« Au départ, c'est un cas d'école. L'Auberge se situait près du centre-ville de Lanester, alors que le commerce prospère de notoriété publique dans les zones d'activités. Il n'y avait pas de parking pour la clientèle et c'était vieillot », constate, lucide, Michel Chouteau. De formation supérieure hôtelière, passé par le Grand Hôtel Place de l'Opéra à Paris, l'Hôtel Royal Lucien Barrière, à Deauville, et des palaces tels le Connaught à Londres, puis gestionnaire d'un 2.500 couverts/jour pour les collectivités (Avenance) et enfin patron, avec son épouse, d'une affaire florissante - l'Hôtel de Rohan - le Vendéen jette néanmoins son dévolu sur l'Auberge du Chemin de fer. Qu'il modernise, relance. Mais très vite, une idée s'insinue, se fait pressante. Une envie d'aller au bout de la logique. L'affaire, qui a connu ses heures de gloire jusque dans les années 70-80 grâce à la proximité de la DCN, suit son cours mais manque de capacité hôtelière. « Or, nous avions envie de réduire un peu le rythme, d'arrêter de travailler en soirée. C'est là que je me suis mis en quête d'un... autorail ! »
Feu vert au bout de deux ans de sollicitations
Facile à dire, mais en réalité les opportunités ne courent pas les voies... Quand Michel Chouteau découvre le Picasso 3678 de ses rêves - un Nantes-Quimper baptisé Le furet du Morvan - le pari tourne court. « Je l'ai découvert à Carhaix, en ruine. Squatté. Propriété de Veolia, qui gère la gare de fret de Carhaix, et qui l'avait un temps mis à disposition des Vieilles Charrues. Le Picasso a fait la navette entre Kerampuilh et Carhaix mais les coûts de remise en état ont fini par lasser l'association. Je me suis proposé mais l'affaire en est restée là, pendant deux ans... » Puis, c'est la surprise. Revirement. Veolia donne son feu vert. Michel Chouteau acquiert le wagon en piteux état, entièrement désossé, pour moins de 7.000 euros. « Cela m'a coûté plus cher de transport. » Premier obstacle : les délais d'autorisation d'acheminement par la route.
Six mois pour faire Carhaix-Lanester
Il a fallu s'armer de patience pour obtenir l'autorisation de transport de " l'Équipement ". La rénovation et la transformation en gîte portera l'ardoise à un modeste 100.000 euros. Le train est raccordé au tout à l'égout. La miroiterie CGN de Caudan réalise le remplacement complet et hors normes des hublots. C'est l'un des plus gros postes avec celui de la carrosserie, assurée par Dominique Quénet (Arzano Automobile). Les banquettes proviennent des Ateliers du Mans, tandis que des passionnés du rail varois se montrent intéressés par le moteur pour un train touristique local. Michel Chouteau fait poser par un sous-traitant SNCF de Keryado le Picasso sur des rails avec traverses et ballast, comme il se doit.
Quand un handicap devient une force
Place à deux gîtes insolites de 60 m² pour six personnes et à un autre pour un couple. Ouverts l'an dernier, ils donnent entière satisfaction. Les clients viennent de toute la France, de Suisse, de Belgique, du Royaume-Uni, mais aussi du pays de Lorient. « C'est réservé toutes les semaines. » Quand un handicap devient une force, car les locataires y s'avèrent heureux de jouir... de la sonnerie du passage à niveau.