Ankama : Le studio roubaisien fait son cinéma
# Investissement

Ankama : Le studio roubaisien fait son cinéma

À Roubaix, le studio d'animation Ankama lance début février son premier film dans les salles de cinéma : Dofus. L'investissement, estimé à 8 millions d'euros, nécessitera cinq ans de travail.

« L'ADN d'Ankama est transmédia », lance Anthony Roux, un des co-fondateurs du studio de création roubaisien et son actuel président. Le ton est donné. Du haut de ses 40 millions d'euros de chiffre d'affaires et de ses 400 salariés (dont 350 en CDI), Ankama veut conserver l'esprit créatif qui l'anime depuis sa création, en 2001. « À l'époque, on était quatre ou cinq personnes dans un garage, avec 6.000 euros en poche, et nous avons fait un jeu communautaire qui a cartonné ». Il s'agit de Dofus, à partir duquel le studio lance aujourd'hui son premier film, sorti le 3 février dans les salles de cinéma. Un premier long-métrage que le président d'Ankama a lui-même co-écrit et co-réalisé.

Un film à 8 millions d'euros
Intitulé, " Dofus, Livre I : Julith ", ce film d'animation dure 1h50. Il a nécessité cinq ans de travail et un investissement de 8,3 millions d'euros. Une somme qui a été financée à près de 50 % par Ankama et pour le reste par plusieurs partenaires, dont France Télévisions ou Pictanovo. « Cela aurait coûté deux fois moins cher si ce long-métrage n'avait pas été entièrement réalisé à Roubaix, sauf pour les parties mixage, étalonnage et enregistrement des voix, qui ont été faites à Paris », indique Anthony Roux, marquant ainsi son attachement à ses racines nordistes. Pour aller voir ce premier long-métrage d'Ankama, nul besoin d'être un adepte du jeu vidéo dont il tire son origine. Il a été pensé pour un large public : « Nous avons voulu faire un " Seigneur des anneaux " pour les enfants. Notre objectif était de créer les montagnes russes de l'émotion, en passant souvent du rire aux larmes », décrit le dirigeant.

Une stratégie transmédia
Avec ce premier long-métrage, l'objectif d'Ankama est moins de générer de l'argent que de la visibilité. « Ça ne me va pas de dépenser un à deux millions d'euros par an dans de la publicité », indique Anthony Roux. À ses débuts, Ankama n'avait pas les moyens de le faire et aujourd'hui, le studio n'en a pas l'envie. « Quand nous avons commencé à travailler sur le jeu vidéo Dofus, nous n'avions pas l'argent pour mener des actions de communication comme les autres studios », souligne Anthony Roux. Voyant que le jeu prenait, le studio roubaisien a à l'époque pris le parti de créer une BD, en format manga, tirée du jeu. La stratégie transmédia d'Ankama était née. « Nous avons fait beaucoup de salons pour nous faire connaître et cela a bien marché », commente Anthony Roux. En 2006, les éditions Ankama ont ainsi vu le jour et « font aujourd'hui partie des dix premières maisons d'édition françaises », affirme le dirigeant. Dès 2007, le virage transmédia s'amplifie avec la création d'une série animée à partir d'un autre jeu vidéo d'Ankama, intitulé Wakfu. Une série qui a d'ailleurs tapé dans l'oeil de Netflix, qui en a acquis les droits en 2014. Aujourd'hui, ce premier long-métrage vient encore renforcer ce positionnement transmédia. D'ailleurs les 8 millions d'euros nécessaires à sa réalisation représentent le même budget que celui des 52 épisodes, de 26 minutes chacun, de la série Wakfu. Et pas question pour Anthony d'en attendre un retour financier : « Nous perdons de l'argent sur l'animation mais cela a créé un bouche-à-oreille que nous n'aurions jamais eu sans cette activité ».


Un 2e film en 2017 pour 4 millions d'euros
C'est donc plutôt en nombre d'entrées qu'Ankama compte mesurer le succès de ce premier long-métrage. Un succès dont dépendra la réalisation des prochains. « Si ça ne marche pas, cela nous fera réfléchir sur l'avenir de l'animation pour Ankama », indique le dirigeant. Il ajoute aussitôt : « Si nous faisons de 500.000 à un million d'entrées, nous serons contents ». En attendant le verdict pour le film Dofus, un autre projet est déjà en cours et devrait sortir sur grand écran en 2017. Inspiré de l'univers de Mutafukaz, une collection de romans rendant hommage à la science-fiction des années 50, celui-ci a nécessité un investissement de près de 4 millions d'euros. Il a été réalisé en partenariat avec le studio 4ºc, un studio japonais d'animation.


Le jeu vidéo comme moteur
Côté croissance, le fer de lance d'Ankama reste le jeu vidéo, une activité qui représente encore 70 % de son chiffre d'affaires. Traduit en neuf langues, le jeu Dofus compte aujourd'hui 1,5 million de joueurs actifs par mois, dont 70 à 80 % de francophones et 60 millions de comptes créés, venant de plus de 150 pays différents. Et si 2016 est l'année du long-métrage pour Ankama, le jeu vidéo n'est pas en reste, avec cinq lancements programmés, notamment sur mobile. Difficile pour autant d'obtenir un prévisionnel de croissance de la part du dirigeant. « Depuis quatre à cinq ans, notre chiffre d'affaires est stable, ainsi que notre rentabilité. Ankama est dans une phase de structuration et de consolidation. Nous sommes en train de construire la vision de ce que nous voulons devenir », conclut Anthony Roux.

Ankama
(Roubaix) Président : Anthony Roux CA : 40 millions d'euros 400 salariés www.ankama.com

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