entreprises de construction en France.
Miser sur l'international
Elles sont pourtant venues nombreuses pour observer le travail mené sur la Tour. Mais pour le moment, les imprimantes béton ne font pas partie de leur équipement. "L'impression 3D est la réponse à toutes les problématiques que rencontre le secteur de la construction, dont les méthodes n'ont pas bougé depuis des décennies. Problèmes de recrutement, de pénibilité, de manque de féminisation, de transport, de déchets… Pour construire mieux, plus vite, moins cher, l'impression 3D est la meilleure solution", martèle pourtant Antoine Motte.
Pour le moment, c’est donc à l’international que ses machines trouvent leur marché. L’entrepreneur les exporte au Canada et surtout à Dubaï, où onze d’entre elles sont déjà en activité. Porté par la volonté de l’émir de voir 30 % des nouvelles constructions imprimées d’ici 2030, le secteur local du bâtiment s’est emparé de la technologie. S’y est notamment construit, grâce aux machines produites à Bruay, le plus grand bâtiment imprimé en 3D au monde… jusqu’à présent. Car les records vont rapidement tomber, se félicite Antoine Motte, qui voit d’un bon œil des chantiers se lancer un peu partout, de l’Europe aux États-Unis.
Préparer l'avenir
En attendant un sursaut sur le marché français, la start-up pose des jalons pour l’avenir. Elle a notamment investi 1,5 million d’euros pour se doter d’une usine, à Mortagne-du-Nord (Nord), où produire le Termix, le matériau qu’elle a mis au point, et qui présente les caractéristiques idéales pour l’impression béton. Opérationnelle depuis le début mars, l’usine peut en produire 300 tonnes par semaine. "Pour le moment, nous sommes nos seuls clients", s’amuse Antoine Motte. "Mais tout est prêt pour répondre à la demande, le moment venu." Le Termix va déjà être mis en œuvre en quantité sur la Citadelle des savoir-faire, pour imprimer un incubateur et un centre de formation, à destination des salariés du BTP, pour faciliter la montée en compétences dans les entreprises. Soutenu par la mairie de Bruay, l’entrepreneur est en train de lancer un projet de "Familistère 3D", comprenant 27 logements imprimés : 9 villas individuelles, un béguinage de neuf logements de plain-pied, et un immeuble collectif de deux étages. Un concours d’architecte va être lancé fin 2025 pour ce projet, calibré pour inciter les professionnels à s’intéresser aux multiples possibilités offertes par l’impression béton.