Arverne veut accélérer dans la vente de chaleur et la production de lithium
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Arverne veut accélérer dans la vente de chaleur et la production de lithium

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L’expert palois de la géothermie Arverne a dévoilé un nouveau plan stratégique à horizon 2033. Il y révèle ses fortes ambitions d’accélération industrielle et commerciale sur ses deux piliers : la vente de chaleur et la production de lithium. Pour les financer, il annonce un premier emprunt obligataire d’au moins 33 millions d’euros et prépare déjà une éventuelle augmentation de capital.

Arverne a dévoilé un nouveau financement sous la forme d’un emprunt obligataire d’au moins 33 millions d’euros — Photo : Arverne

Le groupe palois Arverne (plus de 200 salariés), spécialiste de la géothermie, a profité de la présentation de ses résultats annuels pour dévoiler sa feuille de route à horizon 2033. Il vise une première production de chaleur et de froid en 2027 et la commercialisation de lithium en 2028. À échéance 2031 à 2033, il anticipe la production de 4 TWh par an en France issus de la géothermie profonde et la production de 27 000 tonnes de carbonate de lithium par an, l’équivalent des besoins de 800 000 véhicules électriques.

Si la conjoncture mondiale, rappelle le PDG d’Arverne Pierre Brossolet, reste "marquée par l’instabilité", le contexte national et européen lui semble favorable : la dernière programmation pluriannuelle de l’énergie doit ramener les énergies fossiles à 40 % de la consommation nationale d’ici à 2030, "multipliant par cinq la production d’ici à 2035", rappelle-t-il. L’Union Européenne prépare un plan d’action dédié (250 GW de capacité installée en 2040, X6), l’arrêt des importations de gaz russe étant prévu pour 2027.

L’usine de lithium avance

La croissance d’Arverne repose toujours sur deux piliers : la vente de chaleur issue de forages et l’extraction/raffinage de lithium, servant notamment à fabriquer les batteries rechargeables des véhicules électriques, lithium pour lequel il construit une usine pilote en Alsace (un projet à 370 millions d’euros). Il a d’ailleurs réalisé le premier forage test de ce site, à 2 400 mètres de profondeur, en novembre 2025. Les premiers résultats sont jugés "supérieurs aux estimations".

Sa filiale Lithium de France, chargée de porter cette activité, a bouclé l’an dernier une augmentation de capital de 40 millions d’euros et va bénéficier d’un crédit d’impôt "pouvant atteindre 150 millions d’euros". Arverne anticipe une "accélération significative" de l’activité dès cette année, "en signant 400 millions d’euros de contrats de long terme". Le groupe vient d’ailleurs de signer un protocole d’accord de distribution de chaleur avec Primo Énergie France et sa filiale R-CUE, qui veut développer un réseau de commercialisation de chaleur en Alsace.

27 000

La demande mondiale est exponentielle et les gigafactories s’activent (non sans difficultés) pour combler le retard français et européen en la matière. Le projet Lithium de France ambitionne, sur la période 2031-2033, d’atteindre "450 millions d’euros de revenus moyens annuels sur 30 ans". Il doit produire, à même échéance, 2,2 TWh de chaleur et 27 000 tonnes de carbonate de lithium par an, avec une marge Ebitda de 75 %. Le tout avec la promesse affichée de réduire de "70 % les émissions de CO2 par rapport au lithium du marché", aujourd’hui majoritairement raffiné en Chine.

Les contrats de production d’énergie se multiplient

Côté chaleur, il annonce un portefeuille de "près de 100 projets en France" (soit un potentiel de 5 TWh), un volume "en expansion permanente". Arverne exploite déjà, via sa filiale Arverne Drilling Services, trois rigs (machines de forage) pour la géothermie profonde et devrait en acquérir deux de plus à horizon 2031 en investissant 50 millions d’euros. Le groupe espère déployer, toujours entre 2031 et 2033, une trentaine de projets de production d’énergie (chaleur et froid) "pour un revenu unitaire d’environ 140 millions d’euros sur des contrats de 30 ans" et une commercialisation annuelle de 2 TWh, chaque projet nécessitant environ 25 millions d’euros d’investissement initial.

L’usine Safran de Villaroche veut s’équiper d’un réseau de chaleur alimenté par la géothermie d’Arverne pour réduire de 75 % des émissions de carbone liées au chauffage du site de 5 000 salariés — Photo : Eric Drouin/Safran

Un financement en pleine structuration

Pour atteindre tous ces objectifs, Arverne a dévoilé aux investisseurs un projet d’emprunt obligataire d’au moins 33 millions d’euros, qui devrait impliquer majoritairement Bpifrance mais aussi les actionnaires historiques Eiffel Essentiel, Ademe Investissement et Crédit Mutuel Equity. L’opération reste soumise à approbation d’une assemblée générale prévue le 17 juin 2026. "Arverne étudie des opérations de financement complémentaires, dont la réalisation d’une augmentation de capital".

En attendant ces nouvelles entrées financières, le groupe a bouclé son exercice 2025 avec un chiffre d’affaires de 17,9 millions d’euros (+ 27 %), essentiellement fourni par son activité de forage profond (16,9 M€, + 21,3 %), notamment la future centrale construite pour Safran à Villaroche (Seine-et-Marne), dont les travaux se poursuivent jusqu’au second trimestre 2026. Si son résultat net total (-23,5 M€ contre -11,1 M€ en 2024) se creuse, il dispose toujours d’une structure financière jugée solide (158,8 M€ de capitaux propres) et a ralenti ses investissements (38,6 M€). L'an dernier déjà, Arverne espèrait atteindre 900 millions à un milliard d’euros de chiffre d’affaires d’ici à 2031.

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