Sous statut privé depuis 2006, Aéroport de Toulouse Blagnac (ATB) est une entreprise en croissance régulière qui, avec 7,5 M de passagers en 2013, a réalisé 117,4 M€ de CA pour 10,6 M€ de RN. Un trend de rentabilité qui devrait se poursuivre, voire s'améliorer car le gros des investissements (Hall D, parkings couverts..) a été fait. Le contrat de régulation à 4 ans (2014/2018) prévoyait « seulement » 63 M€ d'investissements avec le réaménagement du Hall A, mais il semblerait qu'il soit maintenant gelé ! On comprend donc le fort intérêt que suscite la privatisation de la majorité de son capital*.
L'échec d'une solution régionale
Alors que dès la mi-juin, l'État informait les acteurs concernés de la relance de la privatisation, ce n'est que fin septembre qu'une prise de conscience des risques potentiels de cette procédure a eu lieu chez les élus et politiques de tous bords. Déjà, pour éviter l'arrivée d'un contrôle extérieur à la région, cet été les collectivités locales actionnaires n'ont pas su se mettre d'accord, contrairement à un souhait autrefois exprimé pour une prise de majorité conjointe. Avec ses 25 % qu'elle avait d'abord souhaité réduire comme l'atteste le cahier des charges de l'Agence des Participations de l'État, la CCI de Toulouse a finalement voté en AG extraordinaire fin juillet de conserver voire accroître sa participation. Las, aucun accord pour une offre majoritaire 100 % locale n'a été trouvé avec la Région, le Département et Toulouse Métropole (chacun 5 %) pas plus qu'avec deux banques locales alors demandeuses, Banque Populaire Occitane et Caisse d'Épargne Midi Pyrénées. « Dès juin, quand nous avons eu connaissance de la privatisation, il nous semblait naturel d'y aller et nous nous sommes rapprochés des collectivités locales pour connaître leurs intentions », relate Stéphane Kolb, membre du directoire de la Caisse d'Epargne de Midi-Pyrénées. Sans s'étendre sur l'échec des discussions, il enchaîne : « De toutes façons, nous voulions y aller », d'où le ticket " Capitole Alliance " avec l'allemand AviAlliance spécialiste de la gestion aéroportuaire.
Préserver les intérêts économiques locaux
Risque corollaire à la prise de majorité d'un acteur extérieur, aperçu tardivement : l'absence dans le cahier des charges de référence à un traitement « de faveur » pour Airbus et ATR, les plus gros utilisateurs de la plate-forme, tant sur le plan des taxes aéroportuaires que des besoins fonciers. L'aéroport possède en effet une réserve de plus de 100 ha qui peut prêter à spéculation. Mi-octobre, la montée au créneau de nombreux élus n'a pas été vaine, un arbitrage du Premier ministre les ayant assurés d'un avenant au cahier des charges intégrant une prolongation jusqu'à 2078 des conditions airbusiennes. De façon plus large, selon Jean-Michel Vernhes, président du directoire d'ATB, « le volet industriel et collectif sera prépondérant ». D'ailleurs, dit-il, « il y a de bons candidats et c'est plutôt bon signe », se voulant rassurant aussi pour le personnel en place. Au CE, dont la procédure prévoit uniquement la consultation sur l'offre retenue, on souhaite « être associé par les actionnaires locaux à l'analyse de toutes les offres ». Patrick Fabriès, délégué, prévient : « On ne connaît pas la grille de lecture de l'APE ... et nos craintes, c'est qu'une nouvelle gouvernance joue la carte des synergies et de la mutualisation ». Jean-Michel Vernhes conclut lui sur ce sujet : « Nous sommes 320 personnes, ce qui est peu dans ce secteur, le personnel ne pourra donc pas être un levier d'économies ».
À quel prix ?
AltaValue (spécialiste de la valorisation financière des PME et ETI non cotées), valorise ATB entre 155 et 200 M€, selon les « perspectives de cash-flows futurs ». Une simple indication sachant qu'une forte concurrence peut engendrer des mises sans rapport. Ainsi, Fraport (propriétaire de l'aéroport de Francfort) a déboursé cet été 177 M€ pour 75 % du capital de l'aéroport de Ljubljana (1,3 M de passagers), soit 20 fois l'Ebitda, un ratio jugé normal pour le secteur par les analystes de la banque allemande DZ Bank. Quand on sait qu'ATB table sur 8,5 M de passagers en 2018 et 10 M en 2030, tous les espoirs sont permis pour l'État de toucher le jackpot !
* Les six offres en lice sont portées par : Aéroport de Paris (avec Predica, filiale du Crédit Agricole), le fond d'investissement Ardian (avec le groupe de BTP espagnol Ferrovial), Capitole Alliance (Banque Populaire Occitane, Caisse d'Epargne Midi-Pyrénées avec AviAlliance opérateur aéroportuaire allemand), Macquarie (fonds d'investissement australien), Shandong High Speed Group (opérateur chinois lié à SNC-Lavalin qui gère Lourdes et Francazal), Vinci (avec la Caisse des dépôts et EDF Invest).
L'État, actionnaire majoritaire de la SA Aéroport Toulouse Blagnac (ATB), cède par appel d'offres ses 60 % de capital : 49,9 % pour démarrer puis les 10 % restants dans un second temps. Les résultats de l'appel d'offres seront connus en novembre.