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Interview Jestocke : "A chaque développement de notre activité, on nous réclame un diplôme"

Entretien avec Laure Courty, présidente et fondatrice de Jestocke.com et Waresito

Propos recueillis par Caroline Ansart - 16 novembre 2023

Depuis Bègles, dans l’agglomération bordelaise, Laure Courty dirige Jestocke.com et Waresito, des solutions de garde-meubles entre particuliers et entre entreprises. Une partie de l’activité, qui bouscule la réglementation, reste soumise à la validation d’une expérimentation encore en cours et nécessite à sa fondatrice de multiplier les diplômes.

Laure Courty déplore le temps et les ressources nécessaires pour franchir les barrières administratives.
Laure Courty déplore le temps et les ressources nécessaires pour franchir les barrières administratives. — Photo : Jestocke

Il y a 10 ans, créer Jestocke, une solution de garde-meubles entre particuliers en France et en Belgique, n’a pas été de tout repos, notamment pour vous qui venez d’un monde bien différent, celui de l’édition…

Monter une marketplace incluant un service assurantiel impose d’être inscrit à l’Orias (l’organisme de registre des intermédiaires en assurance, NDLR) ; or, le registre requiert un diplôme pour prouver sa capacité professionnelle, comme un master en économie. Mais j’ai fait des lettres ! Cela m’a pris des heures, des week-ends avec l’Inseec pour obtenir une validation des acquis de l’expérience. Ce qui me désole plus que tout, c’est de savoir que pour entreprendre, un jeune qui n’a pas fait les bonnes études ne pourra pas aller aussi vite qu’un diplômé d’école de commerce. Moi, j’étais éditrice en géopolitique…

En 2021, vous avez créé Waresito, qui mutualise les entrepôts sous-exploités des entreprises de logistique. Était-ce plus simple ?

Pour Waresito, idem : nous pouvons faire de la logistique mais le transport nécessite d’être commissionnaire de transport routier. Depuis le début, à chaque développement de notre activité on nous réclame un diplôme. Ça a été un gros sujet et une importante source de stress. Si nous ne nous y soumettons pas, nous ne sommes pas dans les clous. J’ai embauché un commissionnaire de transport et mon directeur commercial suit la formation. Mais je sais que pour sécuriser l’entreprise il faudrait que je sois moi-même titulaire. Cela prend au moins 150 heures, comment vais-je trouver le temps ? Nous sommes concentrés sur nos chiffres. Waresito est une start-up et n’est pas encore rentable, même si nous espérons qu’elle le soit l’an prochain. Nous comptons déjà 1 500 entrepôts et surtout plus de 200 clients dont Leroy Merlin, Vinci Construction, Truffaut…

Jestocke a par ailleurs dû intégrer le dispositif France Expérimentation, qu’est-ce que cela implique ?

Comme bon nombre d’entreprises innovantes, nous sommes confrontés, sur un axe de développement de la société, à une réglementation qui n’est plus adaptée. En l’occurrence, un texte de 1986 stipule qu’un garage dans un immeuble d’habitation est exclusivement réservé à du stationnement. Nul ne devrait y entreposer ne serait-ce que ses propres cartons pour une question de risque incendie. Personne ne le sait, personne ne le respecte. La réglementation ne tient pas non plus compte des nouveaux véhicules, des recharges électriques etc., mais c’est encore elle qui fait foi. Nous avons donc intégré le dispositif France Expérimentation en 2018 qui permet d’être chapeauté par un ou plusieurs ministères pendant trois ans, à l’issue desquels l’activité se poursuit ou non. L’expérimentation a été renouvelée encore trois ans. Donc concrètement, nous continuons à expérimenter un changement d’usage d’une partie des stationnements vacants sur le parc des bailleurs sociaux sans texte définitif. Cela prend du temps et mobilise des ressources importantes, difficilement compatibles avec nos capacités (les deux structures emploient environ 50 salariés, NDLR).

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