L'équipementier télécoms mondial Alcatel-Lucent a annoncé en octobre la suppression de 10.000 postes dans le monde pour 2015, dont 900 en France. Dans l'Hexagone, cela se traduit par la fermeture programmée de deux sites sur treize implantations : Rennes (105 salariés) et Toulouse (100 salariés). L'essentiel des postes supprimés concerne des fonctions support, administratives et commerciales, présents sur chaque site. Certains sites seraient, eux, cédés, comme le site normand de Eu, avec entrée au capital de nouveaux investisseurs, ou reconvertis (comme Orvault, qui pourrait devenir un campus digital afin de pérenniser l'emploi des 500 salariés).
Un milliard d'euros d'économies !
« Nous devons faire un milliard d'euros d'économies et cela passe notamment par un volet social, avec 900 suppressions de postes en France et 900 transferts de postes en mobilité interne ou en reconversion, précise Soizick Lamandé d'Aloia, directrice de la communication d'Alcatel-Lucent en France. Nous allons aussi reconvertir certains sites, pour lesquels nous recherchons des partenaires ». Des mesures envisagées dans le cadre du plan « Shift », annoncé en juin dernier par Michel Combes, le directeur général d'Alcatel-Lucent (siège social à Paris, côté sur les marchés Euronext et NYSE). Le groupe, concepteur de produits innovants dans les domaines de l'IP, du cloud et de l'accès fixe et mobile très haut débit, a réalisé 14,4 Md? de chiffre d'affaires en 2012. Mais il est depuis plusieurs années dans une situation financière difficile. « Il y a urgence, indique Soizick Lamandé d'Aloia. Ces six dernières années, nous avons perdu 700 à 800 millions d'euros de cash par an, et avons essuyé 1,4 Md? de perte nette en 2012. Malgré 2 Mds? empruntés, nous avons toujours une dette de 5,7Md? ». Si l'annonce du plan « Shift » en juin a un peu fait remonter l'action du groupe, et permis la signature de quelques bons contrats, « cela ne change pas la situation financière, et il faut mettre en place rapidement ce plan. C'est un travail de rationalisation vital pour l'avenir, un travail de fond, comme l'ont déjà effectué beaucoup de nos concurrents ». L'objectif est donc de retrouver une rentabilité. Pour cela, l'industriel prévoit de se recentrer davantage sur la R & D, notamment en ce qui concerne les technologies d'avenir comme l'IP et le fixe et mobile très haut débit, qui devraient passer de 65 à 90 % de l'activité d'Alcatel-Lucent en France. 200 ingénieurs et techniciens devraient donc être recrutés. Conséquence : le site de Lannion, notamment, sera préservé et centré uniquement sur la R & D. « L'expertise des salariés rennais, qui font des solutions de vidéo multimédia, demeure, elle pourra être déplacée vers Lannion, un très gros site de R & D en développement », tempère la directrice de la communication. Pour les salariés concernés par le PSE, « nous essaierons de trouver des solutions ».
« Eu n'a pas la taille critique »
Du côté de la Normandie, le site de Eu et ses 295 employés sont directement concernés par le plan de restructuration du groupe. Une usine pour laquelle Alcatel-Lucent recherche « un partenaire industriel pour filialiser l'activité » d'un site qui doit devenir à terme « autonome ». « L'objectif reste de pérenniser les emplois », explique la directrice de la communication. « Eu n'a pas aujourd'hui la taille critique, d'où l'intérêt d'ouvrir le site à d'autres partenaires industriels ». Des discussions sont en cours, confirme le groupe, qui souhaite aboutir avant la fin de l'année 2015. Pour faciliter la transition, Alcatel s'engagerait dans un premier temps à maintenir une charge minimum sur le site que le groupe estime ne plus avoir les moyens de maintenir seul à flot.
Virginie Monvoisinet Guillaume Ducable
télécoms. Le groupe franco-américain a détaillé en octobre un plan de réorganisation qui se traduit par 15.000 suppression de postes dans le monde. Le site normand de Eu doit être cédé avant la fin de l'année 2015.