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Interview Bernard Lemaître (Rugby Club Toulonnais) : "Je veux pérenniser le RCT parmi les meilleurs clubs européens"

Entretien avec Bernard Lemaître, président du Rugby Club Toulonnais

Propos recueillis par Propos recueillis par Hélène Lascols - 12 avril 2021

Président et propriétaire du Rugby Club Toulonnais par le biais de sa holding Financière de la Seigneurie, Bernard Lemaître, entrepreneur aubagnais âgé de 81 ans, préside aux destinées du club varois depuis début 2020. Il revient sur cette nouvelle aventure, la livraison du RCT Center et l’impact de la crise du Covid.

Bernard Lemaître, président du Rugby Club Toulonnais
Bernard Lemaître, président du Rugby Club Toulonnais — Photo : Cyclope Photos pour RCT

Pour quelles raisons êtes-vous entré au capital du Rugby Club Toulonnais en 2018 et comment êtes-vous finalement devenu patron du club en 2020 ?

Bernard Lemaître : En 1978, j’ai créé une entreprise de biotechnologie, Stedim pour fabriquer des poches plastiques pour le domaine bio pharmaceutique. En 2007, Stedim a fusionné avec le groupe allemand Sartorius pour donner naissance à un leader mondial, Sartorius Stedim Biotech. À l’issue de ce rapprochement, j’ai créé la SAS Financière de la Seigneurie, une société de placement à but patrimonial, avec un associé. Nous avons réalisé différents placements à capital garanti, mais cela manquait de "pep", tant dans ma vie personnelle que professionnelle. C’est à ce moment-là, en 2018, que j’ai proposé au Rugby Club Toulonnais de les aider à investir dans les infrastructures dont le club manquait. La Financière de la Seigneurie a alors pris une participation à hauteur de 25 % du capital du club pour le doter des moyens et d’une expertise nécessaires à sa stratégie de développement.

Par injections successives de capital, je suis devenu majoritaire, puis propriétaire du club dont je détiens aujourd’hui 99 % des parts, et j’en suis devenu le président en février 2020.

J’ai toujours été passionné de rugby, comme joueur dans les années soixante, comme président de club (Mérignac, NDLR) de 1970 à 1977. Investir dans la formidable histoire du RCT et renforcer ses moyens sont au cœur de ma démarche. Je vis désormais une excitation permanente, dans les succès comme dans les échecs.

Quel est votre projet pour le RCT ?

Bernard Lemaître : Mon projet, qui est aussi celui de toute une équipe (120 salariés avec les joueurs, NDLR) est de pérenniser le statut du RCT parmi les meilleurs clubs français et européens, de maintenir sa compétitivité face à une concurrence disposant de ressources accrues. Pour donner corps à ce projet, il faut réunir plusieurs conditions.

Il faut d’abord des moyens financiers parce que le sport professionnel gagne peu, voire pas d’argent. Aujourd’hui, alors que la crise sanitaire et ses restrictions sévissent depuis plus d’un an, je mène une opération de survie au RCT, les recettes ayant été divisées par deux. Il faut chaque mois faire le complément pour maintenir le club hors de l’eau, mais ce n’est pas une surprise, je savais où je mettais les pieds.

Il faut ensuite un plan de formation inscrit sur le long terme, pour former les jeunes joueurs qui seront les vedettes de demain. C’est une donnée indispensable pour pérenniser l’esprit du club toulonnais, un club doté d’une identité méditerranéenne et d’une forte combativité.

12 millions d’euros ont été investis dans le RCT Center, livré à l’automne 2020.
12 millions d’euros ont été investis dans le RCT Center, livré à l’automne 2020. - Photo : RCT

Enfin, il fallait des infrastructures. J’ai investi 12 millions d’euros (soutenu à hauteur d’1,5 million par la Région Sud et de 500 000 euros par le Département du Var) dans le RCT Center, livré à l’automne 2020. Il se compose de deux terrains, d’infrastructures de haut niveau pour l’entraînement des joueurs et du centre de formation, qui accueille 25 jeunes actuellement. Ces installations, orientées vers la recherche de performance, sont uniques dans le monde du rugby, de par leur ampleur et leur qualité. D’autres travaux seront réalisés : la rénovation de l’ancien siège du club et la création d’un lieu de vie qui réunira une boutique, un bar, une salle de séminaire (en plus des 5 salles déjà existantes). En définitive un lieu où les partenaires, supporters et joueurs pourront se retrouver. Le club doit plus que jamais être ouvert sur la ville et les personnes qui le font vivre.

Comment vivez-vous la crise sanitaire et économique ?

Bernard Lemaître : Les joueurs du RCT disputent leurs matchs à huis clos depuis l’automne. Seuls quelques matchs ont eu droit à une jauge partielle, de 4 000 à 5 000 spectateurs, alors que le Stade Mayol peut en accueillir 18 000. Le manque à gagner est énorme. Quand on ajoute à cela les difficultés économiques de la région et du pays, il est difficile de conserver ses partenaires et abonnés. Sur un budget de 26 millions d’euros, nous réaliserons 13 millions d’euros de recettes (droits télévisuels, subventions) sur la saison.

La plupart des partenaires sont restés fidèles au club et ont renouvelé leur engagement en début de saison. Ils sont aujourd’hui 400 et apportent une contribution allant de 1 500 euros à 400 000 ou 500 000 euros pour les plus importants. Nous ne pouvons plus leur proposer de places au stade, ni en loges, mais nous avons meublé les tribunes vides avec de grands panneaux publicitaires. Nous n’avons pas de problème financier, c’est une chance ! Puis, les joueurs ont apporté leur soutien en proposant, de leur propre initiative, de baisser leurs salaires de 10 % sur six mois, puis un an.

Néanmoins, cette crise et les restrictions sanitaires qui en découlent posent un problème éthique. Jusqu’où, jusqu’à quand tenir ? Dans une entreprise en difficulté, pour tenir le cap, il faut de la visibilité, or nous en manquons cruellement. Toute l’économie du sport professionnel est pénalisée par une gestion à la semaine de la crise sanitaire.

De plus, même lorsque la vie reprendra dans les stades, il nous faudra réhabituer les gens à venir et nous ne pouvons pas savoir comment réagira le public. C’est la grande inconnue concernant les éléments de marché.

Bernard Lemaître, président du Rugby Club Toulonnais
Bernard Lemaître, président du Rugby Club Toulonnais — Photo : Cyclope Photos pour RCT

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