Ligne à grande vitesse, stade, pont, tramway... Plus aucun projet structurant ne peut voir le jour sans qu'une nuée d'associations expriment leur opposition. À coup de tracts, blogs, manifestations et recours judiciaires, certains représentants associatifs essayent de retarder ou empêcher des chantiers de voir le jour. Certes, cette situation n'est pas nouvelle, mais elle provoque plus de crispations en période de crise. « Dans une conjoncture aussi morose, il y a encore des groupuscules qui essayent par tous les moyens de faire capoter des projets structurants de notre territoire, se plaignait en novembre dans nos colonnes Laurent Courbu, président de la CCI Aquitaine. C'est gravissime ».
« Légitime car apolitique »
Faut-il pour autant jeter l'anathème sur un monde associatif parfois bien utile pour pointer du doigt les excès de nos élus ? Évidemment, chaque association revendique la pertinence de ses actions. Et tant pis si leur nombre d'adhérents est souvent infime. « Notre légitimité, nous l'avons acquise grâce aux médias (Voir ci-dessous), explique Stéphane Pusateri, président de l'Association des riverains et résidents de Bordeaux, qui revendique 60 adhérents. Le journal Sud Ouest m'a consacré 372 articles en 15 ans. Surtout, je suis légitime car apolitique. Et je ne suis pas un opposant systématique. D'ailleurs, je suis un farouche partisan de la ligne à grande vitesse vers Toulouse et Hendaye ». Un projet qui suscite l'opposition de nombreuses autres associations... Qui ne se contentent plus du combat médiatique.
Des recours qui peuvent coûter cher à la collectivité
Les recours devant le tribunal administratif se multiplient : contre la cité municipale, le grand stade... À la mairie de Bordeaux, on peste au sujet des recours contre le projet de grand stade. Tant que ceux-ci ne sont pas soldés, le contrat de financement ne peux être finalisé. Or, les taux d'emprunt sont actuellement très faibles. « Nous pourrions perdre un million d'euros par an pendant 30 ans ! », fulmine-t-on au cabinet. Il faut dire que ceux qui attaquent un projet devant le tribunal n'ont pas grand-chose à perdre. « Le risque le plus sérieux est la condamnation à indemnité procédurale, qui se chiffre généralement à 1.200 €, explique M e Xavier Heymans, avocat spécialiste de l'urbanisme au sein du cabinet KPDB. Il est également possible d'être condamné pour recours abusif. Mais c'est extrêmement rare ». Pour éviter les procès, les collectivités concertent à tout va : site internet de recueil de doléances, conseils de quartier, instances de représentation de la société civile... Tout est fait pour que les habitants puissent prendre la parole, avec l'espoir que la discussion permettra de lever des ambiguïtés. Mais certaines associations ne se reconnaissent pas dans de tels organismes. « Tout cela est contrôlé par le politique, regrette Stéphane Pusateri. Or, on est plus libre à l'extérieur du système politique qu'à l'intérieur. Mon seul souci est l'intérêt général ». Mais la notion d'intérêt général n'est-elle pas subjective ? « Non, considère Denis Teisseire, président historique de l'association Trans'Cub. Notre combat résulte d'un très long travail d'enquête. Aucun élu ne connaît le dossier du tramway comme nous. Nous luttons contre des logiques politiciennes qui empêchent la prise des bonnes décisions ». Et le trublion de citer ses combats gagnés qui ont permis au contribuable d'économiser « des centaines de millions d'euros », comme l'abandon du métro au profit du tramway, ou la reprise en régie de la gestion de l'eau par la Cub.
Les représentants patronaux pointés du doigt par Trans'Cub
Dans son combat pour une meilleure gestion de la dépense publique, Denis Teisseire déplore le manque de soutien de la sphère économique. Et accuse : « Les structures représentatives du monde économique sont irresponsables en ce qu'elles se sont désintéressées des sommes colossales qu'elles ont versées à la Cub au titre du versement transport ou de la CFE (ex Taxe professionnelle). Pour elles, le plus important était de dépenser de l'argent. Si nous connaissons aujourd'hui des difficultés importantes de déplacement sur l'agglomération, c'est par leur absence d'exigence vis-à-vis des instances politiques. Le monde économique doit demander des comptes et se faire sa propre opinion ». Un propos qui suscite l'étonnement de Jean-François Cledel, président du Medef Gironde : « Denis Teisseire porte un jugement sans connaître notre rôle pour agir sur les choix des collectivités. Peut-être découvre-t-il les limites du lobbying, que nous connaissons depuis longtemps... Les actions les plus efficaces ne sont pas toujours les plus visibles ».
Plus aucun projet structurant ne peut voir le jour sans être attaqué par des associations, provoquant l'ire des représentants de la sphère économique. Trans'Cub se défend... en attaquant le monde patronal sur son manque de contrôle de la dépense publique.