« Pour beaucoup de grands groupes, la start-up symbolise un idéal d'entreprise révélateur de leurs propres lacunes. Après s'être focalisées pendant des années sur l'optimisation des processus et la baisse des coûts pour relever les défis de la globalisation, les grandes entreprises manquent d'armes pour affronter ceux de la transformation digitale. Agilité, rapidité, innovation sont autant de vertus propres aux start-up, recherchées par les grandes structures. Aussi elles multiplient toutes sortes d'initiatives pour se rapprocher de start-up espérant ainsi combler leurs failles. Au-delà des collaborations ponctuelles dans le cadre d'un projet ou d'une démarche d'open innovation, on distingue quatre grandes formes de rapprochement correspondant à des stades de développement différents : acquisition, incubation, intrapreneuriat et essaimage. Dans tous les cas, la start-up bénéficie des locaux, des ressources et de l'expertise de son chaperon. En échange, l'entreprise espère capter la vitalité et la créativité qui lui manquent. Pourtant, aucun de ces modèles ne semble s'imposer comme le prouve la rareté d'études concluantes sur le sujet ou de succes stories. L'écueil principal de ces rapprochements réside dans la perte de la spécificité de la start-up (passion, risque, indépendance...) causée par un environnement inadapté. L'association devient finalement perdant-perdant... Le modèle idéal de patronage consiste à trouver la bonne distance d'interaction et à amortir le choc des cultures : conserver l'influence mutuelle tout en évitant que la start-up ne dépérisse sous les contraintes (lourds process des grandes entreprises) ou ne s'assoupisse dans un cocon confortable. Il faut parvenir à se nourrir des caractéristiques des start-up quitte à mettre deux équipes en concurrence sur un même sujet. Du côté du grand groupe, il est primordial d'observer, de changer la mentalité et de trouver les mécanismes internes qui engendreront passion et compétitivité. Enfin, anticiper l'atterrissage, en cas de succès comme d'échec est indispensable. Laissés dans le doute, ces points peuvent s'avérer démobilisateurs, voire anxiogènes. L'entreprise doit se souvenir que les qualités qu'elle recherche dans une start-up ne sont pas inhérentes à son statut, mais aux talents qui la composent et à la niaque de ses fondateurs. Les étouffer ou les brider dans une étreinte trop contraignante, entraine inexorablement l'agonie de la start-up. La start-up est avant toute chose une aventure humaine, véritable pivot de la relation.»
Annie Combelles (Inspearit) : « Quand les grands groupes étouffent les start-up »
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Annie Combelles, présidente fondatrice de Inspearit
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