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Aéronautique

Interview Philippe Eudeline : « Dans l'aéronautique, les entreprises n’arrivent plus à recruter »

Entretien avec Philippe Eudeline, président de Normandie AeroEspace

Propos recueillis par Sébastien Colle - 19 avril 2019

Si les PME normandes de l'aéronautique et du spatial éprouvent des difficultés à embaucher, c'est qu'elles ne se mettent pas suffisamment en avant. Explications de Philippe Eudeline, président de la filière Normandie AeroEspace, qui regroupe 150 membres.

« 43 entreprises normandes seront présentes sur notre stand au salon du Bourget cette année », se félicite Philippe Eudeline, président de la filière Normandie AeroEspace.
Les entreprises normandes de l'aéronautique et du spatial cherchent à recruter 1 300 nouveaux salariés cette année, indique Philippe Eudeline, président de Normandie AeroEspace. — Photo : S.C

Le Journal des Entreprises : Beaucoup d'entreprises de l'aéronautique et du spatial éprouvent des difficultés de recrutement. Qu'est-ce qui pêche ? 

Philippe Eudeline : La principale difficulté que nous rencontrons concerne le recrutement, alors même que nous avons des besoins importants. Nous avons estimé à 1 300 le nombre de postes à pourvoir en 2019, un chiffre équivalent à celui de 2018. Mais les entreprises n’arrivent pas à recruter. C’est pourquoi nous avons lancé une étude pour connaître les raisons de ces difficultés, et la première cause est interne.

Les entreprises ne consacrent pas assez de temps à cette phase de recrutement. Elles ne sont pas visibles, souvent leurs sites web ne sont plus au goût du jour, elles n’ont souvent pas de showroom pour pouvoir montrer leurs savoir-faire. Plus généralement, les entreprises ne se mettent pas suffisamment en avant pour pouvoir intéresser les candidats. Les entreprises n'ont pas encore compris qu'il faut être aussi attractif lors d’un recrutement que face à un client. L’enjeu est donc d’arriver à valoriser l’image de nos membres, de travailler à mutualiser les directions des ressources humaines et d’utiliser efficacement les réseaux sociaux.

Au-delà de l’image des entreprises, comment donner envie aux jeunes d’aller vers vos métiers ?

P. E. : Il faut travailler avec l’Éducation nationale pour nous faire connaître, aller vers les jeunes. C’est pourquoi nous ouvrons nos portes lors de la semaine de l’industrie, par exemple. Notre participation au salon du Bourget, avec un stand dédié aux 43 entreprises normandes qui seront présentes cette année, va également nous donner l’opportunité d’accueillir un millier de jeunes pour leur faire découvrir nos univers. L’Armada à Rouen, en juin prochain, sera aussi l’occasion d’être visible et de montrer concrètement nos métiers. L’objectif est également de resserrer nos liens avec les lycées et collèges, en allant à la rencontre des élèves. Et pour plus d’efficacité, nous venons de recruter une chargée de mission emploi-formation.

« Les entreprises n'ont pas encore compris qu'il faut être aussi attractif lors d’un recrutement que face à un client. »

La compétition internationale est l’un des grands enjeux de votre filière. Comment aider les PME à tirer leur épingle du jeu ?

P. E. : Oui, c’est à l’international que se trouve le business. Notre objectif est de faire monter tous nos membres à l’export. Nous avons mis en place l’International readiness indicator, un indicateur de maturité, qui permet de proposer un plan d’action spécifique à chaque entreprise, en fonction de son niveau de préparation pour affronter l’export (l’indicateur contient 5 niveaux, NDLR).

Aujourd’hui, 40 % de nos entreprises travaillent à l’export. Notre ambition est d’en avoir 100 % d’ici 2028, délai raisonnable pour passer les étapes. Car l’important avec l’export, c’est surtout de ne pas foncer tête baissée, mais d’être bien préparé.

Cette année, le point d’orgue de notre stratégie internationale sera le salon du Bourget, au mois de juin, avec le stand de 700 m² dédié à nos 43 entreprises présentes, et pour lesquelles nous organisons des rendez-vous BtoB et invitons tous les directeurs d’achats des grands groupes. L’horizon 2028 doit nous permettre de trouver les meilleures solutions pour rendre nos entreprises encore plus compétitives, notamment en matière de prix, enjeu crucial pour nos entreprises, face à des donneurs d’ordres qui demandent toujours plus de réduction des coûts.

Les métiers de l’aéronautique, du spatial et de la défense sont à la pointe de la technologie en matière de numérique, d’industrie du futur. Ces nouveaux outils peuvent-ils permettre de lutter contre l’externalisation de certaines tâches ?

P. E. : C’est vrai, le numérique entre partout et de nouvelles technologies sont disponibles comme la fabrication additive, la robotisation ou encore la réalité virtuelle. En effet, ces nouveaux outils permettent de réinternaliser certaines tâches qui avaient été externalisées au Maghreb ou en Inde. L’industrie du futur, la robotisation, doivent permettre de répondre à la problématique de l’externalisation d’une partie de la fabrication.

De plus, ces nouveaux outils génèrent des besoins en équipe méthode. Il faut entretenir les machines et il faut des techniciens pour les faire fonctionner. Ces outils vont aussi être un facteur d’attractivité auprès des jeunes, très friands des nouvelles technologies, autour de la réalité virtuelle et du numérique. En ce domaine, l’avantage d’une filière comme Normandie AeroEspace (155 membres, 21 000 emplois, 3 Md€ de CA, NDLR) est de pouvoir lancer des actions très pointues et transverses, comme l’installation d’un fablab chez Arkema, à Serquigny, dans l’Eure (plateforme de fabrication additive en plasturgie, NDLR).

La Chine vient d’annoncer une commande géante d’Airbus. Quel impact peut-elle avoir sur les entreprises normandes?

P. E. : Cette commande comporte 290 A320 et 10 A350, et beaucoup de nos entreprises travaillent sur l’A320 Neo. Airbus détient entre 7 à 10 ans de carnet de commandes, et même si cette commande ne bouleverse pas directement notre activité en région, elle a un effet moteur pour nos entreprises. Car, pour mettre en place l’industrie 4.0, il faut aller chercher beaucoup d’argent auprès des banques, et ce type de contrat leur donne confiance pour investir dans notre secteur d’activité. L’impact est donc dans le niveau de confiance en nos activités, et dans la durée !

« 43 entreprises normandes seront présentes sur notre stand au salon du Bourget cette année », se félicite Philippe Eudeline, président de la filière Normandie AeroEspace.
Les entreprises normandes de l'aéronautique et du spatial cherchent à recruter 1 300 nouveaux salariés cette année, indique Philippe Eudeline, président de Normandie AeroEspace. — Photo : S.C