Ennea Groupe opère depuis 2022 dans le reconditionnement industriel et ce, sur un site de 2 200 m², plus que symbolique : l’ancien site industriel de Bridgestone à Béthune (Pas-de-Calais). "Notre cœur de métier est l’économie circulaire et plus précisément le réemploi d’équipements professionnels", introduit Eric Busch, le directeur général.
Jusqu’à présent, l’entreprise de 17 salariés équipait les appareils ainsi reconditionnés de batteries neuves. "Il était important de montrer aux clients qu’il n’y a pas de problème d’autonomie de la machine", explique le président, Gilles Fontaine. Aujourd’hui, l’entreprise est en mesure de proposer des machines revisitées avec des batteries, elles aussi, régénérées et ce, grâce au partenariat qu’elle vient de signer avec la société Neo-Eco (6 M€ de CA, 60 salariés), située à Hallennes-lez-Haubourdin (Nord), notamment à travers sa filiale BringBack, elle aussi installée sur le site de Bridgestone.
Remettre en état des machines usagées
L’objectif est simple : prolonger la durée de vie des machines tout en évitant d’en faire des déchets. "Nous pouvons également intervenir sur des machines que nous n’avons pas commercialisées, ajoute Eric Busch. Sur notre domaine d’expertise et étant donné la largeur de notre gamme de compétences, nous n’avons pas de concurrent direct. Nous avons, en parallèle, développé des activités de service et de transport et nous avons mis en place des gestions de garanties à trois et à six mois."
Aussi bien les engins de manutention, les transpalettes, les machines de propreté que les distributeurs automatiques de boissons sont traitées par le spécialiste béthunois. "Nous sommes à la fois multimarques et multiproduits, précise Gilles Fontaine. Notre feuille de route inclut d’autres lignes de produits à venir pour répondre aux demandes des clients." Parmi ceux-ci, constructeurs, distributeurs et utilisateurs sont de plus en plus nombreux à se tourner vers des produits d’occasion remis en état.
Les batteries régénérées par BringBack
En équipant ses machines de batteries recyclées, Ennea Groupe renforce son positionnement en tant qu’acteur de l’économie circulaire dans l’industrie. C’est tout naturellement que l’entreprise s’est rapprochée du cabinet d’ingénierie environnemental, Neo-Eco qui développe notamment des solutions de valorisation des déchets et de régénération des matériaux. Ce dernier accompagne les entreprises vers des pratiques, entre autres, plus durables. Sa filiale BringBack est notamment spécialisée dans la régénération de batteries usagées. Grâce à une technologie maison, elle est capable de les restaurer à leur pleine capacité. "Ils ont développé un algorithme capable de déterminer le niveau d’encrassement d’une batterie. Ce programme breveté, poursuit Gilles Fontaine, nous permet dès lors de proposer des machines 100 % verte avec une capacité fonctionnelle maximale et une traçabilité totale."
30 à 40 % moins cher que du neuf
En plus d’offrir des vertus de recyclabilité, ces machines disposent également d’un intérêt économique. "Une batterie neuve représente 30 à 40 % du prix d’une machine, rappelle le président. Avec des batteries reconditionnées, on peut diviser le prix par trois par rapport à du neuf."
Ce partenariat commercial permet à Neo-Eco de pénétrer des marchés sur lesquels il n’était pas présent. En effet, cet acteur régional de l’économie circulaire évoluait jusqu’alors surtout dans le secteur du bâtiment. Pour Ennea Groupe, la boucle est bouclée, permettant de commercialiser des machines industrielles entièrement reconditionnées. Les deux entreprises se sont entendues sur une durée et un volume d’engagement, non communiqué. Elles estiment la création d’emplois directs à 200 d’ici trois ans.
Nouvelle usine en 2025
"C’est une réponse à la fois écologique et économique. La loi AGEC de 2020 définit un cadre réglementaire avec notamment l’obligation d’achat de matériels reconditionnés dans certaines conditions. Une collectivité doit par exemple réaliser 20 à 40 % de ses achats en reconditionné", rappelle Gilles Fontaine. Et de poursuivre : "sans oublier les données extra-financières avec notamment le bilan carbone de l’entreprise mais aussi le fait de mettre en regard les performances énergétiques et écologiques sur les résultats réalisés."
Avec une quarantaine de machines reconditionnées par mois, tout secteur confondu, Ennea Groupe s’inscrit pleinement sur le marché du réemploi. Côté perspectives, l’entreprise projette une à deux lignes supplémentaires de reconditionnement dans le Pas-de-Calais, avec un recrutement ciblé de 25 salariés. Et elle annonce ouvrir une nouvelle usine dans le sud début 2025. Ce site, d’une superficie estimée entre 3 000 et 4 000 m², devrait accueillir une trentaine de salariés. "À notre création, il y a deux ans, nous faisions 0 euro de chiffre d’affaires. Au premier exercice, nous atteignons 1,5 million. Notre objectif est d’arriver à 3 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2027 sur un site unique", projette Gilles Fontaine.