Pour la troisième fois en vingt ans, la Faïencerie de Varages, située dans le Haut Var depuis 1695, a échappé à la liquidation judiciaire, il y a un peu moins d’un an. Reprise par un trio d’entrepreneurs – cinq au départ, mais deux se sont révélés défaillants – la faïencerie est aujourd’hui pilotée par les frères Benoît et Vincent Adet, sixième génération à la tête de la Maison Jonquier, Christian Meli, dirigeant d’Eco 3, et Michaël Bruel, dirigeant d’un bureau d’études. Soucieux de lui offrir un modèle économique viable, ils ont entamé sa transformation. L’une des premières étapes de cette renaissance est sur le point de se concrétiser avec la création d’une boutique en ligne et d’un service logistique associé.
La diversification des marchés
"Nous avons investi dans une matelasseuse qui va broyer les importantes quantités de carton dont nous avons hérité, pour caler les produits et ainsi les expédier sans risque de casse", explique Michaël Bruel, président de la Faïencerie de Varages. Dès la première année, il espère réaliser 60 000 euros de vente sur Internet. Deux autres chantiers doivent aboutir avant l’été 2026 : la mise aux normes de l’accueil des salariés et la réfection complète de la boutique pour environ 260 000 euros, dont une partie est absorbée par la Communauté de communes, via un allègement de loyer. Outre la boutique en ligne et un magasin flambant neuf, la distribution sera aussi complétée par un réseau de revendeurs, triés sur le volet avec l’objectif d’en compter une vingtaine, installés de Montpellier à Nice.
La diversification étant l’un des axes forts du projet, un Fab Lab sera équipé pour proposer une offre de personnalisation et ainsi ouvrir la faïencerie à un nouveau marché, celui de la restauration. "Ce FabLab est l’un des éléments clés du modèle économique et nous avons déjà des précommandes de restaurateurs, qui souhaitent avoir une vaisselle à leurs couleurs", souligne le dirigeant.
Enfin, pour créer du flux, "une galerie des échoppes" verra le jour : des conteneurs maritimes seront installés pour rénover une partie des 2 900 m² d'ateliers et permettront d’accueillir des artisans, sélectionnés via un appel à manifestation d’intérêt lancé avec l’aide de la Chambre de métiers et de l’artisanat. "Nous allons louer des échoppes d’environ 15 m² à des artisans en lien avec notre activité, avec l’idée de créer une émulation positive et de partager aussi certains outils, comme les fours ou des moules, comme ceux que nous avons récupérés et qui proviennent de la collection du céramiste Lallier à Moustiers-Sainte-Marie."
Une première enveloppe de 550 000 euros
Apporter un coup de jeune à la faïencerie, c’est aussi explorer des idées insolites. À l’image de la future "fracasserie", où des groupes pourront venir casser de la vaisselle ébréchée ou abîmée et ainsi réduire en miettes un déchet, qui sera revendu pour faire des allées ou des jardinières. Michaël Bruel l’assure : "Nous avons déjà une première commande pour du team building et cette activité va nous permettre de toucher un public plus jeune."
Au total, la première phase d’investissement s’élève à 550 000 euros. "Depuis la relance de l’activité, nous avons aussi organisé deux événements, appelés à s’inscrire dans la durée, une fête de la céramique en août, une soirée de gala en décembre. Nous avons aussi travaillé la communication, rappelé notre histoire qui remonte à 330 ans et surtout notre existence", détaille l’entrepreneur.
Le retour de la croissance
Et les résultats sont là : en six mois, la faïencerie a réalisé 240 000 euros de chiffre d’affaires, "un résultat encourageant", selon les mots du dirigeant, qui situe le point d’équilibre autour des 600 000 à 650 000 euros. "Nous avons aussi créé huit emplois et un début de fonds de roulement pour nous réapprovisionner, pour écrire les premières pages d’un avenir solide et faire en sorte que la faïencerie puisse assumer demain ses propres errements."
L’intégralité de la production relancée
Prochaine étape, le plus gros morceau de l’aventure : détenir à terme l’intégralité du process de fabrication à travers la renaissance d’une unité de fabrication dédiée au biscuit, la faïence cuite sans émaillage, aujourd’hui importée. Une entreprise d’insertion a été créée, Les Lauriers, et pourrait prendre place, à terme, dans les 4 200 m² de friche industrielle, qui abritaient déjà cette production et employait encore 80 personnes en 2005 avant sa fermeture. Une troisième structure, Le Pavillon, sera dédiée à l’émaillage. "D’ici la fin d’année, nous devrions compter une douzaine d’emplois, une trentaine à horizon 5 ans", confie le dirigeant. En faisant revivre cette production, qui n’existe presque plus en France, "nous voulons demain maîtriser la forme de nos produits de A à Z, retrouver notre indépendance complète".