Le Journal des Entreprises : En 2014, Le Journal des Entreprises réalisait un article sur une entreprise ligérienne en plein essor annonçant un investissement d'1,3 million d'euros pour doubler sa production d'implants et son chiffre d'affaires d'ici à 2018. Cette entreprise, c'est celle que vous avez fondée en 1994 et dont vous avez repris les rênes en 2015. Aspide a été placée en procédure de sauvegarde en décembre dernier, à votre demande. Procédure dont la prolongation a été validée par le Tribunal de commerce juste avant l'été. Que s'est-il passé ?
Eric Bouillet : « Nous sommes passés très rapidement du statut d'entreprise en forte croissance à celui d'entreprise en difficulté. En mars 2016, nous devions faire renouveler nos certifications. Il s'agit d'une procédure habituelle, à réitérer tous les trois ans. Le ciel nous est tombé sur la tête quand le LNE/G-MED, l'organisme en charge des certifications, nous a signifié que nos certifications UE étaient retirées. Selon eux, les dossiers techniques présentés n'étaient pas complets et ne répondaient plus aux normes. En fait, les directives n'avaient pas changé mais elles étaient appliquées de façon plus drastique suite aux différents scandales (implants PIP etc). Depuis sa création, Aspide a vendu plus de deux millions d'implants à travers le monde, sans jamais le moindre problème mais techniquement, plusieurs non-conformités ont été mises à jour. »
Quelles sont les conséquences ?
E.B : « Il nous est désormais impossible de commercialiser nos implants en France et en Europe. Nous avons perdu subitement 60 % de notre chiffre d'affaires.Nous pensions récupérer rapidement nos certificats mais cela n'a pas été le cas malgré les nombreux compléments d'informations apportés. J'ai dû me résoudre à faire un plan de licenciement de 9 personnes en janvier, une autre vague de 8 départs a été lancée cet été. »
Quelles solutions pour Aspide ?
E.B : « Nous travaillons d'arrache-pied pour récupérer nos agréments UE. Plusieurs recrutements ont été effectués depuis l'année dernière pour constituer un vrai service réglementaire et un vrai service qualité. Nous avons également investi 700.000 euros sur des tests divers et variés pour être absolument nickels. C'est d'autant plus indispensable que les dispositions réglementaires vont encore se durcir. À cause de l'irresponsabilité de quelques-uns, ce sont toutes les PME comme la mienne qui subissent ces réglementations extrêmement lourdes. Nous rencontrons le LNE/G-Med tous les deux mois en ce moment. En juin, ils ont décidé de maintenir la suspension mais ont noté d'énormes progrès. Nous devons passer un nouvel audit dans les prochaines semaines. Et nous espérons bien avoir la validation de quelques dossiers techniques. Cela permettrait d'inverser la vapeur et de nous redonner un bol d'air.En attendant, nous travaillons à développer les zones sur lesquelles nous avons le droit de vendre, le reste du monde donc.»
Que se passera-t-il si vos espoirs sont une nouvelle fois déçus lors du prochain audit ?
E.B : « La situation risque de se tendre très fortement... En 2015/2016, nous avions réalisé un chiffre d'affaires de 9,3 millions d'euros avec un résultat net de 80.000 euros moins bon que d'habitude en raison de l'intégration de notre filiale Aesthetic. Sur cet exercice, nous allons réaliser 5,4 millions d'euros de chiffre d'affaires et nous allons probablement enregistrer une perte d'un million d'euros. Mais je veux rester positif. Si nous passons cette épreuve, comme je le pense, nous allons sortir plus fort.»
Est-ce un voeu pieu ou y croyez-vous réellement ?
E.B : « L'entreprise s'est entièrement réorganisée pour faire des économies. Nous avons rationalisé nos gammes en simplifiant nos offres et notre marketing pour éliminer les familles de produits peu ou pas rentables. Nous avons renégocié un certain nombre de contrats. Maintenant que le ménage financier et marketing est fait, nous serons beaucoup plus efficaces quand nous pourrons reprendre une activité normale.Sans être trop ambitieux, je pense qu'en récupérant nos certificats, nous pourrons retrouver rapidement notre chiffre d'affaires de 9 millions d'euros. Nous avons le soutien de beaucoup de clients. Cette affaire ne semble pas avoir trop entaché notre image de marque. Nous pourrons relancer la R & D que nous avons stoppée faute de moyens. Sous trois ans, nous pouvons atteindre les 15 millions d'euros de chiffre d'affaires.»
Quel est votre état d'esprit?
E.B : « Au départ, ma première réaction a été la colère. Je trouvais cette décision injuste. Aujourd'hui, c'est derrière moi. J'avance, je cherche des solutions. Et paradoxalement, dans l'entreprise, l'état d'esprit général est très bon avec une vraie cohésion et une mobilisation générale.»