Var

Énergie

Les acteurs du département prennent position sur la filière hydrogène

Par Hélène Lascols, le 13 avril 2017

La CCI du Var et ses partenaires réunis dans le consortium Hynovar ont donné le coup d'envoi d'un vaste positionnement stratégique sur la filière hydrogène. Les premières réalisations concrètes pourraient voir le jour dès 2018 dans le département.

Le Journal des Entreprises
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Le Var serait-il devenu le terrain de jeu des entreprises qui ont fait le pari de l'hydrogène ? C'est en tous les cas le message qu'ont voulu faire passer la CCI du Var et ses partenaires en organisant le premier colloque dédié à la filière hydrogène, affichant à cette occasion leurs ambitions.

Une position leader

Réunis dans un consortium baptisé Hynovar, des entreprises, des associations, des grands groupes et la CCI veulent positionner le Var comme leader sur cette filière d'avenir. « Je veux que le Var prenne une place de leader méritée. Je veux que notre CCI soit locomotive régionale sur cette filière », a souligné Jacques Bianchi, président de la Chambre de commerce varoise. D'autant que pour bon nombre d'intervenants, les enjeux sont importants, comme en témoigne notamment l'intérêt de grands groupes. Il en est ainsi du groupe Michelin, qui par la voix de Yann de Parscau, a communiqué sa conviction selon laquelle « l'hydrogène va accélérer le développement des véhicules électriques et des énergies renouvelables en France ». Ce même Michelin est d'ailleurs partenaire de la Green GT H2, premier prototype de compétition électrique à l'hydrogène, développé en Suisse et dans le Var. Il est aussi entré au capital de la société Symbio FCell, spécialiste français des systèmes de piles à hydrogène pour la mobilité durable, dont le directeur général adjoint Bertrand Joubert a rappelé que son entreprise a déjà mis 150 voitures à hydrogène sur les routes, avant d'ajouter que, pour lui, « l'hydrogène, c'est maintenant ». Bref, les acteurs du colloque ont partagé leurs espérances : l'hydrogène est tout autant vecteur de croissance, d'emploi, de compétitivité et d'attractivité. Il est un carburant propre avec zéro émission de CO2, il est un véritable accélérateur de la transition énergétique. Il est aussi au coeur du projet Hynovar, porté par la CCI du Var et ses partenaires, un projet labellisé par les deux pôles de compétitivité : Capenergies et le Pôle Mer Méditerranée.

Un territoire propice

L'hydrogène est ainsi la pièce maîtresse de plusieurs projets d'investissements locaux, dévoilés à l'occasion de ce colloque. Ils prennent racine sur le Circuit du Castellet et son environnement immédiat : le Parc d'activités du Plateau de Signes et ses entreprises, la présence de plusieurs centrales photovoltaïques totalisant une puissance de 20 mégawatts, soit la consommation électrique de 20 à 25 000 habitants. Il y a d'abord le projet H2Flex. Labellisé FlexGrid (Programme régional d'industrialisation des réseaux électriques intelligents), il capitalise directement sur les énergies renouvelables. Il veut en effet faire appel à la solution hydrogène pour stocker l'électricité et ainsi assurer un meilleur équilibre entre la production d'énergies renouvelables et la consommation des entreprises du Plateau de Signes. Puis dès 2018, les premières réalisations concrètes devraient être sorties de terre.

Une première station de recharge hydrogène

« Bientôt, grâce à un partenariat avec Engie, le Paul Ricard sera le premier Circuit à être équipé d'une station de recharge hydrogène et à favoriser ainsi le développement de véhicules d'un nouveau type », se félicite Stéphane Clair, directeur général du Circuit. Mais avant qu'elle ne voie le jour, « nous devons prouver qu'une station à hydrogène peut être rentable et viable. Nous devons aussi convaincre davantage de partenaires », souligne Stéphane Arnoux, responsable grands comptes industrie, chez Engie Cofely. L'investissement se chiffre entre 1,5 et 2 millions d'euros. Pour faire vivre cette future station, le Circuit constitue déjà un bon vecteur de communication et le bassin d'entreprises à proximité immédiate est propice au développement d'une flotte captive. Puis, une autre application pourrait elle aussi offrir un débouché à cette station : elle vise la création d'une offre d'auto partage touristique voulue par les acteurs locaux.

Une première mondiale

« Il s'agirait d'une première mondiale », confie Cyril Dufau-Sansot, président de l'entreprise Areva H2Gen, fabricant français d'électrolyseurs et fournisseur de solutions hydrogènes clés en main. L'idée est de déployer un service d'auto partage touristique, qui verrait d'abord le jour autour de la première station à hydrogène du Castellet avant de gagner l'ensemble du Var et la Côte d'Azur. « Nous voulons proposer une nouvelle expérience, à savoir conduire la voiture de demain à un prix abordable puisque nous ne facturerons que l'usage du véhicule, disponible à la demande. Ainsi, une telle offre se substitue à la location classique et aux taxis et peut représenter une économie globale de 15 % », détaille Cyril Dufau-Sansot. À ce jour, les pré-études de faisabilité ont été financées par Areva H2Gen et une étude de marché est en cours de réalisation pour définir la cible et la flotte à déployer. Mais, comme tout nouveau service, dont l'investissement global se situe entre 5 et 10 millions d'euros selon le dimensionnement, qui sera choisi à l'issue de l'étude de marché, le consortium doit maintenant convaincre des investisseurs et décrocher des aides. Des contacts sont déjà en cours avec de nombreux acteurs du tourisme, « certains ont déjà signé des lettres d'accord », confie Cyril Dufau-Sansot. D'ici à la fin du mois d'avril, un dossier sera aussi présenté à un appel à projets européen. Les acteurs du projet espèrent une mise en route mi 2018.

Le projet en mer d'une PME

Le dernier projet lié à l'hydrogène, on le doit à une PME 100 % varoise, la compagnie maritime les Bateliers de la Côte d'Azur (9 personnes, 25 en saison, CA : 1,5 million d'euros). Le binôme fraternel de dirigeants a aujourd'hui un projet très avancé et a attaqué les études de faisabilité : « En tant que chef d'entreprise dans le transport, il nous fallait développer une solution alternative aux énergies fossiles, pour des raisons écologiques, pour faire face aux réglementations de plus en plus dures sur les émissions de gaz à effet de serre, pour ne plus être dépendant des fluctuations du prix des carburants », détaille Yves Arnal. Moyennant un investissement de 4 à 5 millions d'euros, ils veulent construire une navette maritime à l'hydrogène qui soit « économiquement viable » et avec laquelle ils travailleront dans la Rade de Toulon. Pour eux, le projet Hynovar a tout son sens et peut les « aider à concrétiser leur projet en facilitant notamment l'installation future de stations d'avitaillement indispensables ».

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