Alsace : Rencontre avec l'essayiste et conseiller en stratégie Edouard Tétreau
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Alsace : Rencontre avec l'essayiste et conseiller en stratégie Edouard Tétreau

Trois questions à Edouard Tétreau, conseiller en stratégie invité par le Medef Alsace et la CCI de Colmar à développer le propos de son dernier ouvrage, « Au-delà du mur de l’argent ».

A l’occasion de la sortie de son livre, « Au-delà du mur de l’argent », Edouard Tétreau était présent mardi soir au CREF de Colmar, pour une conférence-débat sur la thématique «Les entrepreneurs, le Bien Commun et la prochaine crise financière». Une manifestation co-organisée par la CCI de Colmar et le Medef Alsace. Nous avons pu poser quelques questions à ce conseiller en stratégie de 45 ans, enseignant à HEC, éditorialiste et essayiste.

Dans votre ouvrage, vous annoncez la possibilité d’une nouvelle crise financière mondiale, pouvez-vous développer votre analyse ?
« J’ai grandi avec l’idée que l’économie était une science humaine. Aujourd’hui, on se demande si elle est encore une science, et bien plus si elle a encore quelque chose d’humain. En 20 ans de vie professionnelle dans le secteur de la finance, j’ai fait le constat de l’hyper-financiarisation et de la digitalisation progressive de notre économie et de notre société. A l’instar d’entreprises telles que Uber, le numérique a fait émerger une économie de partage, plus de fluidité. Des dispositifs durables, compétitifs, générant beaucoup d’emplois. Sauf que le revers de la médaille, c’est que les grands employeurs du numérique ont paradoxalement bien moins besoin d’être humains que les entreprises classiques.
Après la crise américaine des subprimes, on a voulu guérir le mal par le mal par un surcroit d’endettement. Entre 2007 et aujourd’hui, selon une étude du McKinsey Global Institute (MGI) la dette mondiale a augmenté de 57.000 milliards de dollars. Ces rustines créent les conditions d’une prochaine crise. Elle est inévitable mais pourrait nous inciter à se donner enfin des normes, des critères d’investissement, d’allocation du capital pour replacer l’humain au centre.

Dans votre réflexion pour identifier des alternatives crédibles à la déshumanisation de nos économies, vous incluez notamment la religion. Economie et religion font donc bon ménage ?
En France, on se montre sourcilleux dès que l’on parle de spiritualité et de religion. J’ai découvert en écrivant ce livre que si les différentes religions ont chacune leurs préceptes concernant la manière de vivre, elles convergent sur le rôle de l’argent dans la société. « Ne vous laissez pas dévorer par le veau d’or ! ». Elles prônent le don, la philanthropie, le partage... Le pape François, bien décidé à se mêler des affaires du monde, a par exemple exhorté à sauver les « exclus » de l’économie. Je fais partie du think tank américain C.E.D. (Committee for Economic Development, Washington DC), dont les travaux furent à l’origine du Plan Marshall. Pour le prochain Bretton Woods (accords économiques qui ont dessiné les grandes lignes du système financier international en 1944 , NDLR), je pense qu’il serait bien de réunir autour de la table des acteurs absents pour le premier : des entreprises, des associations, mais aussi à mon sens des économistes des différentes religions.

Vous êtes aujourd’hui en Alsace, que vous inspire ce déplacement ?
Je ne connais évidemment pas les enjeux du tissu économique local. J’ai en revanche été biberonné au capitalisme rhénan. Le primat de l’industrie sur la finance, la culture du partenariat, la participation sociale par le biais du système des sociétaires… J’y ai trouvé des clés que l’on a à mon sens trop vite abandonnées et qui mériteraient d’être reconquises.

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