Normandie

Automobile

Interview Marc Charlet (Mov'eo) : « Les industriels de l'automobile vont devoir investir ensemble pour sortir de la crise »

Entretien avec Marc Charlet, directeur général du pôle de compétitivité Mov'eo

Propos recueillis par Sébastien Colle - 19 mai 2020

Directeur général du pôle de compétitivité automobile Mov’eo, Marc Charlet analyse l’impact de la crise sanitaire sur le marché automobile et les enjeux pour la filière. Il espère une reprise dynamique afin d'éviter les défaillances d'entreprises.

"Nous avons besoin que les carnets de commandes se remplissent rapidement", souligne Marc Charlet, directeur général de Mov'eo.
"Nous avons besoin que les carnets de commandes se remplissent rapidement", souligne Marc Charlet, directeur général de Mov'eo. — Photo : Moveo

Quel est l’impact de la crise sanitaire sur le marché automobile ?

Marc Charlet : L’industrie automobile mondiale s’attendait à une année difficile en termes de ventes, avec un tassement en 2020 par rapport au cycle haut de l’année 2019. À cela, étaient conjuguées des normes de réduction d’empreinte environnementale des véhicules, qui obligent les constructeurs à mettre sur le marché des véhicules électriques en rognant sur leurs marges afin de pouvoir les proposer à un prix acceptable pour la clientèle. Avec la crise sanitaire, nous avons perdu deux mois, toute la chaîne de valeur au niveau industriel s’est arrêtée.

À présent, les usines redémarrent, mais avec beaucoup d’incertitude en matière d’achat des véhicules. Va-t-on réussir à relancer la chaîne de vente pour réenclencher toute la chaîne de valeur automobile ? D’où la demande de la filière automobile d’un plan de soutien en matière d’aides à l’achat de véhicules. Nous comptons beaucoup sur ce plan de relance pour favoriser une relance rapide, afin d’éviter les défaillances d’entreprises. Et même si les mesures de l’État ont permis à la filière de tenir, avec le chômage partiel ou encore le Prêt garanti par l’État (PGE), nous avons besoin que les carnets de commandes se remplissent rapidement. Cette situation de difficulté pour l’automobile est un phénomène mondial. L’impact de la crise correspond à une baisse de 20 à 30 % de l’activité de la filière automobile au niveau mondial.

Quel a été le taux de recours au chômage partiel ?

Marc Charlet : Plus de 90 % des PME industrielles ont eu recours à du chômage partiel, car les carnets de commandes étaient quasiment vides. Un taux moins important pour les PME tournées vers la R & D, autour de 60 %. De plus, 40 % de nos PME ont fait appel à des PGE pour avoir de la trésorerie, nécessaire pour passer ce cap difficile.

« Si la relance est trop molle, nous aurons des défaillances. »

Comment envisagez-vous la phase de redémarrage ?

Marc Charlet : Les mesures de l’État ont permis de passer la phase difficile des deux mois de confinement. Mais la phase de redémarrage nous inquiète. Si la relance est trop molle, nous aurons des défaillances, et le mécanisme de chômage partiel va évoluer au 1er juin. Nous proposons à nos membres un programme d’accélération mis en place avec Bpifrance, qui doit débuter en octobre, pour les accompagner dans leurs démarches stratégiques, sur des domaines comme la diversification, la trésorerie, ou encore l’aspect social. Le programme va être adapté pour faire suite à la crise.

Comment le pôle de compétitivité automobile Mov’eo a-t-il répondu à la crise ?

Marc Charlet : Nous nous sommes mobilisés à 100 % pour nos membres et avons redéfini nos actions. Tout d’abord par de l’accompagnement dans les démarches de demande de chômage partiel, des dossiers de PGE, mais aussi en matière d’information sur la situation en lien avec la Région et l’État, en matière de mesures, recommandations et conseils.

La poursuite du montage de projets innovants a également été une priorité. Pendant la crise, beaucoup de nos membres ont continué en télétravail. Mais cela a aussi été l’occasion pour certains de prendre du recul afin de travailler à des demandes de dossiers pour leurs projets et d’étudier les possibilités de financement avec la Région Normandie ou encore de regarder l’appel à projets Île de France. Et nous avons davantage de projets que d’habitude ! Les gens se sont mobilisés pour l’avenir, au niveau régional, national et européen.

Enfin, nous avons voulu aider nos membres à anticiper la reprise. Cela a pris des formes diverses comme la gestion d’une commande de masques, l’organisation de webinars sur des échanges de bonnes pratiques ou de protocoles sanitaires.

Quelle sera la clé de sortie de crise selon vous ?

Marc Charlet : Je suis convaincu que la clé de sortie de crise sera le collaboratif. Les acteurs n’ont pas les moyens d’investir seuls pour passer au niveau 4.0. Ils vont devoir se regrouper. On sait déjà que les dépenses en R & D vont être réduites, le moyen pour poursuivre les recherches sera d’investir ensemble, notamment sur les enjeux de la mobilité du futur.

La pratique du télétravail sera également très importante pour l’avenir. La crise a montré notre agilité, la possibilité de fonctionner avec ces modes de travail à distance, dès lors que l’on dispose des bons outils. C’est un axe de réflexion dans l’industrie pour proposer largement ce type de fonctionnement aux collaborateurs qui n’ont pas besoin de se rendre sur leur lieu de travail, même si cela n’est pas envisageable pour tous les collaborateurs. C’était déjà une tendance, mais cette période de crise qui nous a obligés à aller vers ces outils va accélérer cette transition. C’est une vague de fond qui va permettre de résoudre des enjeux en matière de déplacements et d’environnement.

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