Une nouvelle équipe vient de s'installer à la tête des CCI de Bretagne. Une page se tourne après six années marquées par la mise en place d’une réforme compliquée et marquée par votre démission. Quel regard regard portez-vous sur ce qui s’est passé ?
« Depuis ma démission de la présidence de la CCI de région fin 2015, je me suis astreint à un devoir de réserve. J’ai pris du recul en me consacrant à nouveau complètement à mon entreprise. Je porte aujourd’hui un regard complètement apaisé sur ces événements passés. Après 20 années d’implication forte dans le réseau, et malgré tout ce qui a pu se passer, je confirme que les CCI sont utiles aux entreprises et au développement territorial. Je regrette seulement que cette conviction n’ait pas réussi à guider les débats qui ont déchiré le réseau depuis 2010. »
Comment expliquez-vous qu'aucun consensus n'ait été trouvé sur des sujets aussi importants ?
« Les personnes ne sont pas en cause. Je comprends parfaitement qu’un président de CCI territoriale se batte pour défendre les intérêts de son territoire. C’est exactement ce que j’ai fait pendant plus de 10 ans, dans les Côtes-d’Armor, avec des résultats que je revendique totalement. Je pense au renouveau du port du Légué mais également à la modernisation des criées, au réseautage des entreprises, etc. Le problème c’est qu’il s’agissait de mettre en place un niveau régional qui, selon la loi de 2010, devait être une véritable tête de réseau, employeur de tout le personnel sous statut, et distributeur de la ressource fiscale. Or le niveau régional était tout le contraire. C’était une sorte de GIE financé par les CCIT qui agissaient en toute indépendance, plutôt bien d’ailleurs, mais avec des pratiques hétérogènes, voire inverses. Je reste persuadé que tous les élus sont sincèrement soucieux d’être utiles aux entreprises mais quand ils sont à la tête d’une CCI en particulier, il leur devient très difficile de mesurer l’intérêt régional. »
Pourtant la mandature avait bien commencé ?
« Plutôt bien mais une contrainte insurmontable est intervenue en cours de mandat. Le gouvernement, en l’espace d’un été, a décidé de ponctionner un demi-milliard d’euros au réseau des CCI et de diminuer leurs ressources fiscales de fonctionnement de 20 %. Au début de la mandature, la CCIR a joué un rôle d’arbitre, notamment entre l’est et l’ouest de la Bretagne. Toutefois quand la baisse du financement a pris des proportions insupportables, les CCIT se sont retournées vers l’échelon régional en poussant à fond la logique territoriale en demandant à la CCIR de s’effacer purement et simplement. »
C’est à ce moment que vous avez décidé de démissionner ?
« Je n’ai jamais décidé de démissionner de mon propre chef. J’y ai été contraint. Ce n’est pas du tout la même chose. Si je ne l’avais pas fait, j’aurais dû appliquer une politique contraire à mes engagements et à mes convictions. Je défendais l’ambition régionale prévue par la loi mais, aux yeux de tous mes collègues présidents territoriaux, les contraintes financières ne permettaient plus de poursuivre cette mise en place. Malgré des situations parfois extrêmement difficiles à assumer, je n’ai jamais démissionné de mes engagements personnels ou professionnels. Si je n’y avais pas été contraint, j’aurais assumé mon mandat jusqu’au bout. »
Que répondez-vous à ceux qui pointent du doigt votre intransigeance et votre manque de dialogue dans le conflit qui vous a opposé aux sept présidents de CCIT ?
« Rien, car ce serait alimenter une polémique inutile et stérile, qui ne grandirait ni les uns, ni les autres. »
Assumez-vous une partie de cet échec collectif ?
« Oui, bien sûr, à partir du moment où je n’ai pas réussi à convaincre mes collègues présidents de CCIT, j’assume, complètement, ma part de responsabilité, mais rien que celle-ci. »
Pourquoi les nouveaux élus réussiraient-ils là où vous avez échoué ?
« Parce que c’est l’intérêt des entreprises, et que cette logique finira par l’emporter. Ce qui vient de se passer n’était qu’un recul pour mieux sauter. Depuis un an ma réflexion n’a fait que se renforcer sur la nécessité d’un vrai niveau régional. Je dirige une entreprise de 1.300 salariés, soit le même nombre de collaborateurs que dans les CCI de Bretagne. Je sais parfaitement ce que le mot mutualisation veut dire parce que je le pratique. Je mesure les économies réalisables pour libérer des énergies. Mais pour les chefs de plus petites entreprises qui n’en ont pas la pratique, ces notions n’ont pas la force de l’évidence. »
Croyez-vous toujours au bien-fondé de cette réforme ?
« Plus que jamais ! D’abord pour des raisons d’économie. Ensuite parce que les deux niveaux ne sont pas contradictoires mais convergents. Il faut un niveau territorial fort, ce sont les CCIT, mais il faut également un niveau régional cohérent pour représenter les entreprises d’une seule voix auprès de tous les interlocuteurs régionaux. Si les missions de toutes les instances sont bien réparties, tout le monde sera gagnant. Quel chef d’entreprise serait-allé, par exemple, contre une organisation régionale à l’international ? BCI répond parfaitement à cet enjeu et s’articule avec le niveau territorial pour le contact avec les entreprises. Il en va de même pour l’innovation, la formation, l’apprentissage, etc. Je suis convaincu que les CCI en viendront à une organisation conforme aux objectifs de la loi. Mieux vaudrait ne pas trop tarder. »
Comment voyez-vous le démarrage de cette nouvelle mandature ?
« Je suis confiant car je connais les hommes et les femmes qui sont aux commandes ; tant au niveau des collaborateurs, dont la compétence et l’engagement sont remarquables et mal reconnus, qu’au niveau des chefs d’entreprise élus aux manettes du réseau consulaire. Pour ma part, passez-moi l’expression, « j’ai déjà donné ». Je reste un chef d’entreprise engagé plus que jamais convaincu de l’utilité des CCI. Je souhaite, très sincèrement, bonne chance à mes successeurs. »