Région Sud

Management

Enquête Quand les entreprises se mettent au sport

Par Hélène Lascols, le 12 décembre 2019

Si les entrepreneurs sont nombreux à faire leurs les valeurs sportives, certains estiment que le sport est aussi un outil de management. Le deuxième forum du sport en entreprise, organisé par la CCI Marseille-Provence, est venu rappeler qu'il était devenu un véritable levier de développement économique, contribuant au bien-être, au mieux-vivre, et améliorant la productivité en entreprise.

Début novembre, 350 collaborateurs de la Caisse d'Épargne Côte d'Azur, réunis en 60 équipes de relais et une dizaine de collaborateurs en individuel ont pris le départ du Marathon Nice-Cannes.
Début novembre, 350 collaborateurs de la Caisse d'Épargne Côte d'Azur, réunis en 60 équipes de relais et une dizaine de collaborateurs en individuel ont pris le départ du Marathon Nice-Cannes. — Photo : Cecaz

Selon une étude du ministère des Sports, du Medef, de l’Union Sport & cycle et du Mouvement olympique, réalisée en 2017, 87 % des dirigeants ont entendu parler des bienfaits du sport en entreprise… Pour autant, seulement 18 % d’entre eux franchissent le pas. Dès 2016, le cabinet Goodwill Management avait d’ailleurs mis en évidence, pour la première fois, de façon concrète, l’impact économique du sport en entreprise : un employé pratiquant une activité augmenterait sa productivité de 6 % à 9 %, soit une amélioration de 4 % à 14 % de sa rentabilité nette.

Dès lors, certains entrepreneurs franchissent le pas, et montrent la voie. La Caisse d’Épargne Côte d’Azur a récemment ouvert deux salles de sport pour ses 1 600 collaborateurs, à Nice et Toulon. L’assureur AGPM dédie 175 m² au bien-être de ses 570 salariés, installés au siège toulonnais. Chez Brousse Vergez, groupe familial de négoce alimentaire, Stephan Brousse et son fils Jérémy ont créé une salle de sport pour la cinquantaine de salariés de l’entreprise, installée dans les quartiers Nord de Marseille.

L’activité sportive comme outil de cohésion

Les initiatives ne manquent pas sur le territoire pour encourager les salariés à faire du sport et toutes les entreprises s’y mettent, grandes ou petites. Accompagnées, pour certaines, par la Fédération du sport en entreprise, qui est là pour aider les employeurs à incorporer le sport dans l’environnement professionnel des salariés. D’autres sont aussi encouragées par les pionnières, puisque 100 % des dirigeants qui proposent des activités physiques et sportives à leurs salariés recommandent à d’autres entreprises la démarche, pour améliorer le bien-être des salariés (89 %), faciliter l’intégration et l’esprit d’équipe (87 %), pour améliorer la communication interne et externe (baromètre Vitalité, sport et entreprise, juillet 2018, Opinion Way et Generali).

« Il ne faut surtout pas penser que la pratique du sport en entreprise serait réservée aux grandes sociétés du CAC 40. De nombreuses solutions existent pour tous les profils d’entreprise », souligne Thierry Zarka, président de l’UPE Étang de Berre. Il suffit d’un peu de volonté et d’imagination. Il faut aussi que « le patron s’implique et soit le sponsor de cette nouvelle dimension », ajoute l’entrepreneur…

« Une vraie cohésion d’équipe s’est créée et avoir sa patronne à côté de soi, qui sue comme tout le monde, ça fait plaisir ! »

À l’image de la dirigeante Pamela Hassler Magotte, qui s’est lancée dans l’aventure du e-commerce en 2015, en créant le site Les Jouets Français, en même temps qu’elle a rechaussé ses baskets : « Depuis que j’ai découvert les bienfaits de la pratique sportive, animée par une coach, j’ai choisi de partager et imposer une pratique régulière à mes salariés, convaincue qu’une bonne santé et le dépassement de soi sont très importants. » Deux fois par semaine, les sept salariés de l’entreprise, installée à Saint-Mitre-les-Remparts, près de Martigues, poussent donc les meubles pour pratiquer ensemble une heure de sport. « Une vraie cohésion d’équipe s’est créée et avoir sa patronne à côté de soi, qui sue comme tout le monde, ça fait plaisir », ajoute la dirigeante. Quant à l’investissement financier, il est, selon elle, « bien peu de choses ».

