Changement de cap radical pour les agriculteurs bretons. Et si la France n'importait plus de soja pour sa production d'aliments de bétail? L'idée est déjà lancée. Valorex, entreprise installée à Combourtillé, spécialisée dans la thermo-extrusion des graines (les transformer pour qu'elles soient consommées par les animaux), espère faire changer les mentalités et la production. Un vaste programme qui vise «à cinq ou dix ans, la totale suppression de l'importation du soja pour la fabrication des aliments pour bétail», affirme-t-on chez Valorex.
Retour à une culture bretonne
Il faut dire qu'aujourd'hui, 99% du soja nécessaire à l'élevage en France est importé (soit 4,7millions de tonnes par an). Il est essentiellement cultivé au Brésil et apparaît comme néfaste pour l'écosystème (épandages toxiques de pesticides, engrais chimiques, déforestation pour permettre la culture sur de grandes zones...). Sans compter le coût du transport jusqu'en Europe et la pollution qui en résulte...
Pour Valorex, l'industrie agroalimentaire ne serait pas obligée de faire avec le soja. Pour nourrir le bétail, il suffit de le remplacer par des protéines oléo-protéagineuses. L'alternative c'est donc le lin, mais aussi la féverole, le tournesol, le colza, la luzerne, le lupin ou encore le pois, des plantes qui poussent très bien dans nos contrées, contrairement au soja. Un changement qui n'aurait pas de conséquence en terme de coût pour l'éleveur de bovins, porcs ou volailles, selon, Valorex... «La Bretagne, historiquement, est une région de production de lin, explique Stéphane Deleau, directeur général de Valorex. Les toiles de lin pour les bateaux ont fait la fortune de Saint-Malo». «Il pleut au printemps et ce sont des cultures de printemps», renchérit Philippe Chuberre, producteur à Saint-Grégoire.
Produire trois fois plus de lin
Pour s'autosuffire, la France doit produire à peine trois fois plus de protéines issues de ces graines; puisqu'elle en produit actuellement déjà 1,3 Mt. Valorex, qui produit 80% des graines oléagineuses et protéagineuses thermo-extrudées en France, encourage leur production. Pour multiplier les surfaces de ces cultures en France, l'entreprise signe avec des agriculteurs des contrats à prix garantis. «Nous calquons le prix du lin pour deux ans sur trois critères: les résultats que l'on peut faire avec le blé, avec le colza, et selon le cours du lin au niveau mondial, explique Philippe Chuberre. Cela garantit une fourchette de prix avant même de semer». La démarche est donc intéressante pour l'agriculteur, qui s'est lancé dans le lin en 2000 sur ses 3,5ha de champs. «C'est d'autant plus intéressant qu'on peut suivre la filière du début à la fin de la chaîne, puisque l'on rachète du lin pour nourrir nos animaux! Résultat, cela enrichit le lait des vaches». Mais surtout, le principal avantage du lin, est «qu'il a une croissance rapide et s'intercale bien entre les autres récoltes». Pour augmenter la marge brute à l'hectare, l'idée est aussi de valoriser davantage la paille dans des matériaux composites.
Bétail L'alimentation animale en France est aujourd'hui fortement basée sur le soja, importé à 99%. Une solution pour réduire notre dépendance : produire du lin, ici.