2016, l'année de la rupture
# Conjoncture

2016, l'année de la rupture

L'optimisme qui était de mise depuis 2008 semble s'être effrité. Alors que certains indicateurs passent au vert, les acteurs économiques sont las d'attendre une potentielle reprise économique pour l'année qui suit. Pourtant, l'économie des Hauts-de-France a vu des améliorations indéniables s'opérer courant 2016.

Depuis 2008, finalement, les années se suivent et se ressemblent, du moins sur le plan économique. Une des grandes constantes sur cette période a d'ailleurs été le fait de dresser des prévisions économiques optimistes pour l'année à venir, avant de se réveiller dans un lendemain qui déchante. En début d'année, le directeur régional de la Banque de France, Stéphane Latouche, reconnaissait d'ailleurs ce travers : « Tout le monde pensait que l'année 2015 allait être une bonne année... Si nous restons optimistes pour 2016, il y a toujours un certain nombre d'inconnus ». Si l'on passe maintenant en revue ces dernières années, 2013 aura fait figure de marasme économique avant que la barre ne se redresse légèrement. Mais il faut bien reconnaître que cette ascension est plutôt lente.

Quelques indicateurs sont passés au vert

Résultat des courses : il y a tout de même des raisons de se réjouir en 2016. La croissance française devrait s'établir cette année à 1,3 % du PIB, selon les prévisions établies par l'Insee. C'est moins que les 1,6 % annoncés en fin de premier semestre mais tout de même, cela va mieux. En France, comme dans la région Hauts-de-France, il y a des points d'amélioration indéniables dans l'économie. C'est en tout cas le discours que tenait Frédéric Motte, président du Medef Hauts-de-France, dans notre édition de septembre :

« De nombreux indicateurs prouvent que ça va mieux. Le Medef a sorti une étude à ce sujet et tous quasiment sont au vert, c'est vrai. Le seul indicateur qui contrebalance l'ensemble reste celui du commerce extérieur, toujours au négatif. La croissance du PIB, la hausse de la consommation dans les ménages ainsi que leurs investissements tendent légèrement à remonter ».

De bonnes nouvelles courant 2016 pour la région

Dans les Hauts-de-France, on ne peut d'ailleurs pas nier que l'année 2016 a eu son lot de bonnes nouvelles. Parmi celles-ci, figure notamment l'annonce de l'implantation de la plus grande plate-forme française de logistique d'Amazon, à Boves, près d'Amiens. Une opération qui, couplée à l'extension de la plate-forme actuelle de Lauwin-Planque, doit déboucher sur la création de 750 emplois en CDI ces trois prochaines années. La région aura également vu la création d'un véritable campus roubaisien pour son géant natif OVH : un investissement de 40 millions d'euros, pour accueillir 700 salariés de plus à terme. OVH a également réalisé fin 2016 une levée de fonds de 250 millions d'euros pour accélérer sa croissance en Europe, mais aussi en Asie et aux États-Unis.

Autre réussite d'entreprise : la biotech lilloise Genfit a levé fin 2016 quelque 80 millions d'euros afin de terminer ses tests sur une molécule destinée à traiter une maladie du foie, pour laquelle aucun traitement n'existe encore sur le marché. On peut également se réjouir des 250 millions d'euros investis par un fonds franco-russe dans le groupe nordiste Arc International. Hormis les réussites des entreprises, la région continue de croire en la Troisième Révolution Industrielle, qui doit la conduire à une économie décarbonée à l'horizon 2050. L'économiste Jérémy Rifkin s'est d'ailleurs rendu à Arras, en avril 2016, pour faire un point devant une centaine de chefs d'entreprise. Une révolution industrielle qui suscite l'intérêt à l'international, selon Philippe Vasseur et Xavier Bertrand, auprès de Bratislava, Rotterdam/La Haye et même la Chine. Enfin, il n'est pas impossible d'espérer un nouveau souffle pour la région Hauts-de-France suite au démantèlement de la Jungle de Calais, ni une nouvelle impulsion dans le cadre des élections consulaires et de l'arrivée prochaine de nouvelles infrastructures comme le Canal Seine-Nord Europe.

Un capital confiance entamé

Le frémissement est donc là mais il est encore bien trop léger pour affirmer, comme l'a fait le président François Hollande lors d'une émission télévisée en avril dernier : « Oui, ça va mieux. ». Des propos que nuance Frédéric Motte : « En clair, le malade va mieux mais il est encore en convalescence ». Ainsi, si le chômage reculait de 0,6 % dans les Hauts-de-France en septembre 2016, c'est bien peu dans une région où il atteignait encore 12 % de la population active au 2 e trimestre 2016. La reprise se profile mais la réalité est qu'elle est lente, au point que ses conséquences positives tardent à se faire sentir. Et le constat est sans appel : à force d'y croire, les acteurs économiques n'y croient plus. « Quand les capitaux propres sont épuisés et que les banques ne jouent pas le jeu, comment financer sa croissance ? Les grands groupes ne connaissent pas cette difficulté, d'autant plus que les mesures de l'État vont souvent dans leur sens. Mais les PME et les TPE ? Je croise des patrons qui se paient moins que le salaire de leurs employés », lance Bruno Delcampe, président de SOS Entrepreneurs, en réaction aux propos de François Hollande.

Le capital moral des acteurs économiques semble donc bien entamé. De même que le capital confiance. « Depuis 2009, les entreprises ont connu 110 milliards d'euros d'augmentation de prélèvements. Si on ajoute à cela un coût du travail parmi les plus élevés d'Europe et une fiscalité dont la complexité et l'instabilité juridique ne sont plus à vanter... on en arrive à ne plus savoir sortir de business plan en France », ironise de son côté Sébastien Horemans, à la CGPME Picardie, avant d'ajouter : « Cela crée un climat de peur et d'instabilité parmi les TPE et PME qui, ne se sentant pas suffisamment en confiance, n'investissent pas aisément. ».

Une volonté de rupture

Il semblerait donc que 2016 soit l'année de trop, dans cette sage attente de la reprise. Et cette lassitude a trouvé en 2016 sa traduction dans les urnes. Tandis que les Anglais ont fait en juin dernier le choix, inattendu, du Brexit, les Américains ont de leur côté élu en novembre 2016 Donald Trump nouveau président des États-Unis. Une rupture dont la France pourrait bien être le prochain théâtre, à l'occasion des élections présidentielles de 2017. Il semblerait que le changement, ce soit finalement maintenant... Dans ce contexte incertain, difficile d'ailleurs d'anticiper une reprise plus marquée de la croissance l'année prochaine, car ce type de rendez-vous électoral est généralement l'occasion d'appuyer sur pause, le temps que tout soit réglé, engendrant un certain attentisme économique. Fin 2016, des incertitudes commençaient déjà à être soulevées par les acteurs économiques quant à l'avenir de dispositifs censés prendre fin en 2017, tels que le CICE ou encore le comité de la simplification pour les entreprises.

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