Toulouse

Électronique

Actia, plein gaz dans les transports électriques

Par Paul Falzon, le 24 février 2020

Historiquement positionnée sur l’électronique véhicule et les systèmes embarqués, l’ETI toulousaine Actia développe son offre sur l’électronique de puissance, pour tirer profit des nouvelles formes de mobilités urbaines. Une évolution qui implique un effort majeur en recherche et développement.

Fabriqué à Colomiers, le tableau de bord Podium 2 est l'un des plus gros succès d'Actia sur son marché traditionnel d'instrumentation et de conception des systèmes électroniques pour véhicules professionnels.
Fabriqué à Colomiers, le tableau de bord Podium 2 est l'un des plus gros succès d'Actia sur son marché traditionnel d'instrumentation et de conception des systèmes électroniques pour véhicules professionnels. Le groupe veut désormais renforcer son offre sur la traction électrique des bus. — Photo : Actia Group

Référence mondiale de la gestion électronique des véhicules et des systèmes embarqués, Actia devient un acteur majeur de l’électronique de puissance. L’entreprise toulousaine (3 900 salariés, chiffre d’affaires 2019 : 520 M€) a initié une mue qui doit lui permettre de surmonter les crises du marché du véhicule léger pour tirer profit des nouvelles mobilités urbaines. L’enjeu, résume le président du directoire Jean-Louis Pech, est de se positionner pour « accompagner l’électrification du monde ».

Jean-Louis Pech, président du directoire d'Actia
Jean-Louis Pech, président du directoire d'Actia - Photo : Actia

« Vu d’Europe, on oublie souvent que la Chine produit déjà 100 000 bus électriques par an, poursuit le dirigeant. Dans de nombreux pays, la pression sur la qualité de l’air est telle que des plans importants sont engagés pour électrifier les réseaux de transport urbain, par exemple en Inde. » Actia a fait ses armes sur le véhicule électrique dès la fin des années 90 en équipant la voiture Kangoo électrique de Renault. Une décennie plus tard, l’entreprise passe un cap en contribuant à la BlueCar de Bolloré, popularisée par le service Autolib à Paris. Si le marché des véhicules électriques pour particuliers n’a pas connu le boom espéré, Actia a forgé son expertise sur l’électronique de puissance et la gestion d’énergie. L’offre sur la traction électrique inclut aujourd’hui différentes puissances en fonction des usages, du 70 kW pour les véhicules de livraison du dernier kilomètre conçu avec le groupe Gruau, à un système 140 kW-180 kW pour les bus ou les camions de marchandises.

Sortie de la sous-traitance automobile

Pour le président du directoire Jean-Louis Pech, le positionnement sur l’électronique de puissance est un levier du « déplacement du centre de gravité de la société vers de nouveaux métiers », afin de compenser la baisse d’activités historiques comme la sous-traitance automobile. « Le marché du véhicule léger connaît des mutations profondes : le niveau d’équipements dans les pays industrialisés est très fort, avec un taux d’utilisation très faible et des changements d’usage dans les jeunes générations moins intéressées par la propriété », pointe le dirigeant. À ce constat s’ajoute l’évolution du paysage concurrentiel des équipementiers, avec l’arrivée ces trois dernières années de géants du monde de l’électronique grand public comme Samsung ou LG. Actia ne compte aujourd’hui plus qu’un marché majeur de fourniture sur le véhicule particulier, amené à s’éteindre l’an prochain.

Mené entre 2017 et 2020, le plan d'investissement d'Actia a notamment permis l'injection de 11 millions d'euros dans son usine de Colomiers (31) pour la création d'une nouvelle ligne de production de grande série.
Mené entre 2017 et 2020, le plan d'investissement d'Actia a notamment permis l'injection de 11 millions d'euros dans son usine de Colomiers (31) pour la création d'une nouvelle ligne de production de grande série. - Photo : Actia

Au sein de sa branche Automotive (85 % du chiffre d’affaires), le groupe reste porté par son activité de conception et réalisation de systèmes électroniques multiplexés, c’est-à-dire qui connectent l’ensemble des organes électriques et électroniques du véhicule. Il est aussi une référence dans les boîtiers télématiques, qui transmettent les données de conduite et la localisation en temps réel, et dans l’instrumentation des postes de conduite des véhicules professionnels. Actia est aussi un acteur majeur dans le diagnostic constructeur (40 usines automobiles équipées dans le monde) ou l’aftermarket (24 % de croissance en 2019) qui regroupe les offres auprès des garagistes, des gestionnaires de flotte et des centres de contrôle technique. Sur ce dernier segment, un investissement de huit millions d’euros a été réalisé en 2019 dans une nouvelle usine de 9 300 m2 à Chartres, l’un des derniers chantiers majeurs d'un plan d’investissements d'une soixantaine de millions d'euros initié en 2017.

