"Je suis surpris par l’ampleur du sujet et des discriminations liées à l’obésité". Dirigeant fondateur du cabinet de conseil parisien Asterès, l’économiste Nicolas Bouzou vient de remettre au groupe pharmaceutique danois Novo Nordisk (77 000 salariés), connu pour ses traitements contre le diabète et l’obésité, une étude sur les conséquences socio-économiques de l’obésité en France.
Un coût de 9 milliards d’euros en 2024
Reconnue maladie chronique par l’OMS depuis 1997, l'obésité touche en France entre 7 et 10 millions de personnes, selon les études. Entre 15 et 18 % de la population est donc concernée.
L’étude d’Asterès révèle que l’obésité coûte, sur l’année 2024, 9 milliards d’euros d’un point de vue socio-économique. Ce chiffre inclut les coûts liés à l’absentéisme, aux discriminations à l’embauche et en matière de rémunération. Il ne prend pas en compte en revanche les conséquences médicales de l’obésité, évaluées, en 2023 par Asterès, à 10,6 milliards d’euros par an.
Les coûts pour les entreprises et la collectivité
Sur le plan socio-économique, le coût de 9 milliards est supporté par plusieurs acteurs. Pour les employeurs, les pertes se montent à un milliard d’euros par an. Elles sont générées à 60 % par des arrêts de travail et à 40 % par les pertes de production induites par les décès.
L’obésité influe aussi sur les dépenses publiques, la collectivité devant s’acquitter annuellement de 3,8 milliards d’euros. Cette somme comprend les indemnités journalières ou encore les pensions d’invalidité.
Les femmes obèses les plus touchées
Mais ceux qui y perdent le plus, ce sont les personnes obèses. La maladie leur génère une perte de revenus estimée à 4,1 milliards d’euros par an. Les personnes obèses sont en effet davantage éloignées de l’emploi.
La problématique est très genrée : "L’obésité pèse exclusivement sur la carrière des femmes. On ne voit pas d’effet significatif sur les hommes", analyse Nicolas Bouzou. Entre sexisme, grossophobie et attentes sociales plus fortes à l’égard de l’apparence féminine, les femmes en surpoids cumulent les fardeaux.
"Un point d’IMC correspond à une baisse de revenu de 0,3 %"
Cela a des répercussions en matière de recrutement : le taux d’emploi des femmes obèses est de 7 points inférieur à la moyenne – 273 000 d’entre elles étant sans emplois en France. Cela a aussi des conséquences en matière de rémunération. "Un point d’IMC correspond à une baisse de revenu de 0,3 %", constate Asterès. À la clé, un écart de salaire de 396 euros nets par an et par personne.
La facture de l’obésité va encore grimper
Sédentarité croissante, mauvaises habitudes alimentaires… : l’obésité gagne du terrain dans le monde et en France. Ce qui va évidemment faire exploser son coût, aussi bien sur le plan médical que socio-économique. Il devrait passer de 20 milliards d’euros en 2024 à 23 milliards en 2030, selon les projections d’Asterès. "Un montant qui justifie qu’on s’y intéresse", indique Nicolas Bouzou. D’autant plus que derrière les chiffres se cachent des milliers de drames humains. Favorisant l’hypertension, le diabète ou encore les troubles cardio-vasculaires, l’excès de poids génère en France 7,2 millions de cas de pathologies et 68 000 décès par an.