Alliance Agro-Alimentaire : À l'étage supérieur

Alliance Agro-Alimentaire : À l'étage supérieur

Après une passe difficile en 2004, le lait de consommation ne faisant plus recette, le groupe coopératif laitier toulousain 3A a dû revoir sa stratégie. Pour garder le cap, il investit dans la production de fromages et de yaourts, sans négliger ses autres activités. Marie Lepesant

Si Alliance Agro-Alimentaire (3A) est le premier groupe coopératif laitier du Sud-Ouest et le premier groupe agroalimentaire de Midi-Pyrénées, il fait office, au niveau national, de «Petit Poucet» face à des grands groupes comme Lactalis ou Sodiaal. Alors, quand, en 2004, à la féroce concurrence du marché s'ajoute une baisse de la consommation du lait, 3A se retrouve en difficulté. «Nous avons décidé de nous désengager de l'activité lait de consommation, en cédant la majorité de nos parts dans la marque Candia à Sodiaal. Aujourd'hui nous en détenons encore 7%», explique Henri-Jacques Buchet, directeur général de 3A. Les dirigeants décident alors de miser sur les métiers de base du groupe soit la fabrication de fromages et de yaourts.




Attachement au terroir

Issu de l'alliance de plusieurs coopératives laitières installées dans le Sud-Ouest, le groupe coopératif toulousain 3A réunit aujourd'hui près de 2.500 producteurs répartis sur six régions du Grand Sud-Ouest. Pour Henri-Jacques Buchet et Jean-Louis Lousteau, président du groupe et lui-même producteur de lait dans les Pyrénées Atlantique, 3A se différencie de ses concurrents par deux aspects: la coopération et le terroir. «Notre but est de valoriser le lait des producteurs. Les résultats du groupe étant ensuite réinjectés dans l'outil de production», précise Jean-Louis Lousteau. «Notre niveau d'exigence est équivalent à celui des entreprises cotées. Mais pour nous, ce sont les hommes et le terroir qui comptent. Je ne vais pas aller fabriquer du cantal en Tchéquie», poursuit Henri-Jacques Buchet. Le groupe coopératif via sa filiale Les Fromageries Occitanes (LFO) est aujourd'hui leader sur le marché des fromages d'Auvergne en AOC, de la Tomme noire des Pyrénées en IGP. Après plusieurs années de discussion, Sicolait, coopérative d'Auvergne (500 producteurs), a décidé d'adhérer au groupe coopératif 3A. «Grâce à cette stratégie d'alliance, nous consolidons notre position de leader sur les AOC d'Auvergne, en détenant 50% de parts de marché. Pour devenir un pôle fromager important, il reste encore d'autres coopératives à rallier à notre groupe», explique Henri-Jacques Buchet.




Diversification réussie

Avec plus de 50 ans d'existence, Maison Boncolac est la filiale produits surgelés du groupe (glaces et sorbets, pâtisserie et produits traiteur). «Quand Nestlé avec sa marque La Laitière ou Unilever avec Miko dépensent l'équivalent de notre chiffre d'affaires en publicité, nous avons choisi d'adopter une stratégie de licence», raconte Henri-Jacques Buchet. Ainsi la filiale a décroché les licences Montblanc, Oasis Sorbet et Disney. Elle mise également sur l'innovation produit. Outre des tartes bios surgelées, elle a lancé la première «glace équitable» en partenariat avec la société gersoise Ethiquable et développé pour Oasis et Disney des glaces en gourde. Devant le succès de cette activité, le groupe a consenti fin 2008 un investissement de 7M€ pour l'usine de tartes surgelées de Bonloc (64), pour augmenter sa production. Enfin, le groupe possède une filiale à part: Bonilait Protéines. Son activité consiste à valoriser le lactosérum, plus connu sous le nom de «petit lait», issu des unités fromagères du groupe. Transformé en poudre de lait, le lactosérum est utilisé par l'industrie pharmaceutique ou encore par les fabricants de boissons lactées, de biscuits, de crèmes glacées et de plats cuisinés et aussi pour l'alimentation animale. Vendant ses produits dans 50 pays du monde, Bonilait Protéines réalise 65% de son chiffre d'affaires à l'export. Fort de son rayonnement à l'étranger, le groupe a réalisé en 2008 sa première opération de croissance externe depuis cinq ans. Il a acheté une tour de séchage à une coopérative située en Vendée, non loin d'un de ses sites de production. Ainsi la filiale a pu augmenter de 25% sa fabrication de poudre à base de sérum.