Boom de l’offre télécoms

Fin 2019, ces activités Automotive affichaient une progression de 16 %, uniquement par croissance organique : un rythme de croissance soutenu que la direction d’Actia pense maintenir. « Avec le développement de l’électronique dans les véhicules et des transports propres, nous adressons des besoins structurellement en croissance, se félicite Jean-Louis Pech. C’est vrai aussi de nos offres sur les satellites, les transports ferroviaires et le pilotage des réseaux d’énergie, nos principales diversifications ces dernières années. » Ces trois segments sont intégrés dans la branche Télécommunications du groupe (15 % du chiffre d’affaires) qui affiche une croissance de plus de 40 % sur 18 mois.

À l’origine de ce boom, il y a le contrat signé fin 2018 avec l’Egypte pour la fourniture de stations satellites et de produits au sol pour les transmissions. Un savoir-faire développé par Actia via ses contrats militaires avec l’armée française, en association avec Thalès. Le groupe entend aussi profiter de la vague du new space, cette approche privilégiant l’envoi dans l’espace de constellations de microsatellites, moins coûteux et plus rapides à construire, et cible notamment les États-Unis et le Moyen-Orient. Sur la gestion des réseaux d’énergie, les perspectives se situent en Afrique. « La fourniture électrique s’y fera sans doute avec des capacités plus petites que dans les pays développés, pas forcément interconnectées, avec un pilotage en local », résume Jean-Louis Pech.

Data : des modèles en construction

Les développements sur le ferroviaire concernent, eux, la conception de systèmes embarqués pour les trains, métros et tramways. Objectif : répondre aux différents besoins des exploitants (information des voyageurs, vidéosurveillance, transmission bord-sol) et améliorer la durée de vie des équipements. L’extension de l’usine 4.0 de Colomiers a permis de renforcer cette offre qui se nourrit en partie des systèmes développés pour l’Automotive.

Les synergies entre transports routier et ferroviaire ne s’arrêtent pas là. Président du cluster Automotech, qui fédère les acteurs de l’industrie automobile en Occitanie, Jean-Louis Pech œuvre d’ailleurs au rapprochement avec d’autres clusters régionaux, dont Mipirail sur le ferroviaire, sur la thématique des transports intelligents, l’un de ses fers de lance. Le développement des transports connectés offre aussi à Actia un nouveau pan d’activité, encore embryonnaire : la gestion des données. « La remontée de data en temps réel ouvre la porte à de nouveaux usages comme la maintenance prédictive ou l’écoconduite, reconnaît Jean-Louis Pech. Nous sommes encore en phase de définition des modèles économiques, mais il y a un intérêt pour Actia à se positionner à des applications demandées par le marché. »

15 % du chiffre d’affaires en R & D

Les programmes sur la data et l’intelligence artificielle s’inscrivent dans un effort plus large de R & D qu’Actia maintient, selon les exercices, entre 12 et 15 % de son chiffre d’affaires. « Un effort exceptionnel pour une ETI », qui se porte d’abord sur l’électronique de puissance embarquée (onduleurs, systèmes de pilotage), et de plus en plus sur la batterie pour les bus, trams et trains. Rien qu’à Toulouse, l’équipe de R & D comprend près de 400 personnes. « En tant qu’entreprise familiale, nous nous devons d’investir en permanence pour moderniser notre offre et notre outil, et ne pas se laisser décrocher par la concurrence internationale », souligne Jean-Louis Pech. Si Actia maintient encore un tiers de ses 3 900 salariés en France, le chiffre d’affaires est déjà réalisé aux trois quarts à l’étranger : une diversification qui contribue à maintenir la compétitivité globale du groupe, indique sa direction.

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