Elle a longtemps fait les beaux jours de la région. Dans le Sud Alsace, tiraillé entre les usines PSA de Mulhouse et de Sochaux, elle est même vitale pour l'activité et l'emploi. À elle seule, l'industrie automobile pèserait 12% de l'économie alsacienne, mobilisant pas loin de 56.000 salariés. Alors quand le marché automobile est inconstant, les inquiétudes grandissent. A fortiori quand pointent à l'horizon des révolutions technologiques de rupture qui laisseront immanquablement des entreprises sur le carreau. Celles qui, dans leur méthode de management, dans leur outil ou dans leurs projets de R & D, n'ont pas encore pris le virage du XXIesiècle. «Et il y en a dans la région», lâche un témoin du secteur. En attendant, toutes doivent faire face à une crise qui a des répercussions étonnantes dans le secteur. Le soutien des États européens à leurs marchés automobiles intérieurs a limité le recul global à 5% de janvier à octobre. Au plan local, cela s'est traduit par un niveau de production élevé de voitures chez PSA à Mulhouse (1.370 véhicules par jour actuellement, contre 845 en début d'année).
6.000 emplois détruits
Mais voilà. Déstockage, gestion de surcapacités de production et mondialisation du marché obligent, les équipementiers alsaciens ont subi des reculs d'activité allant de 20% à 50% selon les témoignages. Et pas loin de 6.000 emplois auraient été détruits dans la région depuis le début de l'année selon la fédération régionale de la CGT, soit un peu moins de 10% des effectifs. Cela aurait pu être pire. Les lois sociales françaises et la possibilité de recourir à du chômage partiel ou à des formations ont permis d'amortir le choc. Mais on ne peut pas oublier Staufen Plastics, SRF Borbet, etc. qui ont fermé leurs portes cette année.
Inévitablement, cette hyperdépendance à la voiture, notamment dans le Sud Alsace, pose la question de la diversification des entreprises. Nouveaux débouchés géographiques ou nouveaux marchés et secteurs d'activité, elle implique le plus souvent une révolution culturelle, teintée de curiosité. Elle ne doit toutefois pas éloigner le tissu de PME de l'impérieuse nécessité d'innover pour accompagner les mutations du secteur.
«Générer d'ambitieux projets»
Sans cela, la région, si bien placée d'un point de vue géographique, ne saurait pas retrouver la place qui est la sienne sur l'échiquier automobile national, voire européen. Elle ne parviendrait pas à endiguer un lent mais perceptible décalage du centre de gravité automobile vers la Franche-Comté. À moyen terme, «elle doit être capable de générer de beaux projets, ambitieux, qui vont dans le sens des déplacements de demain», témoigne Bernard Durand, vice-président de l'université de Haute-Alsace en charge de la recherche. Des projets fédérateurs et susceptibles de s'inscrire en relais de croissance de l'automobile ?traditionnelle ?. D'autant qu'en cette fin 2009, les plans de soutien à la filière ont déjà été remis en cause par les gouvernements, ou vont l'être l'année prochaine. Comment va, dès lors, évoluer le marché? Certains prédisent un exercice 2010 encore plus meurtrier pour les équipementiers que ne l'a été 2009. «Hausse des coûts des matières premières, chute du marché, besoins de trésorerie... La combinaison de ces trois phénomènes l'an prochain pourrait rendre 2010 plus délicat que 2009», confirme Philippe Lambalieu, adjoint au chef de la division industrie à la Drire.
Trop de salariés et d'entreprises dépendent de la filière automobile en Alsace pour la laisser sombrer. Mais le secteur doit surmonter une conjoncture délicate et remédier à des faiblesses structurelles graves, héritées de la période où la vision du marché était exclusivement locale. Les récentes rencontres Mobilis, à Montbéliard, ou encore la venue prochaine de Patrick Blain, patron de la Plateforme de la filière automobile (PFA) à Mulhouse, témoignent de la volonté de remédier aux soucis de compétitivité et d'organisation de la filière pour qu'enfin l'Alsace de l'automobile entre dans le XXIesiècle
. Par Philippe Armengaud