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Interview MedinCell : "L’actionnariat salarié caractérise l’entreprise du XXIe siècle"

Entretien avec Christophe Douat, président du directoire de MedinCell

Propos recueillis par Anthony Rey - 29 mars 2023

Au sein de MedinCell, plus de 90 % des 150 salariés sont actionnaires. La biotech montpelliéraine, spécialiste des médicaments injectables à action prolongée, pousse très loin sa démarche de partage de la valeur, au nom d’un humanisme revendiqué.

Christophe Douat milite pour l’actionnariat salarié, au service d’une entreprise plus humaniste.
Christophe Douat milite pour l’actionnariat salarié, au service d’une entreprise plus humaniste. — Photo : Victor BELLOT

Pourquoi MedinCell (chiffre d'affaires non communiqué, 150 salariés) a-t-il instauré l’attribution d’actions gratuites à tous les salariés ?

MedinCell est une société fondée sur une double vision, à la fois pharmaceutique et humaniste. Nous croyons fermement à la nécessité de développer un environnement où les collaborateurs sont plus des partenaires que des salariés. Le rôle de chacun dans la chaîne est important. C’est la vision d’une entreprise du XXIe siècle, qui évolue dans un système capitaliste tout en étant empreinte d’humanité. Nous avons déployé un plan d’actions gratuites pour tous, et instauré le partage de la valeur : un an après son arrivée, tout salarié peut participer aux assemblées générales, prendre part aux votes et ainsi challenger, s’il le souhaite, notre stratégie. Au total, 30 % du capital de MedinCell appartiennent aux employés et ex-employés.

Comment le partage d'actions se traduit-il dans le patrimoine des salariés ?

En 2022, nous avons mis en place un "package" (plan d’attribution d’actions, NDLR) de 2 000 actions pour chaque bénéficiaire, soit 20 000 euros au prix actuel de l’action, et ce pour la seule année 2022. Pour de nombreux collaborateurs, cela constitue l’essentiel de leur patrimoine. De même, lors de notre introduction en Bourse en 2018, 30 personnes au sein de l’entreprise sont devenues demi-millionnaires. Pour 2023, nous mettons en place un plan d’actions sur trois ans, où le premier tiers sera acquis au bout de la première année, le deuxième au bout de la deuxième année, etc. Le seul risque est lié au prix de l’action, que l’on ne contrôle pas. En 2022, le secteur des biotechs a encaissé une chute de 45 % de son activité. Cela s’est traduit par une perte de 30 % de notre valeur. Il faut, dans de tels cas, faire beaucoup de communication pour expliquer la situation.

Comment procédez-vous pour communiquer ?

En France, les collaborateurs sont souvent peu habitués à la culture de l’actionnariat et ont du mal à percevoir la valeur des actions. Nous avons donc instauré des sessions de formation, assurées par des banquiers ou des consultants extérieurs. Ils les aident à comprendre le rôle d’un actionnaire, à apprendre quels sont ses droits et ses obligations, à gérer un portefeuille d’actions et à mieux distinguer le futur de l’entreprise.

Qui vous inspire dans votre démarche ?

Je crois en des modèles comme celui d’Essilor, issue de la fusion de deux entreprises dont une coopérative : ce type de société a mis en place une politique d’actionnariat très poussé, et cela induit un changement des comportements. Cela démultiplie l’énergie de chacun. Ce sont pour moi les entreprises les plus performantes. Nous le ressentons au sein de MedinCell. Les collaborateurs qui nous rejoignent perçoivent nos valeurs que sont la participation, la transparence et la flexibilité. L’effet est positif sur la rétention de nos talents. Avec 6 % de départs, l’attrition au sein de MedinCell est faible, ce qui est important dans le contexte post-Covid, caractérisé par un marché de l’emploi sous tension.

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