Chez le logisticien Hopps Group, à Aix-en-Provence, le dirigeant Frédéric Pons dresse le même constat : la pratique du padel (sport de raquette qui se joue à 4) a favorisé une grande mixité et cette cohésion d’équipe si recherchée dans le monde du travail. François Codet, président de la Caisse d’Epargne Côte d’Azur (Cecaz), convaincu que short et t-shirt abolissent les barrières, espère « qu’au-delà de la santé, nos deux salles de sport seront des lieux où les différentes unités et services pourront se croiser. C’est important en termes de lien social. »

Et « c’est pour cette recherche de cohésion qu’il est important que cette pratique se fasse dans l’entreprise, et non pas dans une salle de sport, auprès de laquelle nous aurions négocié des tarifs », confie Alexandra Gomez, responsable RH au sein de l’entreprise salonnaise Biotech Dental, qui emploie 200 personnes et propose des cours hebdomadaires de Pilates, stretching et méditation.

Des défis sportifs pour souder les salariés

Cette cohésion est transcendée lorsque les salariés relèvent des challenges ensemble, à l’image des collaborateurs de Bouygues Bâtiment Sud-est : ils participent à la No Finish Line de Nice, une course caritative en relais 24h/24 durant cinq jours. « Les équipes se montent, s’échauffent ensemble, elles parlent, d’autres relations entre collègues se créent… Ce n’est pas la panacée, ça ne règle pas tous les problèmes, mais c’est clairement un élément de cohésion », explique Philippe Auroy, directeur régional de l’entreprise de construction et président de la ligue Paca de la Fédération du sport d’entreprise, dont la mission est de faire du sport en entreprise un style de vie et un modèle. « Le sport crée les conditions idéales d’une meilleure cohésion, il permet de briser la glace, de relever des challenges en équipe », renchérit la coach Anne-Gaëlle Devos, qui intervient auprès des 160 salariés de l’entreprise sophipolitaine Kinaxia.

Dans l’entreprise d’Olivier Remini, triathlète amateur et dirigeant de Fortil (plus de 1 000 salariés), une société de conseil en ingénierie basée à La Seyne-sur-Mer, qu’il a fondée il y a 10 ans, le sport se vit au quotidien dans la salle créée en 2014… Mais ce sont bien les Olympiades qui constituent le point d’orgue de cette pratique, comme vecteur de lien social : « Plusieurs équipes de collaborateurs s’affrontent toute une journée à travers différentes épreuves. » Partenaires de courses pédestres – le Marathon de Salon pour Biotech Dental ou le Marathon Nice-Cannes pour la Cecaz, les entreprises emmènent aussi leurs salariés sur des événements sportifs ouverts à tous. 350 collaborateurs de la Cecaz (60 équipes et une dizaine en individuel), président compris, ont ainsi couru, début novembre, les 42,195 km du marathon Nice-Cannes.

Le sport, un argument RH pour attirer les talents

Le sport est aussi un outil de différenciation et de fidélisation. D’ailleurs les entreprises qui s’engagent sur cette voie ne recherchent pas forcément la performance, difficile à mesurer, mais davantage un retour d’image et une ambiance au travail. Ainsi, pour Philippe Auroy, « le bien-être au travail est capital si l’on veut garder les meilleurs. C’est bien d’offrir un plus, et ce plus ne peut pas être juste un baby-foot à côté de la machine à café. »

Sur des secteurs en tension, le sport apporte une vraie différenciation et est utilisé comme tel, notamment chez Digdash, à Aix-en-Provence, une entreprise qui développe des solutions logicielles de tableaux de bord. Ici, aucune salle de sport n’a été aménagée, mais les équipes (30 salariés) bénéficient d’un environnement favorable et chaussent chaque année leurs baskets pour monter au sommet de la Sainte-Victoire ou de la Sainte-Baume.

Alexandra Gomez, de Biotech Dental confirme : « Le sport est un réel atout lors des recrutements. » À condition toutefois d’y apporter une touche de variété, conseille la responsable RH : « Le sport est devenu un outil de management, mais il faut sans cesse se renouveler, sinon les salariés se lassent et finissent par déserter la salle de sport de l’entreprise. »

Début novembre, 350 collaborateurs de la Caisse d'Épargne Côte d'Azur, réunis en 60 équipes de relais et une dizaine de collaborateurs en individuel ont pris le départ du Marathon Nice-Cannes.
Début novembre, 350 collaborateurs de la Caisse d'Épargne Côte d'Azur, réunis en 60 équipes de relais et une dizaine de collaborateurs en individuel ont pris le départ du Marathon Nice-Cannes. — Photo : Cecaz

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